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11-11-1914 Eitingon til Freud

70 E

igloo, den 11 November [1914]en

Kjære Professor,

Jeg husker deg igjen og vil gjerne spørre deg hvordan du har det, deg og dine, og hvilke nyheter du fikk fra din eldste sønn. Har du vært i Tyskland lenge, Herr professor? Vi har hatt noen travle dager så langt., noen ganger fungerer som sykehus for de skadde, noen ganger et sykehus for ofre for epidemier. For øyeblikket, bortsett fra tyfus, har vi få infeksjonssykdommer.. De siste månedene har knust håpet mitt om å komme hjem innen slutten av dette året. Teatre for operasjoner fortsetter å utvide. Har mange av våre analytikere blitt ansatt, Herr professor?

Jeg har en liten forespørsel til til deg : Send meg et nytt opptrykk av "The History of the Psychoanalytic Movement" hvis du har en kopi igjen..

Med mine hjerteligste hilsener til deg og dine

Din hengivne M. Eitingon

en. Militært postkort.

10-11-1914 Ferenczi til Freud

Fer

Pappa A, den 10 November 1914 Adresse : Caserne des Hussards

Kjære professor,

Tout d’abord je voudrais vous faire part d’un étrange caprice du hasard. J’ai oublié de vous mentionner dans l’analyse — car je n’en ai plus eu le temps — un symptôme nasal très désagréable, qui avait d’ailleurs disparu depuis à peu près un an ; il s’agit, til meg, de la sensation subjective d’une constante odeur d’ammoniaque. Mon oto-rhino a dit que ceci provien­drait de l’excitation des cellules ethmoïdales ou du nerf olfactif. Mais je crois maintenant qu’il s’agit, pour le nerf olfactif, d’un signe d’excitation comparable à ce qui se passe chez moi également dans les domaines des nerfs auditif et optique (par suite de troubles circulatoires?). Ce symptôme a maintenant réapparu, mais en même temps a émergé aussi chez moi l’idée suivante : la tonalité par trop spécifique de l’odeur ne serait-elle pas malgré tout d’origine psychogène, det er å si, provenant de mes troubles urinaires infantiles. Noe annet, nous devrions considérer tout cela comme une coïncidence fortuite particulièrement remarquable.

Physiquement, je ne me suis pas senti mieux ici qu’à Vienne, mais mon humeur était à peu près bonne : apathie et insouciance prédominaient. Pour la première fois aujourd’hui, l’absurdité de l’existence à Pápa et chez les militaires m’a un peu déprimé. J’allais d’ailleurs physiquement moins bien que d’habitude : surdité jusque dans l’après-midi, ammoniaque dans le nez le soir, mauvais rêves la nuit.

Ici, au château, chez le comte, je suis bien logé.

Il vous intéressera de savoir (je l’ai appris par le comte B., chambellan d’un archiduc, qui vient d’être incorporé ici en tant que capitaine), que dès septembre, Garibaldi 1 a fait une incursion au Tyrol, avec trois mille Italiens et Français. L’armée autrichienne y était préparée — tout le lot a été capturé et expédié à Rome par le train, après quelques dépêches cour­toises.

Il est étrange qu’une telle chose ait pu rester secrète ! Il était formelle­ment interdit aux soldats autrichiens de tirer, afin d’échapper au casus belli.

i tillegg, il a dit que nous recevrions 30 % des dommages de guerre éventuels et, en outre, des attributions coloniales (en cas de victoire).

Pour ma part, je ne suis pas attiré par le théâtre des opérations, mais je voudrais être muté à Budapest ; mes chances sont cependant minimes.

J’ai arrêté l’auto-analyse au moment même où vous avez déclaré qu’il était peu probable que je puisse la continuer. Votre opinion a été pour moi — un ordre !

Je viens de recevoir les premiers feuillets de la théorie sexuelle ! Tusen takk !

Salutations à la famille et aux collègues,

din Ferenczi

A. En-tête pré-imprimé en bleu.

1. Il s’agit sans doute du corps de volontaires italien « Garibaldi » (Jones E., La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, II, trad. Anne Berman, Paris, P.U.F., 1961, p. 187). L’Italie n’a déclaré la guerre à l’Autriche-Hongrie que le 23 mer 1915.

