Månedsarkiv: Oktober 1914

31-10-1914 Freud til Abraham

* Wien IX, Berggasse 19

31.10.14,

Kjære venn,

Votre lettre exhale un souffle rafraîchissant. En ce moment, nous sommes tout à la joie de la Triple Alliance qui nous est rendue par la décision de la Turquie. À part cela, Selvfølgelig, nous apprenons par les journaux ce que vous savez.

Votre petit travail a été le bienvenu; une épreuve de mon prochain essai pour la Zeitschrift fait route vers vous. Je me suis remis avec ardeur à ma longue histoire d’une maladie, où je m’abandonne à la discussion avec une grande prolixité. Je m’aperçois que, si j’avais ces dernières années un style aussi concis, c’est tout simplement parce que j’avais très peu de temps (!). Comment vous ferai-je parvenir ce travail, quand il sera terminé? Il faudrait que vous veniez le chercher à Vienne, ou que je revienne à Berlin si, som jeg håper, vous y restez.

Bortsett fra det, je suis très peu occupé; je n’ai pu avoir plus de deux clients; et il est probable que, etterpå, j’en aurai plutôt moins que plus.

A propos de Mmeg A., je puis vous informer qu’elle se trouve à Nassau avec son mari — comme prisonnière anglaise. Ce ne sera pas très déprimant pour elle; au contraire, elle sera tout heureuse d’être maintenant surveillée par ordre d’en haut. D’autant plus qu’elle est aussi victime de la duplicité anglaise. J’ai d’ailleurs remarqué, d’une manière générale, que les obsessionnels se sentent plus à l’aise en cette période de guerre; nous sommes descendus à leur niveau.

Binswanger m’a envoyé un bon travail sur Jaspers (1) et la psychanalyse; mais c’est faire trop de cas de Jaspers.

Un Italien, Levi Bianchini, maître de conférences à Naples, collaborateur du Manicomio (2), envisage d’ouvrir la constitution d’une bibliothèque psychiatrique internationale en langue italienne par la traduction des 9 Conférences. Peut-être vous ai-je déjà écrit à ce sujet.

Ferenczi est parti — peut-être vous l’ai-je aussi déjà écrit — à Papa en Hongrie, pour servir la défense locale dans un régi­ment de hussards. Eitingon m’a écrit sa dernière lettre de Iglo (Hongrie). L’adresse de Ferenczi est : Hôtel Griff. J’ai fait le tour des toutes dernières nouveautés.

Je vous salue bien cordialement, tout en espérant que votre femme et vos enfants vont bien, Siden, denne gangen, vous n’en avez dit mot.

Din trofaste

Freud.

Vu Reik une seule fois, mercredi.


(1) Karl Jaspers, professeur de philosophie à Heidelberg, à Bâle depuis 1948.

(2) Recueil d’ouvrages psychiatriques, publié par l’« Archivio di Psichiatria e Scienze Affini » Nocera Superiore (Naples).

30-10-1914 Freud til Ferenczi

F

Prof. Dr. Freud

den 30 Oktober 1914

Vienna,IX. Berggasse 19

Kjære venn,

Je me suis arrêté hier à la page 54 de la nouvelle histoire clinique 1 et je ne peux pas mieux occuper ma tête ravagée (par le rhume) qu’en écrivant des lettres.

Je déduis de la lecture de votre lettre à quel point est encore vivace votre sentiment de culpabilité infantile ! C’était bien bête, cette interruption brutale de la cure, au moment où elle était la plus intéressante et la plus productive, mais il n’y avait rien à y faire. Je vous donne à présent le pronostic : l’auto-analyse va échouer très bientôt et c’est bien ainsi, car l’auto-analyse et l’analyse avec un étranger ne peuvent pas s’additionner. A l’évidence, tout ce que nous pouvons faire ici pour vous, afin que vous ne vous enlisiez pas dans le service, est de vous pousser vers les inté­rêts ψα. Je vous ai fait envoyer par Rank quelques nouvelles parutions dont vous voudrez bien avoir l’obligeance de rendre compte pour la Zeitschrift en tant que rédacteur, et qui sont d’ailleurs intéressantes en elles-mêmes. Binswanger mérite une attention particulière 2. Pfister s’est soudain montré capable de voir Adler sous l’éclairage que j’ai projeté sur lui3. Il ne fait d’ailleurs rien d’autre que de délayer quelques-unes de mes remarques. Il a l’art de distiller des louanges grandioses à partir de ce type d’objections. Partialité, opiniâtreté spéculative et absurdité semblent à la base de grands mérites en matière de science. Vous allez beaucoup vous amuser. Videre, vous avez le Kollarits4. La bibliothèque en demande naturellement le retour.

