02-09-1907 Freud à Jung

42 F

Hôtel Annenheim und Seehof am Ossiacher See (Carinthie) Annenheim, ο 2 επτά, 1907 (1).

Αγαπητό μου συνάδελφο,

Je vous sais donc à Amsterdam, peu avant ou juste après votre dangereuse conférence, occupé à la défense de ma cause, et j’éprouve presque comme une lâcheté de chercher entre­temps des champignons dans les bois ou de me baigner dans un lac paisible de Carinthie, au lieu de défendre moi-même ma cause ou du moins de me placer à vos côtés. Pour m’apaiser, je me dis que c’est mieux ainsi pour la cause, que vous, en tant que l’autre, le second, épargniez une partie au moins de la résistance qui me serait préparée, que l’on n’entendrait que des répétitions inutiles si je disais encore une fois les mêmes choses, et que vous êtes le plus apte à la propagande, car j’ai toujours trouvé que quelque chose dans ma personne, mes paroles ou mes idées rebutait les hommes comme étranger, tandis que les cœurs vous sont ouverts. Si vous, un homme sain, vous consi­dérez du type hystérique, je dois revendiquer pour moi le type « obsessionnel », dont chaque membre vit comme à l’inté­rieur d’un monde fermé.

Je ne sais pas si vous avez eu ou si vous aurez de la chance ou de la malchance; mais j’aimerais en ce moment justement être auprès de vous, me réjouir de ne plus être seul, και, s’il vous faut quelque encouragement, vous parler de mes longues années d’honorable mais douloureuse solitude, qui ont commencé pour moi dès que j’eus posé le premier regard sur le monde nouveau; du manque de sympathie et de compréhen­sion des amis les plus proches; des épisodes angoissants pendant lesquels je croyais moi-même m’être trompé et envisageais la manière dont on pouvait encore rendre une vie échouée profi­table aux siens; de la conviction, qui se consolidait peu à peu et pouvait toujours s’accrocher à l’interprétation des rêves comme à un rocher dans le ressac; et de la tranquille certitude qui a enfin pris possession de moi et m’a ordonné d’attendre jusqu’à ce qu’une voix dans la foule inconnue réponde à la mienne. Ce fut la vôtre; ne sais-je pas à présent que Bleuler vous est également dû. Soyez-en remercié et ne vous laissez pas troubler dans la confiance de vivre jusqu’à la victoire et d’en j ouir.

Par bonheur je ne dois pas encore revendiquer trop fortement votre sympathie envers mon état souffrant. J’ai accompli l’entrée dans l’âge climatérique par une dyspepsie (qui suivait une influenza) assez tenace, mais qui pendant ces belles semaines de tranquillité s’est dissipée hormis de très légers rappels.

Il est arrêté depuis très longtemps chez moi que je viendrais à Zurich. Mais je vois cela comme un voyage de Noël ou de Pâques, en plein travail, non comme je suis maintenant, où tous les investissements sont déchargés presque comme pendant le sommeil. C’est en effet un réel besoin pour moi de passer à nouveau quelques heures à bavarder avec vous.

Με εκτίμηση (et mes vœux!)

Σας

Dr Freud.


1.]Reproduite dans Freud, Αλληλογραφία 18731939, partiellement dans Schur, Freud, Living and Dying ; presque tout le second paragraphe dans Jones, II, p. 118 τετραγωνικά.

29-08-1907 Jung à Freud

41 J

Burgholzli Ζυρίχη, 29 Αύγουστος 07.

Τιμήθηκε ο καθηγητής!

Recevez mes chaleureux remerciements pour votre bonne lettre. La dernière fois déjà j’étais quelque peu gêné car je pensais que vous aviez mal pris mon long silence. C’est là un de mes défauts, je ne peux jamais faire deux choses de front. Une lettre à vous fait pour moi partie des « choses ».

Le Dr Adler, qui m’a récemment posé une question de techni­que, m’a écrit que vous n’alliez pas tout à fait bien? Vous ne m’en avez rien dit. J’espère qu’il s’agit simplement de quelque chose de tout à fait passager.

Ne pourrions-nous pas songer à vous saluer en Suisse une fois cet automne? Pour notre clinique ce serait un jour de fête et d’honneur, et je serais bien sûr extraordinairement heureux de vous voir et de vous entendre à nouveau. Je rentre d’Amster­dam le 10.XI et pourrais vous relater mon voyage apostolique.