09-11-1914 Freud til Ferenczi

513 F

Prof. Dr. Freud

den 9 November 1914 Vienna, IX. Berggasse 19

Kjære venn,

Jeg skriver til deg i dag, 1) å bekrefte mottak av brevet ditt fra 3 og kortet ditt som kom i dag, 2) fordi jeg sendte deg, til hotellets adresse, une feuille d’épreuves de la théorie sexuelle, 3) parce que j’ai énormément de temps — plus qu’un patient — et 4) parce que je conclus, d’après vos actes, que vous ne vous êtes pas encore ressaisi et j’en suis fort mécontent.

De nouvelles, fort peu. L’Italien de Nocera (Bianchini) m’a envoyé, aujourd’hui déjà, la traduction de la première des Cinq Leçons, pour laquelle j’ai écrit une préface1. L’histoire clinique2, forte de 116 sider, est achevée. Rank l’a emportée aujourd’hui pour la lire. Elle m’a précipité dans de sérieux doutes, qui n’ont pas pu être totalement résolus rationnel­lement, et je présume que le doute latent, tapi dans l’ombre, quant à savoir si nous allons vaincre, y a rajouté son grain de sel *. Mais il y a là quelque chose sur quoi je voudrais avoir votre opinion. Il est vrai qu’il reste encore six mois jusqu’à l’impression. L’éditeur du manuel de Kraus m’a fait savoir aujourd’hui qu’il n’aura pas besoin avant fin 15-début 16 de mon manuscrit, qui était programmé pour avril 1915. Hver dag, quelque chose s’effrite. Je ne sais pas maintenant avec quoi remplir ma journée.

Martin a été incorporé dimanche à Steyr 3, Ernst. a été malade de la grippe et doit encore être bien mal en point. Oli trouve sans cesse du travail 4, et il semble avoir bien réussi. Annerl est, comme toujours, active et plaisante. De Pfister, une lettre bête et disciplinée ; sinon, quand le canon tonne, la voix de la psychanalyse ne se fait pas entendre dans le monde.

Si nos amis n’ont pas réalisé quelque chose de tout à fait décisif d’ici Noël, ils auront affaire aux Japonais, que l’Angleterre laissera sûrement venir en France, et alors l’espoir d’une issue heureuse devra être enterré 5.

Jeg hilser deg hjertelig og venter på nyhetene dine,

din Freud

2. Se 511 F og karakteren 1.

3. Petite ville de la Haute-Autriche,

4. Oliver Freud, ingeniør, était alors en train d’effectuer des travaux d’arpentage pour la construction de baraquements d’infirmerie (Freud à Mitzi Freud, 30 X 1914, LOC).

5. Dès le début de la guerre, le Japon s’était rangé aux côtés de l’Entente et avait attaqué les positions allemandes en Chine et dans l’océan Pacifique. La colonie allemande de Tsing- Tao tomba le 7 November 1914. Imidlertid, malgré la demande de l’Angleterre et de la France, les Japonais refusèrent de participer à la guerre en Europe.


* Textuellement : « y a rajouté son raifort », assaisonnement presque aussi banal en Autriche que le sel. Le raifort revient dans d’autres locutions familières, som : «j’ai besoin de lui pour râper du raifort », det er å si, je n’ai aucun besoin de lui.

1. C’est ce passage de la lettre de Freud qui a attiré l’attention sur la préface en question, inédite jusqu’à présent. Dans la prochaine édition de la Bibliographie de Freud elle figurera sous le numéro 191 F,n voici le texte : « Préface. J’ai bien volontiers donné mon accord pour cette traduction, qui réalise un souhait ancien. Depuis de longues années, j’éprouve le besoin, pour continuer le travail, de puiser des forces dans les beautés de l’Italie ; pays dans la littérature duquel je ne serai désormais plus un étranger, grâce aux efforts du traducteur. La remarquable faculté de compréhension du professeur Levi-Bianchini garantit une fidélité de reproduction dont tout auteur n’a pas la chance de pouvoir jouir. Je pense que la psychanalyse mérite l’attention des médecins et des personnes cultivées en générai, parce qu’elle établit une relation étroite entre la psychiatrie et les autres sciences humaines. J’ai essayé d’en donner une description plus générale dans un article de la revue Scientia (Bologne, 1913). Vienna, 1915, Freud.»