Her, sont aussi arrivées les épreuves du nouveau numéro de la Zeit­schrift. Je me suis beaucoup réjoui de voir combien vos contributions, même les plus brèves, sont judicieuses et substantielles5.

Un Italien, Lévi-Bianchini6, chargé de cours à Naples et directeur du « Manicomio », veut publier une bibliothèque psychiatrique internationale, et commencer par une traduction de mes « Cinq Leçons ». Il offre aussi un échange de journaux. Accepté.

En ce qui concerne mes travaux, je vous enverrai ce qui est transportable, les épreuves de la théorie sexuelle7, dès qu’elles arriveront, le texte de la nouvelle histoire clinique, si je peux avoir une copie dactylographiée. Si la liaison ferroviaire était humaine, je pourrais vous rendre visite un dimanche. Vederemo * !

Tous vous saluent cordialement,

din Freud


* En italien dans le texte ; nous verrons !

  1. Il s’agit de l’histoire de l’Homme aux loups, que Freud rédigea en octobre et novembre 1914. Freud, 1918b [1914], « A partir de l’histoire d’une névrose infantile », Œuvres complètes, XIII, p. 5-118. Se også 513 F
  2. Il s’agit probablement du travail de Binswanger sur Jaspers et la psychanalyse, dont Freud fait l’éloge dans sa lettre à Abraham du 31 Oktober 1914 (Freud/Abraham, Korrespondanse, på. cit., p. 205). Cet article n’apparaît pas dans la bibliographie de Binswanger par Fichtner (in Freud/Binswanger, Korrespondanse, på. cit.) et n’a pu être identifié.
  3. Peut-être l’article d’Oskar Pfister : « Die Pädagogik der Adlerschen Schule» (La péda­gogie de l’école adlérienne), Berner Seminarblätter, 1914, 8.
  4. Deux articles de Jenö Kollarits (se t. jeg, 173 Jern og seddelen 4), parus en août 1914, dont Ferenczi rédigea les comptes rendus (Ferenczi, 1915, 180 og 181) for Zeitschrift (III, 1915, p. 72-85). Se 515 F og karakteren 3.
  5. Ce numéro contient deux articles de Ferenczi : « Ontogenèse de l’intérêt pour l’argent » (1914. 146, psykoanalyse, II, p. 142-149) et «Analyse discontinue (1914, 147, på. cit., p. 150- 152), ainsi que trois notes de lecture : Berguer, «Note sur le langage du rêve»; Partos, «Analyse d’une erreur scientifique » (1914, 156) et Meggendorfer, « De la syphilis dans l’as­cendance des malades atteints de démence précoce» (1914, 158).
  6. Marco Levi-Bianchini (1875-1961), Italiensk psykiater, professeur à l’université de Naples et rédacteur en chef de la revue II Manicomio. Dès 1909, il s’est intéressé à la psychanalyse, tout en exprimant des réserves en ce qui concerne la théorie de la sexualité. På 1919, il fait la connaissance d’Edoardo Weiss et réunit un premier groupe psychanalytique italien qui garde un caractère non officiel. På 1920, il fonde la revue Archivio Generale du Neurologia e Psichiatria (où s’ajoute, i 1921, la mention e Psicoanalisi). Membre fondateur, i 1925, et président d’honneur jusqu’à sa mort, de la Société italienne de psychanalyse ; également membre de l’Association viennoise (1922-1936), la Société italienne ne faisant pas partie de l’Association psychanalytique internationale. Bien que membre du Parti fasciste, il est suspendu de ses fonctions en 1938, en raison de son origine juive. Il est un des rares membres de la Société italienne à ne pas émigrer et publie même un article sur Freud en 1940,

Sa traduction des Cinq Leçons sur la psychanalyse (Freud, 1910en [1909]) paraît en 1915 et constitue le premier volume publié par la Biblioteca psichiatrica, fondée par lui-même, qui deviendra par la suite Biblioteca psichoanalitica internationale.

7. Se 510 Fer, note 3.

28-10-1914 Abraham Freud

* Berlin W, Rankenstraße 24

28.10.14.

