29-01-1914 Ferenczi à Freud

451 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung: Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Eiisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller 8c C°, Wien, I. Bauernmarkt N° 3 Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, le 29 janvier 1914

Cher Monsieur le Professeur,

J’espère commencer ici une série de lettres dans lesquelles il ne sera pas question de maladie (je veux dire, de ma propre maladie).

Le seul événement notable que je puisse mentionner depuis mon retour, est le discours du Professeur Apathy 1 (Apathy des neurofibrilles) contre la psychanalyse. Il a pris la tête du « mouvement eugénique » et s’est déchaîné pour cette raison contre la psychanalyse en tant qu’égarement panérotique de l’esprit juif. Quelques journaux libéraux ont réagi à cette attaque, en défendant les Juifs, montrant le « petit grain de vérité » dans vos enseigne­ments, et mettant en garde contre l’identification entre psychanalyse et judaïsme.

Les critiques de mon recueil d’articles 2 vont sortir dans les semaines à venir ; elles seront favorables, car je n’ai pas adressé d’exemplaires de presse à mes opposants prévisibles.

Chez le procureur, les antinomies entre les deux types de femmes semblent, eneffet,s’estomper. Sa prédilection consciente pour les juifs et sa secrète

antipathie à leur égard sont., à mon avis, étroitement reliées au complexe de castration.

Je traite un cas d’impuissance depuis un an et demi : je suis de plus en plus sûr de pouvoir le rattacher à une constitution sadique-anale. Dans le coït, le patient voit (Ics) 1) un acte de cruauté, 2) de l’incontinence (non pas uréthrale mais anale). Il retient le sperme, comme un individu normal les excréments. Le patient a longtemps souffert d’incontinentia alvi [1]. Il est incroyablement réservé, il ne se laisse « aller » en aucune manière.

Un de ses frères est interné à vie pour un meurtre commis en état d’ex­citation. Deux autres frères sont plus ou moins impuissants. Un de ses cousins (d’un caractère anal évident) est ce même homme impuissant pour lequel Stekel et moi avons fait un jour une consultation.

Je suis avide d’avoir des nouvelles.

Cordialement votre F.ferenczi]


[1] En latin dans ie texte : incontinence des matières.

L Istvan Apathy (1863-1922). Professeur d’histologie, zoologue, mais aussi poète et feuil­letoniste. Membre fondateur de la Société hongroise de sciences sociales. Lors de la séance du 24 I 1914 (constitution d’une section d’eugénique), Apathy attaqua la «vision du monde véreuse » de Freud, qualifiant celui-ci de « représentant d’un panérotisme sémitique ». Géza Szilagyi répondit â cette attaque d’Apathy dans le quotidien Az Ujsag (Le Journal) (« Freud és Apathy»), les 11 et 12 mars.

2. Voir 422 Fer, note 2.

19-01-1914 Jones à Freud

19 janvier 1914

69 Portland Court, Londres

Cher professeur Freud,

Je note donc qu’il faut voter pour Dresde si on nous en donne la possibilité. Notre groupe ne pouvant être légalement intégré à la Vereinigung avant que le Congrès ne l’accepte, j’imagine que, pour l’instant, nous n’avons pas le droit de vote, mais je demande à Eder, le secrétaire, qui s’entend mieux que moi avec Jung, de lui écrire à cette fin. Mais j’imagine que le vote sera «croisé», et ne représentera donc pas la force relative des deux parties.

Mon attitude, dans les deux occasions, ne me paraît pas aussi incohérente que, visiblement, elle vous a semblé. Les deux fois, je souhaite la dissolution, si on peut l’obtenir en toute sûreté, mais je vois une grande différence entre une minorité de groupes tâchant de l’imposer à une époque où il ne se passe rien, et l’exploration des possibilités lorsque l’autre camp pose la question du Congrès. Reste que vos remar­ques sur les revues m’ont fait forte impression, car cela forcerait une décision plus inéluctablement que n’importe quelle suggestion à l’heure présente.

Ce que vous dites de l’état de Loe me désole, mais j’imagine qu’il s’explique en partie par son état d’esprit tandis qu’elle attend Herbert Jones. J’ai hâte de savoir ce qui sortira de sa visite, s’ils viennent à Londres, etc., je compte sur vous pour me renseigner, puisqu’elle ne m’écrit pas pour l’instant.