07-11-1914 Freud til Hermann Struck

EN HERMANN STREKK

Wien IX, Berggasse 19, den 7 November 1914.

Veldig beæret sir,

Jeg la merke til med beundring at du tok arbeidet ditt med mitt portrett veldig alvorlig.. Dette er sannsynligvis din vanlige måte å jobbe på..

Jeg ser frem til kommentarene du lovet meg om Moses.. Siden jeg ikke har fått dem enda, Jeg vil ikke vente lenger med å sende deg bevisene og skrive dette brevet til deg. Jeg skynder meg å fortelle deg det, før du leser kommentarene dine, at jeg er fullstendig klar over den grunnleggende feilen i arbeidet mitt : etter å ha ønsket å vurdere kunstneren på en rasjonell måte, som om det var en forsker eller tekniker, mens vi har å gjøre med et vesen av en bestemt art, til et overordnet vesen, autokrat, ugudelig og noen ganger ganske unnvikende.

En liten bok jeg skrev om Leonardo da Vinci (1) vil sannsynligvis ikke falle i smak. Det forutsetter at leseren ikke skal la seg sjokkere over homoseksuelle spørsmål og at psykoanalysens kronglete veier er kjent for ham.. Verket er også halvfiksjonalisert. Jeg vil ikke at du skal bedømme nøyaktigheten av våre andre funn etter dette eksemplet. Samtidig sender jeg deg en liten ting på bånd( 2) som relaterer seg til en annen kunst.

Her er nå de kritiske observasjonene du ba meg om (Jeg blandet kona og andre mennesker). De ble bare muliggjort av din kommentar, ifølge hvilken vi kunne være sikre på vår inkompetanse. Noe annet, Jeg ville ikke våget å komme med noen form for kritikk. Jeg er meg selv, uten tvil, den mest inkompetente av alle. Og, til tross for alt, du vil vite min mening, Jeg håper du vil godta de følgende tankene. Etsningen din synes for meg å være en herlig idealisering. Dette er portrettet jeg vil likne på, og kanskje jeg er i ferd med å oppnå det, men, I alle fall, Jeg stoppet på veien. Alt ved meg er ruglete og kantete, du bølget og rundet den. Etter min mening, det er et tilfeldig element som trekker ned likheten : måten du behandlet håret mitt på. Du plasserte delen på den ene siden, mens i henhold til vitnesbyrdet fra selve litografien, Jeg bruker den på den andre. i tillegg, hårfestet på tinningen min får en ganske konkav form. Ved å avrunde den har du pyntet på utseendet.…

Det er svært sannsynlig at denne korreksjonen var med vilje. Jeg anser derfor denne graveringen som veldig flatterende. Jeg liker henne mer hver gang jeg ser på henne.

Mitt forhold til litografi er mindre hyggelig. Jeg er helt enig angående det jødiske elementet i hodet, men det er noe annet jeg ikke kjenner igjen. Jeg tror det er på grunn av den overdrevne åpningen av munnen., med skjegg pekt fremover og hvis ytre konturer er for tydelige. Mens jeg prøvde å finne ut hvor disse egenskapene kunne komme fra, husket jeg denne vakre og onde orkideen, Orchibestia Karlsbadiensis som vi delte. Dette vil derfor gi et sammensatt tall (å snakke som i Drømmetydningen) : jøde og orkide!

Her har jeg kommet til slutten av mine bemerkninger og jeg anbefaler meg selv nok en gang til all din vennlighet. Når du sender meg de ferdige bevisene, Jeg vil være deg veldig takknemlig, men min anerkjennelse vil forbli midlertidig platonisk.

Kanskje vi ville ha brukt møtet vårt i Karlsbad på en annen måte., hvis vi kunne ha mistenkt at det ville ende så brått og at det å se ham igjen ville forbli så usannsynlig.

Min kone ber meg sende deg hennes beste minne, som jeg fester min til

Din mest hengivne Freud.

(1) Se også brevet til Ier Oktober 1911.

(2) Dette er sannsynligvis Jensens Gradiva-essay. (se også notat til brevet fra 26 mer 1907).


