21-08-1914 Ferenczi à Freud

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INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE

Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller 8c C°, Wien, I. Bauernmarkt N° 3

Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = MK. 18.

Budapest, le 21 août 1914

Cher Monsieur le Professeur,

Je suis toujours en civil et chez moi, mais je peux être appelé à tout moment, bien que ma « feuille d’affectation » précise que je ne dois me présenter que sur ordre télégraphique.

Les événements ont eu pour effet de paralyser chez moi toute activité intellectuelle. Je me suis senti étranger à cet enthousiasme guerrier, ana­chronique selon mon sentiment. Il semble que je me sois fait des idées fausses sur le véritable état de civilisation de notre société, sinon comment expliquer le vide intellectuel et affectif qui s’est manifesté en moi après que la guerre a éclaté. Mais je crois que des facteurs purement personnels y ont également contribué. — Je commence peu à peu à me rétablir et à m’occuper en pensée des idées qui nous sont chères.

Deux séances quotidiennes d’analyse sont les « misérables restes » de ma pratique.

De ma famille, jusqu’à présent, seul un neveu 1 a été mobilisé comme officier de réserve d’artillerie ; il est déjà à la frontière russe. Parmi nos adhérents, le docteur Hollös et le docteur Lévy ont été appelés dans la réserve de l’armée territoriale ; le docteur Radô fait actuellement un service volontaire d’un an, mais, étant souffrant, il a été laissé chez lui.

Que dites-vous de la décision héroïque de votre Martin ? Et que savez- vous de plus à son sujet ? Avez-vous des nouvelles d’Annerl ?

Une sœur de Madame G., venant du Canada, était en visite ici avec son mari, juste au moment du décret de mobilisation. Ils ont entrepris le voyage pour rentrer chez eux, en passant par l’Allemagne et la Hollande ; ont-ils pu, et dans quelle mesure, se rapprocher de Toronto, on n’en sait rien.

Comment va Madame Loe et son Trottie ? Le plan, superbement pré­paré, de contrebande de chien n’a donc pas abouti 2 !

Si, entre-temps, je ne suis pas appelé, je voudrais venir à Vienne par le bateau à vapeur et me dédommager de la perte des vacances de cette année par un séjour de trois à cinq jours. S’il vous plaît, dites-moi si vous y voyez une objection.

Salutations cordiales à vous tous, de

votre Ferenczi

  1. L’un des deux fils de la sœur aînée de Ferenczi, Ilona (née en 1865), Bertalan ou Gyula. Voir également 580 Fer.
  2. En effet, Loe Kann avait eu bien du mal à sortir son chien Trottie en fraude des Pays- Bas pour le faire passer en Angleterre (Jones à Freud, 3 août 1914, Freud/Jones, Correspondance, p. 297-298).

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