Quant au très vague sujet de mon propre mariage, je suivrai certainement votre conseil en prenant le temps de réfléchir et de choisir posément, un conseil que je juge tout à la fois sage et nécessaire. L’idée, bien entendu, m’en est venue à plusieurs reprises ces derniers temps, ce qui est naturel vu les circonstances (installation, etc.), mais je comprends bien qu’il faudrait que je devienne plus «fertig» [accompli] dans l’analyse de mes propres mécanismes mentaux avant de me risquer à lier mon sort à celui de quelqu’un d’autre.

Vous m’interrogez sur Moïse. L’une des raisons pour lesquelles j’espère que vous le signerez, c’est que, que vous le fassiez ou non, la paternité du texte ressortira assez clairement du style et du contenu, et si vous ne le faites pas, les Zurichois ne man­queront pas de s’interroger sur ce que tout cela signifie, etc.

J’ai un étrange cas à l’heure actuelle, assez proche du cas de paranoïa hystérique de Bjerre1. Une vieille fille de 45 ans croit que le vicaire de la paroisse et sa sœur lui font des remarques déplacées pour le plaisir de la voir rougir, qu’à l’instigation de sa mère il fait des allusions à elle du haut de sa chaire, et qu’un autre homme ne veut pas la rencontrer parce qu’il pense qu’elle est amoureuse de lui ; un frère souffre de paraphrénie. Tout ceci ressemble fort à de la paranoïa, avec des projections très nettes, mais, après un mois d’analyse, je suis certain que ce n’est qu’une hystérique. Elle réagit à l’analyse comme une hystérique ordinaire (rapport, pas d’intuition anor­male, etc.) et fait déjà quelque progrès.

Une chose désagréable vient de se produire ici. Mercier, psychiatre réputé, a adressé au British Médical Journal, une lettre vulgaire et injurieuse, pour protester contre le « culte phallique » et la « pornographie » du « freudisme »2. Malheureuse­ment, c’est un adversaire fâcheux, car il n’a rien d’autre à faire (étant retraité) que de mener des polémiques, et il a un tel complexe de Streitigkeit [complexe du querelleur] ou une telle Querulantenwahn [manie de déplorer] qu’il finit généralement par épuiser ses adversaires qui disposent de moins de temps, et encore une fois il est sans scru­pules et malhonnête, il déforme les mots et les phrases pour faire des calembours, ne se souciant pas le moins du monde de découvrir la vérité; il a aussi une bonne plume peu commune et ne manque pas d’esprit, toutes choses qui lui permettent toujours de «river leur clou» à ses adversaires, surtout quand il peut exciter les préjugés à son profit.

Je suis allé voir Eder, qui avait déjà rédigé une lettre invraisemblable (la ψα était le plus grand Mont Pisga3 des siècles, etc.) qui eût été déplacée à cet égard et n’aurait fait qu’exciter la verve polémique de Mercier. Nous avons parlé de cette affaire et avons décidé d’attendre une semaine, pour voir si quelqu’un d’autre écrivait, dans un camp ou dans l’autre, et sinon, de laisser cette histoire sombrer dans l’oubli qu’elle mérite. Nous aurons certainement bientôt de nouvelles occasions de controverse, et probablement plus favorables, ou en tout cas moins dégradantes. Reste que si quel­qu’un d’autre relève le défi de Mercier, ou prend sa défense par écrit, il nous faudra intervenir. Que pensez-vous de tout ceci ?

Je travaille sans relâche et j’ai traduit près de la moitié des textes de Ferenczi4.

Abraham attend ma contribution au Jahrbuch pour la fin février, mais je ne pense pas que ce soit possible5.

Bien fidèlement à vous

Jones.

