19-06-1914 Ferenczi à Freud

479 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung: Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C°, Wien, I. Bauernmarkt N° 3 Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, le 19 juin 1914

Cher Monsieur le Professeur,

En ce qui concerne le vœu — très justifié — d’inclure dans le compte rendu l’importante relation entre l’ ambivalence des sauvages et celle des névrosés (1), j’ai déjà fait le nécessaire. Dans la question de la lettre prési­dentielle 2, je me suis associé aux vues de Rank et de Sachs. — Je me charge, naturellement, de la tâche de présenter un rapport au congrès sur le thème de l’« A.[ssociation] P.[sychanalytique] I.[nternationale] », mais j’es­père qu’on n’en viendra pas là; j’ai écrit à Abraham dans ce sens. – Une lettre qu’Abraham m’a adressée, nous fait remarquer (à la Zeitschrift) que les travaux de Morton Prince, Häberlin et Blüher 3 n’auraient pas dû paraître sans mise au point de la rédaction. Je crois, moi aussi, que nous ne devrions pas économiser le crayon rouge rédactionnel. Sinon, il nous arrivera encore que l’on cite comme « psychanalyste » contre l’analyse, un collaborateur tel que Beaurain (auquel j’ai pourtant apporté la contra­diction) 4. (Voir le petit bouquin sur le rêve dans la collection Löwenfeld 5).

-Je viens de parcourir le cahier de Jelgersma 6; pour la plus grande part, c’est assez bon et sensé; il aurait pu se passer de son élégante réserve. — J’ai écrit récemment un petit travail sur les névroses du retour d’âge 7, avec des points d’articulation à l’onanisme, la « neurasthénie » et — la mélan­colie! Je vais vous l’envoyer; veuillez le lire avec indulgence, c’est-à-dire : ne le rejetez pas tout de suite, s’il ne vous semble pas juste. Quoi qu’il en soit, écrivez-moi votre opinion à ce sujet. C’est ma première réaction à votre Narcissisme. — Ci-joint une aimable lettre de Putnam. Je vais lui répondre tout aussi amicalement8. — Abraham m’écrit qu’il veut venir à Seis 9. Que pouvez-vous me dire au sujet de ce séjour? Dois-je de nouveau être sur votre dos pendant tout le mois d’août? — ou bien voulez-vous, pour une fois, vous reposer sans moi et sans discussions psychanalytiques?

A part cela, rien à écrire. — Salutations de Madame G., à qui votre séjour ici10 a fait grand plaisir. – Avec Varjas, il faut être prudent.

Cordialement,

votre F[erenczi]

1.  L’exposé de Ferenczi sur les « progrès de la théorie psychanalytique des névroses »(1914, 148), Psychanalyse, II, pp. 152-162, pour le Jahrbuch.

2. Voir 270 F et note 6, ainsi que 473 Fer et note 2.

3. Morton Prince, « Psychopathologie eines Falles von Phobie » (Psychopathologie d’un cas de phobie), Zeitschrift, 1913, 1, pp. 533-546; Paul Häberlin, « Psychoanalyse und Erziehung» (Psychanalyse et éducation), Zeitschrift, 1914, 2, 213-222; Hans Blüher: «Zur Theorie der Inversion » (A propos de la théorie de l’inversion), ibid., pp. 223-243 et « Der sogenannte natürliche Beschäftigungstrieb» (La pulsion d’occupation dite naturelle), ibid., pp. 29 sqq.

4. Voir 413 Fer et notes 7 et 8.

5. Article non identifié dans Grenzfragen des Nerven- und Seelenlebens (Problèmes limites de la vie nerveuse et psychique), Löwenfeld et Kurella éd.

6. Voir 456 F, note 1.

7. « Pour comprendre les psychonévroses du retour d’âge » (Écrits posthumes, 303), Psy­chanalyse, III, pp. 150-155 de Ferenczi, est daté de 1921 dans les Œuvres complètes de Sandor Ferenczi ; cependant, en comparant le texte avec le résumé figurant dans cette lettre, on peut penser qu’il s’agit de l’article mentionné ici.

8. La lettre de Putnam n’a pas été retrouvée. Dans sa réponse du 19 juin, Ferenczi écrit, notamment, en faisant allusion à la démission de Jung : « Non seulement il m’est agréable personnellement que vous soyez de notre côté dans cette crise intérieure tout à fait inutile et déplaisante de l’Association Internationale, mais c’est aussi extrêmement important pour la cause de la psychanalyse aux États-Unis. Le processus de la scission ne doit pas être entravé artificiellement; en science on doit éviter les compromis. » Hale, Putnam, p. 351.

9. A l’origine, Freud avait invité Abraham à « passer tout l’été ensemble » (lettre du 18 VII 1914, Correspondance Freud-Abraham, p. 188). Pour l’été, «Freud avait projeté d’aller soigner ses intestins à Karlsbad, à partir du 12 juillet, de se rendre ensuite à Seis, dans les Dolomites méridionales [à l’époque, le Sud Tyrol autrichien] pour y passer ses vacances proprement dites, avant d’assister au Congrès de Psychanalyse qu’organisait Abraham, et qui devait commencer le 20 septembre à Dresde. Le congrès une fois terminé, Freud, après avoir fait une conférence à l’Université de Leyde le 24 septembre, attendrait sa fille [Anna] alors en Angleterre et tous deux regagneraient l’Autriche » (Jones, II, p, 183).

10. Au mariage de Loe Kann et Herbert Jones (voir 454 F, note 4).

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