Je crains d’avoir peint Abraham (qui est ce qu’indique son nom) en des couleurs trop sombres. Je ne connais pas du tout ses antécédents, ce qui est significatif. Le rapport confortable fait défaut, ce dont je ne me sens pas coupable. Il a assez sou­vent de légères pensées de persécution quant à moi. Sa femme (1)est de Berlin, elle souffre d’auto-érotisme berlinois, avec toutes les conséquences psychologiques. Cela agit sur A[braham].

Que le sentiment soit la perception d’un investissement pulsionnel, voilà qui est excellent, je trouve, et cette tournure me semble simplifier énormément bien des choses. Si vous ne savez que faire du « moi » bleulérien de son Affectivité, vous pouvez tranquillement y inclure ma conception du com­plexe du moi (2), car tous deux ne valent rien, ne sont vraiment que de la « psychologie de surface ». Αλλά, pratiquement, il faut bien garder le rapport avec la surface, pour des raisons didactiques. Je vous suis très reconnaissant de la formulation de votre opinion sur le rôle de la sexualité; elle correspond à ce que j’ai attendu.

Je serai à Amsterdam du Ier au 10.IX. Adresse : Hôtel de l’Europe, Doelenstraat.

Espérons que votre prophétie se réalisera, qu’il restera quel­qu’un hormis l’opposition.

Πάρτε τις καλύτερες ευχές

de votre entièrement dévoué

Νέος.


1. Hedwig Marie, née Bürgner (1878-1969).

2. Βλ.. Νέος, Η Ψυχολογία της την πρώιμη άνοια, § 86, n. 1.

i. Reproduite dans Freud, Αλληλογραφία 1873- 193g, partiellement dans Schur, Freud, Living and Dying ; presque tout le second paragraphe dans Jones, II, p. 118 τετραγωνικά.

27-08-1907 Freud à Jung

4o F

Hôtel Annenheim und Seehof am Ossiacher See (Carinthie) 1

Annenheim, ο 27 Αύγουστος 1907.

Αγαπητό μου συνάδελφο,

Vous me pardonnez de m’être servi pour vous, sur la carte 2 ouverte, de l’adresse plus formelle. -- Donc votre lettre était charmante et m’a une fois de plus montré davantage de vous que tout un traité. A son début, vous vous êtes trouvé en face du sérieux et vous avez semblé vous effrayer du contraste. Je serais navré que vous ayez pensé un moment que je doute vraiment de quelque chose en vous. Mais ensuite vous vous êtes ressaisi et vous avez trouvé la seule position que l’on peut pren­dre lorsqu’on se trouve en face de son + + +3 αναίσθητος, celle de l’humour, et le vôtre est délicieusement réussi.

Ce qui m’a rendu favorable à Abraham, c’est qu’il attaque directement le problème sexuel, et c’est pourquoi j’ai volon­tiers mis à sa disposition ce que j’avais. Votre description de son caractère porte tellement le sceau de la justesse que j’ai­merais l’accepter sans autre examen. Rien à lui objecter, et pourtant quelque chose qui exclut l’intimité. Un peu quelqu’un qui « rampe, mais sèchement4 », dites-vous, et cela doit contras­ter durement avec votre être ouvert et qui en entraîne d’autres avec lui. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître les rapports privés qui font se développer une telle réserve, la blessure secrète du sentiment de soi, ou l’aiguillon de la pauvreté et de la misère, la jeunesse maussade, κλπ.. Αλλιώς, est-il un des­cendant de son éponyme?

Pour répondre à votre demande, une liasse de ce papier ne suffirait pas. Non que j’en sache autant, mais on pourrait dire une telle variété de choses possibles également justifiées. Pour l’instant je ne tiens personne pour autorisé à dire que la sexua­lité est la mère de tous les sentiments. Nous connaissons en effet, comme le poète5, deux sources pulsionnelles. La sexualité est l’une d’elles. Un sentiment semble être la perception interne d’un investissement pulsionnel. Il y a certainement des sentiments combinés provenant des deux sources. Je ne sais que faire de la « personnalité », aussi peu que du « moi » bleulérien de son étude sur l’affectivité 6. Je pense que ce sont des concepts de psychologie de surface et que nous sommes dans la métapsychologie, derrière eux, quand même nous ne pou­vons pas encore les recouvrir de l’intérieur.