  1. Poul Bjerre, Zur Radikalbehandlung der chronischen Paranoia, Jahrbuch, 3, 1912, p. 795-847.
  2. Voir le British Medical Journal, 1, 1914, p. 172-173, 276. Charles A. Mercier, M.B. 1878, MD. 1905, Londres ; ancien maître de conférence sur la folie à la Charing Cross Hospital Medical School et auteur de nombreux livres, dont un Text Book oj Insanity, Londres, Swan Sonnenschein, 1902.
  3. Montagne à l’est du Jourdain, du haut de laquelle Yahvé fit voir à Moïse la Terre Promise (Deutéronome 34,1).
  4. Jones (1916 h).
  5. Jones (1914 a, 1914 h).

15-01-1914 Abraham à Freud

Berlin W, Rankestrasse 24

15.1.14.

Cher Professeur,

En réponse à vos questions :

  1. Eitingon (d’après ce qu’il m’a dit lui-même) était à Vienne pour la première fois fin janvier 1907.
  2. L’ « Association Freudienne » doit avoir tenu sa première réunion vers le milieu de l’année 1907. Moi-même, j’ai fait un exposé au cours d’une des première réunions (sur les traumatismes sexuels subis) qui a été publié en novembre 1907; j’ai dû le prononcer vers la fin de l’été.

3. Il est difficile de répondre à la troisième question. Lorsque je suis arrivé au Burghölzli en décembre 1904, on s’intéressait déjà à la psychanalyse. Cet intérêt s’accrut rapidement durant la période qui suivit. Pour la période antérieure, voici ce qui est sûr :

  1. « Les phénomènes occultes » (1902) de Jung, dans lesquels votre Interprétation des rêves est citée (p. 102).
  2. L’analyse de Jung tentée sur la patiente B. St., publiée dans l’annexe de la « Psychologie de la démence précoce ».
  3. Plusieurs des études faites par l’Association étaient déjà publiées.
  4. Une hystérie avait été analysée par Jung (en 1904, très certainement).

Je présume qu’un intérêt très soutenu pour la psychanalyse a vu le jour sans doute en 19o3, mais peut-être seulement en 1904.

Je vous adresse à la hâte mes salutations cordiales. Votre dévoué

Abraham.

15-01-1914 Ferenczi à Freud

450 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C°, Wien, I. Bauernmarkt N° 3 Abonnementspreis: ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, le 15 janvier 1914

Cher Monsieur le Professeur,

Je crains de ne pas être présentable pour une visite dimanche et de ne pouvoir jouir de votre table dominicale, car samedi et dimanche j’aurai encore à subir (en deux temps) de petites interventions sur mon organe olfactif bien maltraité. Mais je serai peut-être suffisamment remis dimanche soir pour pouvoir bavarder quelques heures avec vous. Je pense que je n’entreprendrai mon voyage de retour que lundi après-midi — en homme tout à fait bien-portant, j’espère.

Ma consultation marche bien. Je suis occupé à plein temps. Je viens de commencer (il y a trois jours) l’analyse d’un masochiste typique, un homme de valeur, très intelligent (procureur), qui est venu me voir indirectement sur votre conseil. Une dame (une jeune veuve) qui l’aime et qu’il voudrait bien aimer lui aussi, est allée un jour vous demander conseil et vous avez dirigé le patient sur moi. (La dame n’était au courant que de l’impuissance, pas du masochisme.)

C’est curieux comme on entend différemment l’histoire de la maladie et la plainte des patients selon qu’on a été, ou non, informé par avance du contexte. Il en va pour nous des plaintes des patients comme du matériel des rêves : on ne sait jamais de prime abord si elles sont à prendre dans le sens positif ou négatif. Et pourtant, il arrive tout aussi souvent que les patients racontent le contraire de ce qui est vrai dans l’inconscient plutôt qu’une partie de la perception réelle d’eux-mêmes. Si on connaît la struc­ture d’une névrose, on sépare dès le premier entretien le bon grain (per­ception de soi-même) de l’ivraie (formation réactionnelle). Si l’on n’est pas encore instruit, on a tendance à ne pas croire le malade du tout.