03-11-1914 Ferenczi til Freud

Fer

INTERNATIONAL JOURNAL OF MEDICAL PSYCHOANALYSIS Redigert av professor Dr Sigm. Freud redaktør : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Utgiver Hugo Heller & C°, Wien, L Bauernmarkt N° 3

Abonnementspris : hele året (6 Hefte, 36-40 Boken) K 21.60 = MK. 18.

Bp (!) Pappa, den 3 November 1914 A

Kjære professor,

Denne gangen, quelques lignes seulement, en hâte, avant tout pour vous remercier de votre aimable lettre — et pour vous demander de bien vouloir tout m’adresser, à partir de maintenant, à la caserne (Caserne du 7e Régiment des Hussards Honvéd, Pappa).

J’ai passé le dimanche à Budapest ; Ignotus m’a accompagné jusqu’à Papa, et il est resté ici une journée. Il veut tout essayer pour obtenir ma mutation à Budapest. J’ai eu des difficultés de logement (j’ai failli écrire «saletés» (de logement) *), voilà pourquoi je ne suis pas arrivé à travailler. Peut-être y parviendrai-je à partir de maintenant !

La possibilité même de votre venue m’a réjoui. Dès le deuxième jour après mon arrivée ici, le nom de « Freud » est apparu soudain sur la liste des étrangers à l’Hôtel « Griff ». J’ai couru à la chambre n° 10 — j’ai immé­diatement reconnu votre petite serviette, et je suis allé à votre recherche. Le portier me fit alors comprendre mon erreur.

Vennlige hilsener fra din Ferenczi

A. Les lettres Bp sont barrées et remplacées par Papa.

* Jeu de mots intraduisible entre schwierig (difficile) og schmierig (barbouillé).

31-10-1914 Freud til Abraham

* Wien IX, Berggasse 19

31.10.14,

Kjære venn,

Votre lettre exhale un souffle rafraîchissant. En ce moment, nous sommes tout à la joie de la Triple Alliance qui nous est rendue par la décision de la Turquie. À part cela, Selvfølgelig, nous apprenons par les journaux ce que vous savez.

Votre petit travail a été le bienvenu; une épreuve de mon prochain essai pour la Zeitschrift fait route vers vous. Je me suis remis avec ardeur à ma longue histoire d’une maladie, où je m’abandonne à la discussion avec une grande prolixité. Je m’aperçois que, si j’avais ces dernières années un style aussi concis, c’est tout simplement parce que j’avais très peu de temps (!). Comment vous ferai-je parvenir ce travail, quand il sera terminé? Il faudrait que vous veniez le chercher à Vienne, ou que je revienne à Berlin si, som jeg håper, vous y restez.

Bortsett fra det, je suis très peu occupé; je n’ai pu avoir plus de deux clients; et il est probable que, etterpå, j’en aurai plutôt moins que plus.

A propos de Mmeg A., je puis vous informer qu’elle se trouve à Nassau avec son mari — comme prisonnière anglaise. Ce ne sera pas très déprimant pour elle; au contraire, elle sera tout heureuse d’être maintenant surveillée par ordre d’en haut. D’autant plus qu’elle est aussi victime de la duplicité anglaise. J’ai d’ailleurs remarqué, d’une manière générale, que les obsessionnels se sentent plus à l’aise en cette période de guerre; nous sommes descendus à leur niveau.

Binswanger m’a envoyé un bon travail sur Jaspers (1) et la psychanalyse; mais c’est faire trop de cas de Jaspers.

Un Italien, Levi Bianchini, maître de conférences à Naples, collaborateur du Manicomio (2), envisage d’ouvrir la constitution d’une bibliothèque psychiatrique internationale en langue italienne par la traduction des 9 Conférences. Peut-être vous ai-je déjà écrit à ce sujet.

Ferenczi est parti — peut-être vous l’ai-je aussi déjà écrit — à Papa en Hongrie, pour servir la défense locale dans un régi­ment de hussards. Eitingon m’a écrit sa dernière lettre de Iglo (Hongrie). L’adresse de Ferenczi est : Hôtel Griff. J’ai fait le tour des toutes dernières nouveautés.

Je vous salue bien cordialement, tout en espérant que votre femme et vos enfants vont bien, Siden, denne gangen, vous n’en avez dit mot.

Din trofaste

Freud.

Vu Reik une seule fois, mercredi.


