Månadsarkiv: september 1914

06-09-1914 Freud à Ferenczi

503 FETT

E.F. Canonnier Dr Freud Régiment des Canonniers 41 Compagnie en déplacement

Miihlau près d’Innsbruck le 6 September 1914

Cher Ami,

Il m’a encore été donné de voir Martin ici, avant qu’il ne parte, à ma grande surprise, en direction du Sud ‘.

Uppriktigt, Freud

[Écrit au crayon, de la main de Martin Freud :] Bien cordiales salutations de Martin.

ETT. Carte de correspondance de l’armée.

1. Freud est ensuite retourné à Vienne, d’où il est reparti le 16 septembre pour Hambourg chez Sophie et Max Halberstadt, Sedan, den 25 September, pour Berlin où il a rendu visite à Abraham. Il est rentré à Vienne le 27 September 1914.

03-09-1914 Freud till Abraham

* Wien IX, Berggasse 19

3-9-14.

Kära vän,

Enfin une vraie lettre de vous, accompagnée d’un beau post­scriptum de votre femme! Elle a voyagé depuis le 29.8 jusqu’à aujourd’hui; Berlin est donc toujours très loin.

Je vous remercie vivement de votre offre, qui est heureuse­ment devenue inutile, et des nouvelles que vous me donnez de votre famille, et vais vous rendre la pareille dans toute la mesure du possible. Nous allons tous bien; la seule malade (ma belle-sœur) est presque remise. Martin est à Innsbruck; j’irai le voir dimanche; il compte partir vers le 15 du mois. A la suite d’avis d’appel réitérés, mon fils Ernst sera sans doute incorporé le 9. Les jeunes gens ne voient là qu’un accomplis­sement de désir. La limite entre armée et population civile est d’ailleurs supprimée; il n’y a que la limite d’âge qui subsiste encore.

Les victoires allemandes nous ont apporté un ferme soutien moral, et nous avons été très violemment ébranlés dans l’attente des nôtres. Il semble, certes, que tout aille bien, mais il ne se passe rien de décisif, et nous avons abandonné tout espoir de voir cette affaire promptement réglée par quelques catastrophes retentissantes. La ténacité est en passe de devenir la première des vertus. Dans ces conditions, notre intérêt se porte à nouveau quelque peu du côté de la science. Placering, que j’ai souvent auprès de moi, puisqu’il est en train de ranger ma bibliothèque, vous écrira à ce propos. Nous comptons chez vous aussi sur un virage « positif » semblable. Tant que nous sommes coupés de nos collaborateurs extérieurs, nous aimerions montrer que nous sommes capables de faire quelque chose de bien tout seuls, et publier des numéros de la Zeitschrift et d’Imago qui se res­pectent.

Jones est évidemment notre « ennemi ». La correspondance avec Van Emden, et du même coup celle qui passe par lui, est malheureusement aussi très défectueuse.

J’aime à penser que je serai à Berlin et à Hambourg avant la fin du mois. C’est à peine si nous osons formuler un dessein.

Un ouvrage de la clinique Flechsig1 paru dans le Alzheimersches Blatt semble indiquer qu’en Allemagne aussi, on commence à changer d’attitude en face de la psychanalyse. Avec mes très cordiales salutations,

Din Freud.

Ecrivez-moi bien vite!

1. Paul Flechsig, professeur de psychiatrie à Leipzig, fréquemment nommé dans les Mémoires du Président Schreber.

02-09-1914 Ferenczi à Freud

Järn

INTERNATIONAL JOURNAL OF MEDICAL PSYCHOANALYSIS Redigerad av professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C °, Wien, Jag. Halva nr. 3

Abonnementspreis : alla (6 Hefte, 36-40 Bogen) KARLSSON 21.60 = MK. 18.

Budapest, den 2 September 1914

Kära Professor,

J’apprends à l’instant, par ma mère (1) que vous n’avez pas reçu à temps ma carte postale où j’annule provisoirement ma visite. Malheureusement, je me suis laissé tromper par la ponctualité de la poste déjà plusieurs fois expérimentée, et j’ai ainsi gâché votre dimanche. Je vous prie d’excuser cette négligence ; je me suis honnêtement interrogé là-dessus et je me sais libre de toute mauvaise intention ; Dock, je n’aurais pas dû me conten­ter de la carte, j’aurais dû aussi vous télégraphier.

La dernière échappatoire que j’ai trouvée pour sortir du marasme, c’est une tentative d’auto-analyse. Dock, l’idée ne m’en est venue qu’au­jourd’hui ; je me rends compte que ce travail-là, je peux au moins le commencer, alors que me manque toute concentration pour une autre activité. Je n’ai cependant pas tout à fait renoncé à l’autre idée (être analysé par vous). A ma connaissance, le dernier jour où la réserve de l’armée territoriale peut encore être appelée, ainsi que les officiers dits de la classe A 2, est le 7 September. Si je suis encore libre le 7, je partirai pour Vienne le jour même.

Le fiancé d’Elma 3 a soudain fait surface ici et veut conclure le mariage en quelques jours, avec une dispense 4. A cette occasion, il m’a fallu consta­ter que mon inconscient lui est encore attaché par quelques fils, et que ces fils sont peut-être plus forts que je ne veux bien l’admettre. Cela expli­querait bien des choses pour lesquelles je ne trouve pas de raisons logiques. J’espère que le fait accompli * réduira aussi au silence les fantasmes incons­cients.

L’agitation fiévreuse due aux premières nouvelles de la grande bataille dans le Nord 5 a fait place (du moins chez moi) à une sorte de fatalisme. Au demeurant j’ai, moi aussi, l’impression que tous ces événements ne sont que des péripéties et, considérés sub specie ** de la ψα, n’ont pas grande signification.

Peut-être aurai-je encore de vos nouvelles avant de pouvoir vous parler.

De toute façon, je vous enverrai un télégramme pour dire si j’arrive, et quand.

Mes salutations cordiales!

Ferenczi

* I franska i texten.

** En latin dans le texte : sous le regard (de la psychanalyse). Formule construite sur le modèle du classique sub specie aeternilatis.

  1. Freud, n’ayant pas reçu la carte postale de Ferenczi annulant son voyage, s’est proba­blement informé auprès de la mère de celui-ci.
  2. La classe A comprenait les officiers de réserve appartenant aux professions libérales.
  3. John A. Nilsen Laurvik (1877-1953), critique d’art et marchand d’objets d’art américain d’origine norvégienne.
  4. Dispense d’afficher les bans.
  5. La contre-offensive des troupes allemandes à Tannenberg (26-29 augusti) WHO, au cours des mois suivants, l’emportèrent sur l’armée russe.