Le patient masochiste commence son récit par le fait qu’au fond il n’a jamais été amoureux des femmes avec lesquelles il s’était engagé dans des manipulations masochistes. Par exemple, la femme avec laquelle il entre­tient maintenant depuis plus de dix ans une relation de cette sorte, lui est (sentimentalement) tout à fait étrangère. Il accomplit l’acte masochiste (oscula at nates) * * comme un devoir de fonctionnaire, une fois par semaine » (ipsissima verba) **, et il a alors une éjaculation. Mais s’il aime vraiment une femme, il ne peut même pas se représenter l’acte masochiste avec elle — par contre, il est, en face d’elles (de ces femmes), absolument inhibé pour l’intromission et l’éjaculation (pas entièrement pour l’érection). C’est une confirmation frappante de votre théorie du masochisme, selon laquelle le masochiste est soumis, précisément, à la personne non aimée (pour repousser la menace de castration qui lui est venue d’une telle personne). — Vous m’avez dit, à l’époque que, d’après votre expérience, le masochiste homo­sexuel a été menacé autrefois par le père, le masochiste hétérosexuel par la mère Mais on peut aussi imaginer un cas (peut-être celui-ci en est-il un) où les tendances masochistes se développent à l’égard d’un certain type et l’impuissance à l’égard de l’autre type du même sexe (quand, par exemple, le garçon a rencontré un accueil aimable auprès d’une femme et une cruelle menace auprès d’une autre, il pourrait, plus tard, devenir impuissant avec des personnes féminines aimantes, mais développer à l’égard des femmes de type sévère une contrainte masochiste).

Le deuxième rêve de mon patient apporta une confirmation encore plus nette de votre hypothèse (il va sans dire que je ne lui donne encore absolument aucune explication, mais que je le laisse parler de façon inin­terrompue). Il a rêvé qu’il était parti, guéri, de la cure avec moi et que mon assistant et moi avions déclaré que son cas était unique; c’était le premier cas où le masochisme était reconnu comme (?). Il ne se souvient pas du mot à la place du point d’interrogation, il s’agit de deux expressions dont il ne se souvient pas. La première idée est : obligatio faciendi ***, la deuxième, servitut!!. **** 2. Donc, deux expressions juridiques, dont la deuxième, en particulier, qui signifie à la fois servage, soumission, a été jusqu’à présent caractéristique du masochisme dans ce sens-là; mais qui devront, à partir de maintenant, être aussi interprétées dans le sens du droit romain, à savoir comme le devoir de supporter les interventions d’une tierce personne sur ma propriété.

Au revoir et à bientôt votre Ferenczi

L’article polonais n’est tout de même pas assez cachère pour le Jahrbuch, trop long pour la Zeitschrift, très approprié pour Imago.

* En latin dans le texte : baisers sur les fesses.

** En latin dans le texte : selon ses propres dires.

*** En latin dans le texte : obligation de s’exécuter.

**** En latin dans le texte : servage, esclavage.

  1. Dans sa conférence sur un «Cas de fétichisme du pied», le 11 III 1914, à l’Association viennoise, Freud a proposé une formulation inverse : « Quelqu’un qui a été intimidé tôt par un homme, aura tendance à être masochiste envers les femmes, et inversement », Minutes, IV, p. 280.
  2. Obligatio ad faciendum : « une obligation qui consiste à faire, à agir, et non à omettre quelque chose ; celui qui n’accomplit pas ce devoir commet un délit punissable par la loi ». Servitut : « Restriction du droit de propriété par le droit de jouissance d’autrui sous forme de servitudes (par exemple, droit de passage, droit de pâturage, usufruit). » Karl Luggauer, Juristenlatein (Latin juridique), 2e éd., Klagenfurt, 1970.

15-01-1914 Lou à Freud

Göttingen, 15. I. 1914

Cher Professeur,

Serait-il pensable que je pusse prendre connaissance de la lettre de Bjerre, dont vous m’avez parlé (il doit en tout cas s’en être tenu à des généralités). Je vous la renverrai naturellement aussitôt. Si cette demande vous paraît indiscrète, veuillez m’excuser et la considérer comme nulle et non avenue. Je voudrais quand même bien savoir où placer Bjerre, notam­ment par rapport aux Zurichois. Nous ne correspondons pas 26.

Toutes ces choses, qui font le sujet de vos travaux actuels, sont particulièrement présentes à mon esprit et m’occupent à plus d’un titre. Cette année apportera sans aucun doute de la clarté et quelque guerre fraîche et joyeuse!

Avec mes souvenirs les plus affectueux.