(1) Karl Jaspers, professeur de philosophie à Heidelberg, à Bâle depuis 1948.

(2) Recueil d’ouvrages psychiatriques, publié par l’« Archivio di Psichiatria e Scienze Affini » Nocera Superiore (Naples).

30-10-1914 Freud til Ferenczi

F

Prof. Dr. Freud

den 30 Oktober 1914

Vienna,IX. Berggasse 19

Kjære venn,

Je me suis arrêté hier à la page 54 de la nouvelle histoire clinique 1 et je ne peux pas mieux occuper ma tête ravagée (par le rhume) qu’en écrivant des lettres.

Je déduis de la lecture de votre lettre à quel point est encore vivace votre sentiment de culpabilité infantile ! C’était bien bête, cette interruption brutale de la cure, au moment où elle était la plus intéressante et la plus productive, mais il n’y avait rien à y faire. Je vous donne à présent le pronostic : l’auto-analyse va échouer très bientôt et c’est bien ainsi, car l’auto-analyse et l’analyse avec un étranger ne peuvent pas s’additionner. A l’évidence, tout ce que nous pouvons faire ici pour vous, afin que vous ne vous enlisiez pas dans le service, est de vous pousser vers les inté­rêts ψα. Je vous ai fait envoyer par Rank quelques nouvelles parutions dont vous voudrez bien avoir l’obligeance de rendre compte pour la Zeitschrift en tant que rédacteur, et qui sont d’ailleurs intéressantes en elles-mêmes. Binswanger mérite une attention particulière 2. Pfister s’est soudain montré capable de voir Adler sous l’éclairage que j’ai projeté sur lui3. Il ne fait d’ailleurs rien d’autre que de délayer quelques-unes de mes remarques. Il a l’art de distiller des louanges grandioses à partir de ce type d’objections. Partialité, opiniâtreté spéculative et absurdité semblent à la base de grands mérites en matière de science. Vous allez beaucoup vous amuser. Videre, vous avez le Kollarits4. La bibliothèque en demande naturellement le retour.

Her, sont aussi arrivées les épreuves du nouveau numéro de la Zeit­schrift. Je me suis beaucoup réjoui de voir combien vos contributions, même les plus brèves, sont judicieuses et substantielles5.

Un Italien, Lévi-Bianchini6, chargé de cours à Naples et directeur du « Manicomio », veut publier une bibliothèque psychiatrique internationale, et commencer par une traduction de mes « Cinq Leçons ». Il offre aussi un échange de journaux. Accepté.

En ce qui concerne mes travaux, je vous enverrai ce qui est transportable, les épreuves de la théorie sexuelle7, dès qu’elles arriveront, le texte de la nouvelle histoire clinique, si je peux avoir une copie dactylographiée. Si la liaison ferroviaire était humaine, je pourrais vous rendre visite un dimanche. Vederemo * !

Tous vous saluent cordialement,

din Freud


* En italien dans le texte ; nous verrons !