Je déduis (pour le moment) le rôle des complexes sexuels dans l’hystérie uniquement comme une nécessité théorique, et non de leur fréquence et de leur intensité. Cela n’est sans doute pas prouvable à cette heure. Quand on voit les gens tomber malades de leur métier, κλπ., cela n’est pas encore déterminant, car la composante (homosexuelle chez l’homme) est alors facile à découvrir au cours de l’analyse. Je sais qu’on rencontre alors quelque part l’opposition entre investissement du moi et inves­tissement d’objet; mais sans nécessité directe (clinique), je ne peux pas spéculer du tout.

Je suis tellement hors de tout que je ne sais même pas la date du congrès d’Amsterdam. J’aurai encore de vos nouvelles auparavant? Je reste ici jusqu’au 10 Σεπτέμβριος.

Cordialement votre Dr Freud.

  1. Voir fac-similé pl. 7. Les Freud passèrent quinze jours dans cet hôtel. Βλ.. Jones, II, p. 38.

2. N’est pas conservée.

3. Sur les + + +, cf. supra 11 F, n. 7.

4. Faust I, 521. Freud n’avait jamais vu Abraham. Dès qu’ils eurent commencé à correspondre et qu’Abraham eut rendu visite à Freud à Vienne, Freud eut une opinion tout à fait positive d’Abraham.

5. Schiller, σε Die Weltweisen [Les sages], que Freud aimait à citer. (En parlant de la nature 🙂 Entre-temps, avant que l’édifice du monde. Par la philosophie ne soit maintenu. / Elle en entretient le mécanisme. / Par la faim et par l’amour.

6. Affektwitât, Suggestibilität, Paranoïa [Affectivité, sensibilité à la suggestion, paranoia] Halle, 1906.

19-08-1907 Jung Φρόιντ

39 J

Burghölzli-Zurick, 19. VIII. 07.

Τιμήθηκε ο καθηγητής!

Comme toujours vous touchez cette fois aussi dans le mille en accusant ma soif de notoriété d’être l’agent provocateur de mes accès de désespoir. Je me permets cependant de répli­quer que mon sincère enthousiasme pour la vérité me donne le désir de trouver la façon de présenter vos doctrines qui serait la plus apte à les aider à percer. S’il n’en était pas ainsi, mon dévouement absolu à la défense et à la propagation de vos idées et ma vénération non moins absolue de votre personnalité apparaîtraient dans une lumière extrêmement singulière, ce que j’aimerais éviter, quand bien même la composante de profit personnel ne peut être réfutée que par quelqu’un qui ne voit pas clair. J’ai tout de même des pressentiments désagréables, car je ne dois pas prendre pour une bagatelle le fait de défendre une telle position devant un tel public. J’ai à présent terminé mon exposé et je vois que j’ai en général choisi la position que vous avez tenue pour la meilleure, la position intransigeante. On ne peut, si l’on veut être honnête, rien faire d’autre. Heu­reusement je viens aussi de terminer avec succès une analyse d’hystérie chez une personne inculte, ce qui m’a fortifié le moral.

Vous m’avez demandé dans une de vos dernières lettres de vous exprimer mon opinion sur le Dr Αβραάμ. Je pose tout d’abord que je suis « jaloux » de lui, parce qu’il correspond avec vous [pardonnez cette sincérité, qui vous paraîtra certainement dépourvue de goût!). Il n’y a rien à objecter à A[braham]. Simplement je ne le trouve pas tout à fait sympathique. Je lui ai par exemple proposé de collaborer à mes travaux, ce qu’il a refusé. Mais maintenant il écoute attentivement ce que Bleuler et moi disons, comment nous examinons, κλπ.. Ensuite il fait une publication. De tous nos divers assistants, lui s’est tou­jours tenu un peu à l’écart du grand œuvre, et entre ensuite soudain en scène, comme une existence à part, en publiant. Non seulement moi, mais aussi les autres assistants ont ressenti cela comme quelque peu désagréable. Il est intelligent, mais pas original, d’une remarquable capacité d’adaptation, mais l’intuition psychologique lui fait totalement défaut, ce pour­quoi il est généralement très peu aimé des malades. Je vous prie de soustraire à ce jugement une note venimeuse personnelle. Mises à part ces dernières critiques, Α[braham] est un homme agréable en société, très travailleur et extrêmement actif dans toutes les affaires bureaucratiques de l’établissement, ce que personne ne peut affirmer de moi. De là aussi peut provenir une gouttelette de venin, car sur ce dernier point mon chef a depuis longtemps atteint le sommet de la perfection.