Votre Lou Andréas.

[En petits caractères]

Sigmund Freud à Lou Andreas-Salomé (sans doute avec la lettre de Bjerre) sitôt après le 15 janvier 1915.

Lou Andreas-Salomé à Sigmund Freud (sans doute en renvoyant la lettre de Bjerre) demandant une épreuve de Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique avec des opinions concernant, cet ouvrage en juin 1914.

26. Depuis août 1912 à peu près ; une discussion finale avait eu lieu en avril : cf. note du 11 mai 1913 dans le Journal.

12-01-1914 Freud à Abraham

Vienne, IX, Berggasse 19

12.1.14.

Cher ami,

Nous sommes donc tous d’accord pour Dresde. Notre réunion a lieu le 14.

Vos remarques sur l’exhibition (à l’instigation de Monsieur votre fils) me paraissent très pertinentes. Je pense qu’il doit en aller de même pour toutes les perversités, et que de nou­veaux points de vue s’ouvrent là, pour la thérapie et pour notre compréhension.

Je suis tout à la rédaction de l’histoire du mouvement psychanalytique 1. Le texte sera très énergique et sans détours. Je vous demande votre aide, pour l’instant, sur les points suivants :

a. Quand Eitingon est-il venu chez moi à Vienne pour la première fois?

b. Quand l’Association Freudienne de Zürich a-t-elle com­mencé son activité?

c. Quand a commencé à la clinique de Bleuler l’intérêt pour la psychanalyse?

Avec mes salutations et mes remerciements cordiaux, Votre fidèle

Freud.

(1) S. Freud : « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique », 1914, trad. fr. Payot.

12-01-1914 Freud à Ferenczi

449 F

Prof. Dr. Freud

le 12 janvier 1914 Vienne, IX. Berggasse 19

Cher Ami,

Je travaille avec rage sur «l’Histoire du mouvement psycha» et j’ai aussi beaucoup à faire par ailleurs. Alors je vous prie d’accepter sans arrière- pensée des informations purement pratiques.

Nous voterons tous pour Dresde. Jones m’écrit à ce sujet aujourd’hui ; c’est compliqué et incompréhensible. Mais lui n’entre pas en ligne de compte, dit-il, puisque son groupe n’a pas encore été agréé (1).

Je n’arriverai probablement pas à lire le travail de Karpinska. Votre agrément suffit bien. Comme le Jahrbuch est complet, peut-être le pren­drons-nous dans la Zeitschrift?

Si vous venez le dimanche 18, j’espère que vous aurez aussi du temps pour nous. Arrangement habituel. Voulez-vous de Lou à notre table? Cordiales salutations

votre Freud

P.-S. Apporter lettre de Brill.

1. Jung n’avait pas encore reconnu l’Association britannique — laquelle n’était donc abso­lument pas en mesure d’agir (Jones, II, p. 160).

12-01-1914 Freud à Lou

Vienne, IX, Berggasse 19

12. I. 1914

Chère Madame,

La jeune personne qui a répondu à l’invitation fait visi­blement partie de votre parenté la plus proche, si ce n’est vous-même. Cette relation lui assure en tout cas une place d’honneur.

Par la même occasion, je vous remercie d’une contribution à Imago 24 que j’espère moi-même lire bientôt. Malheureu- sement, il y a une grève des typographes et on ne peut pas imprimer.

Je travaille en ce moment avec ardeur à une Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique25 pour notre Jahrbuch et m’attends à ce que mes déclarations mettront fin à toutes les indécisions en imposant des séparations souhaitables.

J’ai eu une lettre de Bjerre, il y a quelques jours, dans laquelle il cherche à dissimuler nos différends. Je ne puis pas le suivre sur ce terrain.

Avec mes souvenirs les plus affectueux et en vous priant de m’envoyer bientôt des nouvelles directes, je suis

votre tout dévoué Freud.

24. L’article écrit à la demande de Freud le 4 novembre 1912 « A propos du type de la femme », qui a paru dans le premier fascicule (février) de la 3e année (1914) d’Imago.

25. « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » publié en mars 1914 dans le Jahrbuch fur psychoanalytische et psycho-pathologische Forschungen, vol. IV (G. W., X).