Kjære Professor,

Dette brevet er ment å følge med manuskriptet(1) som jeg lenge har stått i gjeld til deg for. Jeg er fortsatt fordypet i sykehusarbeidet mitt; de få timene jeg har igjen er absorbert av kundene. Kanskje Rank vil være så snill å ta seg av det mindre korrigeringsarbeidet i mitt sted., for å unngå at post kommer og går i denne usikkerhetsperioden.

Analysene mine følger deres rolige tempo på tre til fire timer om dagen. Jeg har nylig behandlet en av dine tidligere klienter., Doktor V…; av Madame A., Jeg har ingen flere nyheter.

Det er fantastisk å tenke på fredelige reiser fremover. Men vi tør fortsatt ikke tenke på det. Vi er helt enige for Berchtesgaden. La oss vente til da!

Jeg har tenkt å innkalle gruppen vår nå, veldig lettet, på et uformelt møte. Du bør neppe regne med et veldig aktivt vitenskapelig liv.

På forsiden, vi opplever nå vanskelige dager. Men totalt sett, vi er ikke mindre fulle av selvtillit. Helt til humoren kommer tilbake til livet litt etter litt. I en uniform og motebutikk, leser vi på en plakat : «Føtter, den store moten til 1914. »

Med mine hjertelige hilsener, så vel som kona mi, for deg, dine kjære og våre venner,

Din Karl Abraham.


(1) ]Viser trolig til Karl Abraham, "Effektene “suggestivt” medisiner i nevrotiske tilstander », trad. fr. i O.C., II, 58, 1914.

27-10-1914 Ferenczi til Freud

Fer

Pappa, Hôtel Griff

den 27 Oktober 1914

Kjære professor,

Je vais devoir — à ce que je crois — mener notre correspondance, en partie du moins, sur une base analytique ; la rupture soudaine de notre relation médecin-malade (vous voyez, j’écris comme par association libre) me serait, sinon, bien trop douloureuse. i tillegg, difficilement réalisable.

Je veux faire un rapport chronologique. Le chemin jusqu’à Papa m’a semblé infiniment long, et pourtant j’étais déjà à la caserne vers 6 timer, et j’ai appris que j’aurais à assurer le service local. Mon inconscient a semblé si satisfait de cette nouvelle qu’il a immédiatement mis fin à la satisfaction substitutive de la diarrhée. Je suis ici depuis trois jours et je peux vous résumer mes impressions.

Le commandant est un homme aimable et distingué, les autres officiers aussi (hussards) ; à l’exception de deux riches Juifs, rien que de la « gen­try » des intendants et quelques aristocrates. Tous me traitent en cama­rade ; il est vrai qu’en ce moment le médecin qui peut rédiger des certificats est une personnalité particulièrement puissante. Nous avons ici, nå, des compagnies dites de réserve, qui doivent couvrir le départ des troupes et former les recrues. Je travaille de huit heures jusqu’à onze heures et demie, l’après-midi je n’ai rien à faire. Je panse et j’incise des furoncles, je fais des prescriptions contre la toux et les maux de ventre, et j’examine la troupe à son arrivée ou à son départ en permission. Nous ne savons presque rien de la guerre, ici ; bizarrement, l’intérêt pour les nouvelles des journaux a même diminué (chez moi aussi). Le « service » nous absorbe tellement que nous perdons de vue le but proprement dit de notre travail.

Je ne sais pas encore ce que je ferai de mes après-midi. J’ai passé le premier après-midi libre (avant-hier) en faisant de l’auto-analyse par écrit. Cela a bien marché ; je m’imaginais que je vous parlais. Her, humeur maussade ; après m’être longuement torturé, il est apparu que je voulais organiser un massacre (un incendie criminel) à cause d’une blessure minime de mes complexes homosexuels. Là-dessus, soulagement. — Mes nuits sont pertur­bées (sommeil agité).

En somme, nå, je ne suis ni triste, ni gai ; plutôt ennuyé. Je sais tout ce que je perds par l’interruption de l’analyse, mais le regret que j’en ai ne devient pas un sentiment conscient. SÅ : le premier après-midi, maniaque, le deuxième, mélancolique, le troisième (aujourd’hui), apa­thique ; peut-être un mécanisme circulaire. — N.B. : j’aurais tendance à ne pas vous écrire la lettre, mais je m’y suis contraint, car je sais toute la gratitude que je vous dois. A Madame G. (à qui j’ai écrit le premier jour une lettre pleine de ferveur) je ne pourrais rien dire non plus, nå. — En guise d’explication, le fait suivant me vient maintenant à l’esprit : réveillé aujourd’hui de fort bonne heure (4 h et demie), j’ai fait tous les efforts possibles pour me rendormir ; la méthode psychanalytique ayant échoué, j’ai saisi cette fois réellement le moyen auto-érotique (peut-être parce que vous avez recommandé l’auto-érotisme comme étant le meilleur somnifère). Naturlig, sans succès ; à la place est restée l’apathie, dont même de bonnes lettres n’ont pu me sortir aujourd’hui. Mais la « neuras­thénie d’un jour» a sûrement aussi des racines psychiques.