  1. Il s’agit de l’histoire de l’Homme aux loups, que Freud rédigea en octobre et novembre 1914. Freud, 1918b [1914], « A partir de l’histoire d’une névrose infantile », Œuvres complètes, XIII, p. 5-118. Se også 513 F
  2. Il s’agit probablement du travail de Binswanger sur Jaspers et la psychanalyse, dont Freud fait l’éloge dans sa lettre à Abraham du 31 Oktober 1914 (Freud/Abraham, Korrespondanse, på. cit., p. 205). Cet article n’apparaît pas dans la bibliographie de Binswanger par Fichtner (in Freud/Binswanger, Korrespondanse, på. cit.) et n’a pu être identifié.
  3. Peut-être l’article d’Oskar Pfister : « Die Pädagogik der Adlerschen Schule» (La péda­gogie de l’école adlérienne), Berner Seminarblätter, 1914, 8.
  4. Deux articles de Jenö Kollarits (se t. jeg, 173 Jern og seddelen 4), parus en août 1914, dont Ferenczi rédigea les comptes rendus (Ferenczi, 1915, 180 og 181) for Zeitschrift (III, 1915, p. 72-85). Se 515 F og karakteren 3.
  5. Ce numéro contient deux articles de Ferenczi : « Ontogenèse de l’intérêt pour l’argent » (1914. 146, psykoanalyse, II, p. 142-149) et «Analyse discontinue (1914, 147, på. cit., p. 150- 152), ainsi que trois notes de lecture : Berguer, «Note sur le langage du rêve»; Partos, «Analyse d’une erreur scientifique » (1914, 156) et Meggendorfer, « De la syphilis dans l’as­cendance des malades atteints de démence précoce» (1914, 158).
  6. Marco Levi-Bianchini (1875-1961), Italiensk psykiater, professeur à l’université de Naples et rédacteur en chef de la revue II Manicomio. Dès 1909, il s’est intéressé à la psychanalyse, tout en exprimant des réserves en ce qui concerne la théorie de la sexualité. På 1919, il fait la connaissance d’Edoardo Weiss et réunit un premier groupe psychanalytique italien qui garde un caractère non officiel. På 1920, il fonde la revue Archivio Generale du Neurologia e Psichiatria (où s’ajoute, i 1921, la mention e Psicoanalisi). Membre fondateur, i 1925, et président d’honneur jusqu’à sa mort, de la Société italienne de psychanalyse ; également membre de l’Association viennoise (1922-1936), la Société italienne ne faisant pas partie de l’Association psychanalytique internationale. Bien que membre du Parti fasciste, il est suspendu de ses fonctions en 1938, en raison de son origine juive. Il est un des rares membres de la Société italienne à ne pas émigrer et publie même un article sur Freud en 1940,

Sa traduction des Cinq Leçons sur la psychanalyse (Freud, 1910en [1909]) paraît en 1915 et constitue le premier volume publié par la Biblioteca psichiatrica, fondée par lui-même, qui deviendra par la suite Biblioteca psichoanalitica internationale.

7. Se 510 Fer, note 3.

28-10-1914 Abraham Freud

* Berlin W, Rankenstraße 24

28.10.14.

Kjære Professor,

Dette brevet er ment å følge med manuskriptet(1) som jeg lenge har stått i gjeld til deg for. Jeg er fortsatt fordypet i sykehusarbeidet mitt; de få timene jeg har igjen er absorbert av kundene. Kanskje Rank vil være så snill å ta seg av det mindre korrigeringsarbeidet i mitt sted., for å unngå at post kommer og går i denne usikkerhetsperioden.

Analysene mine følger deres rolige tempo på tre til fire timer om dagen. Jeg har nylig behandlet en av dine tidligere klienter., Doktor V…; av Madame A., Jeg har ingen flere nyheter.

Det er fantastisk å tenke på fredelige reiser fremover. Men vi tør fortsatt ikke tenke på det. Vi er helt enige for Berchtesgaden. La oss vente til da!

Jeg har tenkt å innkalle gruppen vår nå, veldig lettet, på et uformelt møte. Du bør neppe regne med et veldig aktivt vitenskapelig liv.

På forsiden, vi opplever nå vanskelige dager. Men totalt sett, vi er ikke mindre fulle av selvtillit. Helt til humoren kommer tilbake til livet litt etter litt. I en uniform og motebutikk, leser vi på en plakat : «Føtter, den store moten til 1914. »

Med mine hjertelige hilsener, så vel som kona mi, for deg, dine kjære og våre venner,

Din Karl Abraham.


(1) ]Viser trolig til Karl Abraham, "Effektene “suggestivt” medisiner i nevrotiske tilstander », trad. fr. i O.C., II, 58, 1914.

27-10-1914 Ferenczi til Freud

Fer

Pappa, Hôtel Griff

den 27 Oktober 1914

Kjære professor,

Je vais devoir — à ce que je crois — mener notre correspondance, en partie du moins, sur une base analytique ; la rupture soudaine de notre relation médecin-malade (vous voyez, j’écris comme par association libre) me serait, sinon, bien trop douloureuse. i tillegg, difficilement réalisable.

Je veux faire un rapport chronologique. Le chemin jusqu’à Papa m’a semblé infiniment long, et pourtant j’étais déjà à la caserne vers 6 timer, et j’ai appris que j’aurais à assurer le service local. Mon inconscient a semblé si satisfait de cette nouvelle qu’il a immédiatement mis fin à la satisfaction substitutive de la diarrhée. Je suis ici depuis trois jours et je peux vous résumer mes impressions.