J’aimerais vous demander encore un éclaircissement : concevez-vous la sexualité comme la mère de tous les senti­ments? La sexualité n’est-elle pas pour vous simplement une composante de la personnalité (la plus importante il est vrai) et par conséquent le complexe sexuel la composante la plus importante et la plus fréquente du syndrome hystérique? N’y a-t-il pas des symptômes hystériques qui sont codéterminés par le complexe sexuel, mais conditionnés principale­ment par une sublimation ou par un complexe non sexuel (profession, situation, κλπ.)?

Dans ma petite expérience il est vrai que je n’ai vu ότι des complexes sexuels et je le dirai expressément à Amsterdam.

Recevez les salutations les plus cordiales de votre très dévoué

Νέος.

18-08-1907 Freud à Jung

38 F

18 Αύγουστος 07 (1).

Hôtel Wolkenstein à St. Christina, Grôden (2).

Αγαπητό μου συνάδελφο,

L’appauvrissement de ma personnalité par l’interruption de notre commerce prend donc heureusement fin. Moi-même paresseux et vagabondant dans le monde avec les miens, je vous sais retourné au travail et vos lettres me rappelleront à nouveau ce qui est devenu pour nous deux le plus intéressant.

Ne désespérez pas. Ce n’était sans doute dans votre lettre qu’une de ces façons de parler. Il est indifférent d’être compris pour l’instant par les représentants officiels. Dans la masse qui se cache encore, anonyme, derrière eux, il se trouve assez de personnes qui veulent comprendre et qui surgissent alors subitement, comme j’en ai souvent fait l’expérience. Ne tra- vaille-t-on pas en effet essentiellement pour l’histoire, et là votre conférence d’Amsterdam sera désignée comme un jalon. Ce que vous désignez comme l’hystérique dans votre personne, le besoin de faire impression sur les hommes et de prendre de l’in­fluence sur eux, ce qui vous rend tellement apte à être un maî- Ire et un guide, cela trouvera son compte même si vous n’avez pas fait de concession au jugement qui est de mode actuelle­ment. Ένας, à ce moment-là, vous avez réussi dans une mesure plus abondante encore à insérer vos germes personnels dans la masse en fermentation de mes idées, aucune différence ne subsis­tera plus entre votre cause et la mienne.

Je ne me sens pas assez bien pour entreprendre le voyage de septembre en Sicile comme projeté, où à cette époque le sirocco doit régner en maître incontesté, et par conséquent je ne sais pas où je vais passer les semaines qui viennent. Je reste ici jusqu’à fin août, occupé à des promenades en montagne et à la cueillette des edelweiss; je ne rentre pas à Vienne avant la fin de septembre. Dans l’ensemble il est plus sûr que vous m’écriviez pour l’instant à mon adresse viennoise, car la poste d’été en montagne est peu sûre. Mon petit agenda de poche ne porte pas une seule notation depuis quatre semaines, telle­ment tous les investissements intellectuels sont radicalement vides. Je vous reste pourtant très reconnaissant si vous rappe­lez quelque chose à mon souvenir.

L’Allemagne participera sans doute à notre cause seule­ment à partir du jour où un quelconque bonze supérieur l’aura solennellement reconnue. Le chemin le plus court serait peut- être d’y intéresser l’empereur Guillaume qui, φυσικά, comprend tout. Avez-vous des relations qui s’étendent jusque- ήταν ? Moi pas. Peut-être Harden, l’éditeur de la Zukunft, flairera- t-il dans vos travaux(3) la psychiatrie future? Vous voyez que je suis ici bien d’humeur à plaisanter. Ελπίζω. les vacances qui vous ont été imposées loin du travail vous ont apporté tout le repos que j’espère atteindre ici par un éloignement inten­tionnel.

Votre toujours cordialement dévoué,

Dr Freud.