Cet aveu est en même temps la reconnaissance du fait que j’ai, encore maintenant, de telles impulsions (comme je vous l’ai déjà signalé) et que je les laisse passer à l’acte, une ou deux fois par an. Pendant des années, quand j’étais jeune homme, la lutte violente contre l’onanisme m’a occupé et tourmenté. — Je pense à présent à la « scène primitive », postulée par vous. Peut-être ai-je été puni de façon trop sensible après cette protestation « virile » (uriner) 2.

Je vous promets donc de ne plus vous importuner autant, dorénavant, avec mon cas. Il viendra, il doit venir le temps où je pourrai poursuivre et terminer la cure !

J’espère aussi que, prochainement, quand je serai de meilleure humeur et que je ressentirai entièrement la gratitude que je vous dois, je pourrai vous écrire une lettre plus agréable. Nå, je sais pourquoi je ne voulais pas vous écrire : c’était pour ne pas vous déranger avec mes états d’âme personnels et ennuyeux. — Sans doute est-ce aussi la cause des multiples et longues pauses dans notre correspondance, dont je porte la responsabilité, la plupart du temps. Manifestement, j’ai toujours voulu être agréable.

Je peux enfin m’arracher à moi-même et penser à vous et aux vôtres. Veuillez m’envoyer les épreuves des Trois Essais 3 — ou de n’importe lequel A de vos écrits.

A cet endroit, j’ai été quelque peu embarrassé, d’où tant de mots raturés. Il est vrai que, dans des lettres antérieures, il y avait beaucoup plus de ratures ; cependant, il y avait aussi beaucoup plus d’ordre et de style. Vous voyez : quand j’écris ainsi, c’est tout de même toujours le mode associatif qui me revient ! Mais qu’en serait-il si je voulais enfin m’entretenir avec vous, objectivement, de sujets impersonnels ?

Je ne m’y force pas aujourd’hui et je mets à la poste cette lettre qui me fait tellement honte. [B J’ai voulu dire : à cause du mauvais style ; proba­blement la honte se rapporte-t-elle à l’aveu de l’onanisme.] SÅ, je conclus et vous salue cordialement,

Ferenczi

A. Après ce mot, passage barré : « ce qui vous fait croire que j’ ».

B. Crochets dans le manuscrit.

  1. Le terme de gentry désigne la petite noblesse hongroise. Jusqu’à la fin du siècle, cette classe qui se considérait comme la gardienne des valeurs historiques du pays était de plus en plus divisée sur la question du Compromis de 1867. La gentry, incapable de s’adapter aux changements économiques et sociaux, était sur le déclin. Certains de ses membres occupaient des postes supérieurs dans les administrations locales et des postes moyens dans les adminis­trations de l’État ; d’autres se destinaient à la carrière militaire. S’estimant victime des entre­preneurs dont la plupart étaient des Juifs et des Allemands, la gentry s’érigea en gardienne des traditions, se réfugiant peu à peu dans un nationalisme étriqué. Bon nombre de ses membres adhéreront à des mouvements de droite qui prendront une importance croissante après la guerre.
  2. Déjà, dans L’Interprétation des rêves, Freud estimait que l’observation des relations sexuelles entre les parents provoquait une « excitation sexuelle » chez l’enfant ; cette excitation, non comprise et réprimée, est «transformée en angoisse» (1900en, på. cit., p. 497). Ce problème devient central dans l’analyse de « l’Homme aux loups », au cours de laquelle Freud a introduit l’expression de « scène primitive ». Selon l’hypothèse de Freud, ce patient aurait interrompu «les rapports sexuels de ses parents en ayant une selle» (Freud, 1918jeg, «A partir de l’histoire d’une névrose infantile », trad. J. Altounian, P. Cotet, Œuvres complètes, XIII, p. 77) et plus tard, il aurait cherché à séduire la jeune bonne en urinant (ibid., p. 89). A propos de protestation virile dans ce contexte, se t. jeg, 466 Jern og seddelen 2, ainsi que la discussion de Freud à ce sujet dans Sur l’histoire du mouvement psychanalytique, (trad. Cor­nélius Heim, Paris, Gallimard, koll. «Connaissance de l’inconscient & trad. ny, 1991, p. 100-103). La construction proposée par Freud dans l’analyse de Ferenczi sera reprise plus tard, sous forme d’allusion (525 Fer) : « Érotisme urétral — ambition — scène d’obser­vation nocturne ».
  3. Les épreuves des Trois Essais sur la théorie sexuelle de Freud ( 1905d). dont la troisième édition a paru chez Deuticke, i 1915.