Le commandant est un homme aimable et distingué, les autres officiers aussi (hussards) ; à l’exception de deux riches Juifs, rien que de la « gen­try » des intendants et quelques aristocrates. Tous me traitent en cama­rade ; il est vrai qu’en ce moment le médecin qui peut rédiger des certificats est une personnalité particulièrement puissante. Nous avons ici, nå, des compagnies dites de réserve, qui doivent couvrir le départ des troupes et former les recrues. Je travaille de huit heures jusqu’à onze heures et demie, l’après-midi je n’ai rien à faire. Je panse et j’incise des furoncles, je fais des prescriptions contre la toux et les maux de ventre, et j’examine la troupe à son arrivée ou à son départ en permission. Nous ne savons presque rien de la guerre, ici ; bizarrement, l’intérêt pour les nouvelles des journaux a même diminué (chez moi aussi). Le « service » nous absorbe tellement que nous perdons de vue le but proprement dit de notre travail.

Je ne sais pas encore ce que je ferai de mes après-midi. J’ai passé le premier après-midi libre (avant-hier) en faisant de l’auto-analyse par écrit. Cela a bien marché ; je m’imaginais que je vous parlais. Her, humeur maussade ; après m’être longuement torturé, il est apparu que je voulais organiser un massacre (un incendie criminel) à cause d’une blessure minime de mes complexes homosexuels. Là-dessus, soulagement. — Mes nuits sont pertur­bées (sommeil agité).

En somme, nå, je ne suis ni triste, ni gai ; plutôt ennuyé. Je sais tout ce que je perds par l’interruption de l’analyse, mais le regret que j’en ai ne devient pas un sentiment conscient. SÅ : le premier après-midi, maniaque, le deuxième, mélancolique, le troisième (aujourd’hui), apa­thique ; peut-être un mécanisme circulaire. — N.B. : j’aurais tendance à ne pas vous écrire la lettre, mais je m’y suis contraint, car je sais toute la gratitude que je vous dois. A Madame G. (à qui j’ai écrit le premier jour une lettre pleine de ferveur) je ne pourrais rien dire non plus, nå. — En guise d’explication, le fait suivant me vient maintenant à l’esprit : réveillé aujourd’hui de fort bonne heure (4 h et demie), j’ai fait tous les efforts possibles pour me rendormir ; la méthode psychanalytique ayant échoué, j’ai saisi cette fois réellement le moyen auto-érotique (peut-être parce que vous avez recommandé l’auto-érotisme comme étant le meilleur somnifère). Naturlig, sans succès ; à la place est restée l’apathie, dont même de bonnes lettres n’ont pu me sortir aujourd’hui. Mais la « neuras­thénie d’un jour» a sûrement aussi des racines psychiques.

Cet aveu est en même temps la reconnaissance du fait que j’ai, encore maintenant, de telles impulsions (comme je vous l’ai déjà signalé) et que je les laisse passer à l’acte, une ou deux fois par an. Pendant des années, quand j’étais jeune homme, la lutte violente contre l’onanisme m’a occupé et tourmenté. — Je pense à présent à la « scène primitive », postulée par vous. Peut-être ai-je été puni de façon trop sensible après cette protestation « virile » (uriner) 2.

Je vous promets donc de ne plus vous importuner autant, dorénavant, avec mon cas. Il viendra, il doit venir le temps où je pourrai poursuivre et terminer la cure !

J’espère aussi que, prochainement, quand je serai de meilleure humeur et que je ressentirai entièrement la gratitude que je vous dois, je pourrai vous écrire une lettre plus agréable. Nå, je sais pourquoi je ne voulais pas vous écrire : c’était pour ne pas vous déranger avec mes états d’âme personnels et ennuyeux. — Sans doute est-ce aussi la cause des multiples et longues pauses dans notre correspondance, dont je porte la responsabilité, la plupart du temps. Manifestement, j’ai toujours voulu être agréable.

Je peux enfin m’arracher à moi-même et penser à vous et aux vôtres. Veuillez m’envoyer les épreuves des Trois Essais 3 — ou de n’importe lequel A de vos écrits.