10-01-1914 Ferenczi à Freud

448 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C°, Wien, I. Bauernmarkt N° 3 Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, le 10 janvier 1914

Cher Monsieur le Professeur,

Abraham m’écrit qu’il est pour Dresde. Nous devrions tous nous mettre d’accord là-dessus. Je crois que Jung veut obtenir la majorité numérique avec l’aide de l’Amérique. Je vous envoie, ci-joint, l’article polonais. Il est très bon. Les rares remarques critiques sont d’ailleurs faciles à réfuter, elles découlent du manque d’expérience pratique de l’auteur. Peut-être ajouterai-je une petite postface(1). Mais on peut aussi publier ce travail sans critique.

Je ne viendrai à Vienne que dimanche en quinze (le 18).

Cordiales salutations

Ferenczi

1. Aucune postface n’a été publiée.

09-01-1914 Jones à Freud

9 janvier 1914

69 Portland Court, Londres

Cher professeur Freud,

Abraham me dit que Jung s’est enquis du lieu du prochain congrès, et je me demande si ce n’est pas le meilleur moment pour suggérer une dissolution de l’asso­ciation. Si Berlin, Budapest et Vienne (Londres n’est pas encore un groupe officiel, et nous n’avons pas eu de nouvelles de Jung) s’associent dans cette demande, Jung risque de se méfier et de maintenir le congrès bon gré mal gré, dans l’espoir que nous nous tiendrons à l’écart. Cela le laisserait seul maître du terrain, ce qui ne doit en aucun cas arriver. Ne pensez-vous pas que vous pourriez personnellement lui écrire et lui proposer, soit une dissolution, soit, au moins, un ajournement du congrès pour cette année, personne n’ayant une autorité ou un droit moral un tant soit peu com­parable aux vôtres ? On pourrait ensuite soumettre l’affaire à un référendum dans tous les groupes, avec vote individuel, ce qui nous donnerait une bonne chance de l’emporter, car beaucoup d’indécis, comme Eder, voteraient en ce sens de crainte de voir se répéter la pénible farce de septembre.

Merci infiniment de votre lettre encourageante qui est arrivée cette semaine. Je travaille avec acharnement à étudier les divers problèmes en question, et j’ai des matériaux éminemment intéressants. Un cas m’a fait comprendre plus clairement que par le passé la signification du complexe de castration chez les femmes, et son rapport avec l’horreur du sang et l’humiliation des menstrues (réveil des idées infantiles de la privation du pénis). Ça me fait penser que la curieuse horreur de la menstruation dont témoigne le folklore est peut-être due, pour une bonne part, à ce complexe chez les hommes; un exemple typique étant l’isolement des femmes qui ont leurs mens­trues de crainte que leur présence ne soit un facteur d’impuissance (symboliquement, par exemple, ne fasse tourner le lait, etc.).

J’ai été choisi avec McDougall, d’Oxford, pour arbitrer une discussion sur la Sexualtheorie lors d’une réunion commune de la British Psychological Society et de la Section psychiatrique de la Royal Society of Medicine, le 10 mars (1), ainsi que pour une discussion de la ψα à la British Medical Association, le 30 juillet (2).

Ma clientèle passe toutes mes espérances. J’ai huit patients par jour, et j’ai dû en adresser un autre à Eder cette semaine. Deux paient 50 Kr. chacun, les autres 25 Kr. Si les choses continuent à ce train, et il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas le cas, je pourrai me marier, ce qui, je l’espère, sera ma prochaine étape dans la vie.

Sans doute avez-vous reçu cette semaine mes deux envois ; le malheureux Putnam, je suis bien désolé pour lui.

Quant à Loe, je suppose que la bataille sera livrée sur la question de la morphine, car elle a choisi ce terrain : si elle n’a pas de morphine en réserve, elle a l’impression que ses vaisseaux sont brûlés. J’espère avoir de meilleures nouvelles dans votre pro­chaine lettre ; elle ne m’a pas écrit depuis mon passage à Vienne.

Avez-vous décidé de mettre votre nom au Moïse ? Certainement !

Bien à vous

Jones.

1. Voir lettre 180, note 2.

2. Jones (1914 i).