26-10-1914 Freud til Jones

[carte de Freud, traduite par J. E. G. Fra Emden]

26 Oktober 1914 La Haye

Cher Jones,

Je vous ai répondu via Martin Lund, plus directement n’est pas possible. Merci des bonnes nouvelles concernant vous-même et Loe. Deux fils suivent une instruc­tion dans l’artillerie; un fils (1) et Anna sont à la maison. Le travail médical est très réduit. Autant que possible, je prépare des travaux scientifiques. Correspondance uniquement avec Brill. Traduction d’article historique dans le Årbok, car le Tidsskrift de Morton Prince est abandonné à Payne si Brill y consent. Den magasin og Imago continuent, mais au ralenti. Anna tâchera d’écrire à Loe.

Med vennlig hilsen

Freud (2)


1. Oliver Freud.

2. La note en appendice indique : « Cher prof. Jones,

«Voici la traduction d’une carte que j’ai reçue pour vous. Si vous le voulez, je tâcherai de vous faire parvenir l’original. Rank travaille beaucoup et Ferenczi passe ses vacances chez les Freud. Martin Fr. rentre avec un ictère. Avec les meilleurs vœux et les salutations également pour 2, Sarse Road « bien à vous J. v. Emden. »

22-10-1914 Freud til Jones

22 Oktober 1914

Vienna, IX. Berggasse 19

Cher Jones,

En av vennene mine, professor i arkeologi i Roma, er så snill å ta med seg til Italia dette brevet som ikke er underlagt sensur (1). Jeg mottok nyhetene dine via [varebil] Emden så vel som det samme via Martin og Assagioli, svarte på samme måte og håper at du allerede har svaret i hendene.

Jeg må sende deg hilsener fra hele mitt folk, venner og foreningen, som alle dine anstrengelser for å holde kontakten med oss ​​fikk en meget vennlig velkomst. Det ble enstemmig besluttet ikke å betrakte deg som en fiende !

Uansett hva du leser om oss i avisene, ikke glem at vi lyver mye for tiden. Vi lider ikke av noen restriksjoner, ingen epidemi og moralen er veldig god. To av sønnene mine er i hæren (2), men bare fortsatt på instruksjonen. Ingen av våre nære venner har ennå blitt mobilisert, men revisjonsrådet som vil bli holdt kan godt rive Sachs eller Rank vekk fra deres aktivitet. Jeg besøkte Abraham i september i Berlin, han jobber mye på et sykehus og han er i veldig godt humør ; vi snakket mye om deg. Et spørsmål om magasin og en annen!Imago. I Imago, det er Jekels' verk om Napoleon (3); Jeg vil sørge for at en blir sendt til deg via Emden. Men det er et tysk magasin, og hun slipper ikke inn. !

For Eder er det ingenting å angre på. Binswanger kom hjem til oss. Vi kunne ikke samles over hele kontinentet 7 timer med analyse, som du fortsatt har dem hjemme. Jeg har veldig lite å gjøre.

Ferenczi er så ledig at han tok en ferie i Wien. Jeg jobber med den tredje utgaven av Seksuell teori og en vanskelig pasienthistorie for Årbok (4). Fra Amerika var de eneste livstegnene jeg fikk Brill og Payne; Jeg foreslo sistnevnte oversettelsen av artikkelen om ψα-bevegelsens historie, for Ms dagbok. Prins, i tilfelle Glint godtar det (4). Jeg hilser deg hjertelig mens jeg venter på nyhetene dine, til tross for krigen og vår status som fiender.

Hilsen

Freud.


1. Professor Emanuel Loewy ; se Jones (1955 en, p. 174, 384 ; 1955 b, p. 195, 429).

2. Martin og Ernst Freud.

3. jekels (1914).