1. En-tête « Berggasse » biffé. Lettre reproduite dans Freud, Correspon­dance et partiellement dans Schur, Freudy Living and Dying.

2. Les Freud se rendirent de Lavarone à cette station des Dolomites, aujourd’hui italienne, et appelée Selva in Gardena.

3. Βλ.. 27 F, n. 6.

12-08-1907 Jung à Freud

Burgholzli Ζυρίχη, 12. VIII. 1907.

Τιμήθηκε ο καθηγητής!

Pardonnez-moi s’il vous plaît mon long silence. Pendant les trois semaines du service militaire je n’ai réellement pas eu un seul moment pour moi. Nous étions attelés de 5 heures du matin à 8 heures du soir. Les soirs, on était toujours mort de fatigue. Quand je suis rentré, les affaires administratives de l’asile s’étaient amoncelées et de plus le Pr Bleuler et le premier assis­tant (1) partaient en vacances. Ce qui veut dire qu’il y avait de quoi m’occuper. Pour faire déborder la mesure, le secrétariat du congrès d’Amsterdam a commencé à me presser pour mon manuscrit, qui n’existait encore pas du tout. J’ai donc dû me jeter à corps perdu dans l’élaboration de ma conférence. C’est une rude affaire! Avant tout c’est une tâche extrêmement difficile de diluer la richesse de vos idées, de faire cuire cette dilution et finalement de réussir le coup de sorcier d’en tirer quelque chose d’homogène. Mais ce qui me paraît presque impossible, c’est de délayer le produit encore une fois afin de le rendre quelque peu digestible à l’ignorance du public. J’en suis maintenant justement au tournant le plus récent de votre conception de l’hystérie, à l’introduction détaillée de la sexualité dans la psychologie de l’hystérie. Cela me met souvent quasiment au désespoir. Finalement je me console toujours en pensant que tout ce qui précède non plus n’est pas compris de 99 % du public, et que je peux donc dire dans cette partie à peu près ce que je veux. On ne le comprendra de toute manière pas. Ce n’est qu’une démonstration, une constatation qu’en 1907 quelqu’un a dit, officiellement, devant un congrès international, quelque chose sur la doctrine freudienne de l’hystérie dans une intention positive. D’ailleurs j’en arrive de plus en plus à la conviction que vous avez parfaitement raison de mettre à peu près uni­quement sur le compte de la mauvaise volonté le fait qu’on ne veuille pas comprendre. On fait toutes sortes d’expériences à ce sujet. L’Amérique bouge bien. En trois semaines, six Amé­ricains, un Russe, un Italien et un Hongrois ont passé ici. L’Allemagne fait défaut.

Dès que j’aurai fini ma conférence, cet enfant de douleur, j’espère pouvoir vous écrire à nouveau.

En vous priant encore une fois de me pardonner la longue pause.

votre toujours dévoué

Νέος.


1. Αβραάμ, cf. 35 J, n. 8, quoique sa lettre à Freud du 9 août ne signale pas son absence.

10-07-1907 Freud à Jung

36 F

1o. 7. 07.

IX, Berggasse 19.

Αγαπητό μου συνάδελφο,

Je vous écris — vite et brièvement — pour vous atteindre encore avant votre départ et vous envoyer mes salutations au temps de la grande relâche intellectuelle. Elle vous fera du bien. Les ravissants trifles dont est pleine votre dernière lettre me rappellent que je suis également au terme de mon travail de l’année. Ο 14 je pars pour Lavarone dans le Val Sugana Tyrol du sud Hôtel du Lac

Je n’aimerais pas devoir me passer pendant toute cette période de vos nouvelles, qui sont maintenant déjà un réel besoin pour moi — je ne rentre que fin septembre — aussi vous aviserai-je de mes changements de lieu. Autour du moment où vous défendrez la conférence d’Amsterdam, j’espère séjour­ner en Sicile. Malgré toutes les distractions, une partie de mes pensées sera alors auprès de vous. Puissiez-vous trouver là- bas déjà la considération que vous méritez et souhaitez, à laquelle moi-même je suis si vivement intéressé.

