20-07-1914 Ferenczi à Freud

490 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr, S. Ferenczi, Budapest, VII Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C°, Wien, 1. Bauernmarkt N° 3

Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = MK. 18.

Budapest, le 20 juillet 1914

Cher Monsieur le Professeur,

Je suis très heureux que vous ayez supporté cette armée difficile avec si peu de fatigue, et que vous vous sentiez poussé au travail sans interruption. Vous débarrasser de Jung signifiait pour vous le retour à votre mode de travail initial : prendre tout en main vous-même et ne pas vous reposer sur les « collaborateurs ». La devise « Après moi le déluge * 1 » semble être la seule valable en matière de science ; depuis l’épisode Jung, vous avez cependant souvent péché contre cette maxime et vous avez souvent été sentimental avec nous. Si vous comparez votre état d’esprit au début du voyage en Amérique (je vous rappelle votre indisposition à Brème)2 à celui de maintenant, vous comprendrez la différence à laquelle je pense. L’es­sentiel reste quand même que nous obtenions de vous le plus d’écrits possible et, à cette fin, c’est l’indépendance qui vous est le plus indispen­sable. Cela me console de la perte qui, parmi les autres collaborateurs, pourrait m’affecter moi aussi, par suite de ce changement de cap. Les intérêts personnels mesquins doivent être réduits au silence quand il s’agit de valeurs aussi importantes. Certes, je dois beaucoup aux relations per­sonnelles avec vous et à l’intérêt que vous portez à mes progrès, mais ce dont je vous ai été, et vous suis le plus reconnaissant, ce sont tout de même vos œuvres qui ont embelli ma vie et ma profession.

Je viens juste d’écrire à Jones et je lui ai annoncé mon arrivée à Londres dans la première semaine d’août. Pour accepter son hospitalité, j’ai posé comme condition la poursuite de l’analyse. J’espère que l’analyse mettra au jour les motifs latents de ses intentions3.

Avant mon départ pour l’Angleterre, je voudrais passer deux-trois jours dans les Tatras, où la famille Palos, augmentée des pièces rapportées, italienne et canadienne 4, prendra sa résidence d’été. – C’est aujourd’hui la première fois que je pense au voyage de vacances avec joie ; l’absence

de notre réunion d’été (pour la première fois depuis 1908) semble m’avoir tout de même déprimé plus que je ne voulais me l’avouer.

Cordiales salutations pour vous et votre épouse, de

votre Ferenczi

J’écrirai à Reik dès que j’aurai en main le fascicule de la Zeitschrift.

* En français dans le texte.

  1. Attribué à la marquise de Pompadour après la défaite des Français à Rossbach par Frédéric de Prusse.
  2. Voir t.1, 349 F et la note 4.
  3. Freud ayant refusé un voyage de vacances en commun, parce qu’il avait besoin d’isolement et de concentration, disait-il (Freud à Jones, lettre du 22 VII 1914), Ferenczi forma le projet de passer un mois à Londres. Jones, qui « percevait encore en lui-même quelques points obscurs qu’il ne parviendrait pas à analyser tout seul », écrivit à Freud, le 29 juillet 1914, qu’il remerciait le destin de cette occasion de parfaire son analyse. Mais finalement Ferenczi n’effectua pas ce voyage (voir 493 Fer).
  4. Il s’agit des sœurs de Gizella Palos : Sarolta Morando, d’Italie (voir t. I, 145 Fer) et une autre sœur, Slona, installée au Canada avec son mari (voir 497 Fer et 623 Fer).

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