4. Freud (1905 d), 3e ed. 1915. Den berømte historien om’ "ulvemann" (Freud, 1918 b) dukket opp i samling, 4.

5. Faktisk, oversatt av Brill for Jelliffe og Whites anmeldelse, Psykoanalytisk gjennomgang, se Brill (1916 d).

11-10-1914 Abraham Freud

Berlin W, Rankenstraße 24

11.10.14.

Kjære Professor,

Grand merci pour votre carte! J’ai attendu jusqu’à aujour­d’hui pour écrire; maintenant qu’Anvers est pris et que nous sommes moins tendus, je tiens à vous donner au moins un signe de vie. Je serais heureux d’avoir encore bien vite des nouvelles de vous tous, et en particulier d’apprendre ce que vous savez de votre fils Martin.

Mon projet de voyage là-bas prendra-t-il corps? C’est très douteux; le service hospitalier m’accapare maintenant beaucoup plus qu’à l’époque de votre visite. Je ne veux pas terminer sans vous remercier encore une fois — je le fais aussi au nom de ma femme — du temps que vous nous avez consacré!

Avec de cordiales salutations de famille à famille,

Din Karl Abraham.

10-10-1914 Jones til Freud

204

[postkort(1)]

10 Oktober 1914

69 Portland Court, London

Kjære professor !

Jeg er glad for å motta gode nyheter fra deg gjennom Van Emden, men vil gjerne ha et ord fra deg personlig. Loe har det veldig bra og er veldig fornøyd. Putnam og Brill er fine, meg også. Jeg jobber 7 Analysetimer daglig, skriv litt også. Eder har forlatt oss. Jeg skriver også til deg via Holland og Sverige. Alle brevene mine er kommet tilbake. Hva med rangering?, Sachs og Ferenczi ?

De varmeste hilsener til din kone, Anna, og alle andre[n].

Kjærlighet fra

Jones (2).


1. Sendt via Dr.. Roberto Assagioli, via degli Alfani 46, Firenze.

2. "Kjære professor,

Van Emden sender meg gode nyheter om deg, som jeg gleder meg, men jeg vil gjerne ha et personlig ord fra deg. Loe har det bra og er veldig fornøyd. Putnam og Brill også, så vel som meg selv. Jeg gjør syv timer analyser om dagen, og skriv litt ved siden av. Eder har forlatt oss. Jeg skriver til deg via Holland og Sverige. Alle brevene mine er returnert. Hva med Rank, Sachs et Ferenczi ?

Mine hjerteligste hilsener til din kone, frue, Anna, og alle de andre.

Vennlig hilsen, Jones. »

03-10-1914 Freud til Jones

[postkort fra L. C. Martin, Semsket skinn (1)]

3 Oktober 1914

St. Södergatan 50, Lund

Familien min har det bra. Datteren min kom trygt hjem. Min eldste sønn (2), nå Dr.. sted, meldte seg frivillig til skytteropplæring, men er ennå ikke sendt til fronten. Jeg håper jeg kan komme meg på jobb snart, selv om jeg naturlig nok ikke forventer mange pasienter. Bladene mine fortsetter å dukke opp – redusert, selvfølgelig, og fra langt til langt. Neste uke kommer ut en utgave av l’ Ombordstigning. magasin og Imago. De Årbok har vært klar en stund, men den er ikke sendt enda. Venner (?) er alle sammen (?) og fortsette arbeidet. For noen dager siden, Jeg dro for å se Abraham i Berlin. Vi kan ikke se deg som en fiende !

S. F.(3)


1. Freuds brev ble transkribert og adressert til Jones av Louis Charles Martin, kollega til Jones fra Toronto-dagene (Jones, 1959, p. 196), nå hjemmehørende i Sverige. Etter krigen, han underviste i engelsk i Liverpool etter et opphold ved Sorbonne.

2. Martin Freud.

3. I vedlagt notat, Louis Charles Martin klager over Freuds gotiske forfatterskap : «Dette skjedde så gale med meg. Hvorfor holder han seg til denne skriften fra en annen tidsalder ? Det er ikke lett å lese, men jeg tror at ovenstående er riktig i nesten alle detaljer. Jeg sender deg to aviser med dette. Vi har’Illustrert London News og månedsavisene — jeg prøver for øyeblikket å få tak i Samtidsrevy — stjålet av økonomiprofessoren. Alt er bra. L. C. M. »