10-07-1914 Freud à Abraham

* Vienne, IX, Berggasse 19

10.7.14.

Cher ami,

Je viens de passer deux semaines qui ont été les plus chargées de l’année et j’ai bien résisté. Je remarque que le brin de sym­pathie que mes amis me témoignent à l’occasion de la « bombe » me fait tout de même beaucoup de bien. Encore aucune réaction de Zurich! Vous ai-je proposé d’attendre jusqu’au 20 pour envoyer votre circulaire?

Lou Salomé m’a envoyé une correspondance qu’elle a eue avec Adler — on y voit en toute lumière la pénétration et la clarté de Lou, mais aussi la perfidie et la bassesse d’Adler; avoir affaire à une telle canaille!… Parfois Casimiro en perd aussi son courage.

L’Interprétation des rêves est arrivée aujourd’hui et elle vous parviendra bientôt.

Nous ne pourrons commencer à travailler aux exposés prévus pour Dresde que si nous sommes sûrs des non-Suisses. Si la fameuse bande est là, nous ne dirons pas un mot. L’éjaculation précoce me paraîtrait être alors un thème très appro­prié. Traitez la question de castration seulement dans la mesure où elle vous aura paru utile. Pour moi, le moment de la publi­cation n’est pas encore venu. Les choses se sont compliquées, étendues, et par là éloignées de leur solution, de sorte que je vous demande de faire preuve vous aussi de réserve, dans l’intérêt même de la prudence.

J’ai eu des aperçus sur l’organisation originaire de la toute première sexualité humaine [den Uraufbau der menschlichen Frühsexualität] ; je vous les joindrai plus tard. Mais pour le moment, après un travail de 12 à 13 heures par jour pendant deux semaines, je suis incapable de faire une synthèse et je désire vivement des vacances.

En espérant que les vôtres se trouveront maintenant très bien au bord de la Baltique.

Votre cordialement dévoué

Freud.

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