A cet endroit, j’ai été quelque peu embarrassé, d’où tant de mots raturés. Il est vrai que, dans des lettres antérieures, il y avait beaucoup plus de ratures ; cependant, il y avait aussi beaucoup plus d’ordre et de style. Vous voyez : quand j’écris ainsi, c’est tout de même toujours le mode associatif qui me revient ! Mais qu’en serait-il si je voulais enfin m’entretenir avec vous, objectivement, de sujets impersonnels ?

Je ne m’y force pas aujourd’hui et je mets à la poste cette lettre qui me fait tellement honte. [B J’ai voulu dire : à cause du mauvais style ; proba­blement la honte se rapporte-t-elle à l’aveu de l’onanisme.] SÅ, je conclus et vous salue cordialement,

Ferenczi

A. Après ce mot, passage barré : « ce qui vous fait croire que j’ ».

B. Crochets dans le manuscrit.

  1. Le terme de gentry désigne la petite noblesse hongroise. Jusqu’à la fin du siècle, cette classe qui se considérait comme la gardienne des valeurs historiques du pays était de plus en plus divisée sur la question du Compromis de 1867. La gentry, incapable de s’adapter aux changements économiques et sociaux, était sur le déclin. Certains de ses membres occupaient des postes supérieurs dans les administrations locales et des postes moyens dans les adminis­trations de l’État ; d’autres se destinaient à la carrière militaire. S’estimant victime des entre­preneurs dont la plupart étaient des Juifs et des Allemands, la gentry s’érigea en gardienne des traditions, se réfugiant peu à peu dans un nationalisme étriqué. Bon nombre de ses membres adhéreront à des mouvements de droite qui prendront une importance croissante après la guerre.
  2. Déjà, dans L’Interprétation des rêves, Freud estimait que l’observation des relations sexuelles entre les parents provoquait une « excitation sexuelle » chez l’enfant ; cette excitation, non comprise et réprimée, est «transformée en angoisse» (1900en, på. cit., p. 497). Ce problème devient central dans l’analyse de « l’Homme aux loups », au cours de laquelle Freud a introduit l’expression de « scène primitive ». Selon l’hypothèse de Freud, ce patient aurait interrompu «les rapports sexuels de ses parents en ayant une selle» (Freud, 1918jeg, «A partir de l’histoire d’une névrose infantile », trad. J. Altounian, P. Cotet, Œuvres complètes, XIII, p. 77) et plus tard, il aurait cherché à séduire la jeune bonne en urinant (ibid., p. 89). A propos de protestation virile dans ce contexte, se t. jeg, 466 Jern og seddelen 2, ainsi que la discussion de Freud à ce sujet dans Sur l’histoire du mouvement psychanalytique, (trad. Cor­nélius Heim, Paris, Gallimard, koll. «Connaissance de l’inconscient & trad. ny, 1991, p. 100-103). La construction proposée par Freud dans l’analyse de Ferenczi sera reprise plus tard, sous forme d’allusion (525 Fer) : « Érotisme urétral — ambition — scène d’obser­vation nocturne ».
  3. Les épreuves des Trois Essais sur la théorie sexuelle de Freud ( 1905d). dont la troisième édition a paru chez Deuticke, i 1915.

26-10-1914 Freud til Jones

[carte de Freud, traduite par J. E. G. Fra Emden]

26 Oktober 1914 La Haye

Cher Jones,

Je vous ai répondu via Martin Lund, plus directement n’est pas possible. Merci des bonnes nouvelles concernant vous-même et Loe. Deux fils suivent une instruc­tion dans l’artillerie; un fils (1) et Anna sont à la maison. Le travail médical est très réduit. Autant que possible, je prépare des travaux scientifiques. Correspondance uniquement avec Brill. Traduction d’article historique dans le Årbok, car le Tidsskrift de Morton Prince est abandonné à Payne si Brill y consent. Den magasin og Imago continuent, mais au ralenti. Anna tâchera d’écrire à Loe.

Med vennlig hilsen

Freud (2)


1. Oliver Freud.

2. La note en appendice indique : « Cher prof. Jones,

«Voici la traduction d’une carte que j’ai reçue pour vous. Si vous le voulez, je tâcherai de vous faire parvenir l’original. Rank travaille beaucoup et Ferenczi passe ses vacances chez les Freud. Martin Fr. rentre avec un ictère. Avec les meilleurs vœux et les salutations également pour 2, Sarse Road « bien à vous J. v. Emden. »