Je suis déjà en correspondance avec le Dr Αβραάμ. Ses efforts doivent en effet me concerner grandement. Comment est-il en réalité? Lettre et travail m’ont très favorablement disposé à son égard. J’attends à présent chaque jour le travail de votre cousin Riklin. N’est-ce que la satisfaction personnelle qui égare mon jugement : que je suis tombé ici sur un nid d’hommes particulièrement capables et fins?

J’ai reçu aujourd’hui justement de Lausanne la lettre d’un étudiant qui veut parler de mes travaux à une soirée scienti­fique chez le docent Sternberg. La Suisse bouge véritable­ment.

Portez-vous bien et n’oubliez pas complètement pendant ces longues vacances votre

cordialement dévoué

Dr Freud.


Au sud-ouest de Trente, aujourd’hui sur sol italien.

« Signification des traumatismos sexuels juvéniles pour la Symptoma­tologie de la démence précoce », ed. orig. Zentralblatt für Nervenheilkunde und Psychiatrie, n.s. XVIII, Ιούνιος 1907; Άπαντα, Εγώ, p. 17.

Théodore Sternberg, privat-docent de droit germanique à l’université de Lausanne.

06-07-1907 Jung à Freud

35 J

Burgholzli Ζυρίχη, 6. VII. 07.

Τιμήθηκε ο καθηγητής!

Êtes-vous contrarié si je vous ennuie avec des choses que j’ai vécues personnellement? Je voudrais en effet vous racon­ter une histoire instructive qui m’est arrivée à Paris. J’ai fait là-bas la connaissance d’une Germano-Américaine qui m’a fait une impression sympathique. C’est une Mrs St. (1) de trente- cinq ans environ. Nous avons passé quelques heures ensemble en société et nous nous sommes entretenus de paysages et d’au­tres choses indifférentes. On servit du café noir. Elle n’en prit pas, me faisant la remarque qu’elle ne supportait pas la moindre gorgée de café noir, qu’elle en sentait encore la plus petite quantité le lendemain. Je lui ai répondu que c’était un symp­tôme nerveux; qu’en tout cas c’était seulement à la maison qu’elle ne supportait pas le café, mais que lorsqu’elle se trou­vait dans d’autres circonstances [in anderen Umständen (2) ], elle le supportait certainement bien mieux. A peine cette parole malheureuse m’avait-elle échappé que je fus terrible­ment gêné mais je constatai vite qu’elle ne l’avait heureusement « pas entendue ». Je fais remarquer que je n’avais pas la moindre connaissance des antécédents de cette dame. Peu après, une autre dame proposa que chacun dise un chiffre, parce que de tels chiffres avaient toujours une signification. Mrs St. dit : τρεις. Une connaissance de Mrs. St. s’écria : « Bien sûr, toi, ton mari et ton chien. » Mrs St. répondit : « Oh non, je pensais que toutes les bonnes choses vont par trois! » J’en conclus que son mariage était stérile. Mrs St. était devenue un peu silencieuse, puis me dit brusquement sans transition : « Dans mes rêves mon père m’apparaît toujours si merveilleusement transfiguré. » J’appris que son père était médecin. Quelques jours plus tard elle me fit cadeau, malgré mon refus, d’une magni­fique eau-forte. Sapienti sat! Ma femme s’y connaît, elle a déclaré dernièrement : « Je vais annoncer un cours psychothé­rapeutique pour messieurs. »

Une patiente hystérique m’a raconté qu’un vers d’un poème de Lermontov(3) lui tournait constamment dans la tête. La chanson parle d’un prisonnier qui a pour seul camarade un oiseau dans une cage. Le prisonnier est animé d’un seul επιθυμία : il aimerait une fois dans sa vie, comme acte suprême, donner la liberté à un être quelconque. Il ouvre la cage et laisse s’envoler son cher oiseau. Quel est le désir suprême de la patiente? Elle dit : « J’aimerais une fois dans ma vie aider un être à obtenir la liberté complète par un traitement psychanalytique. » Il est prouvé que dans ses rêves elle se confond avec moi. Comme elle le reconnaît, son désir suprême serait en fait d’avoir un enfant de moi, qui accomplirait tous ses désirs inaccomplis- sablés. Pour cela il faudrait naturellement que je laisse d’abord « voler l’oiseau ». (En suisse-allemand on dit par exemple : « tonpetit oiseaua-t-il aussi déjà sifflé? »

Une belle chaîne, δεν είναι? Connaissez-vous l’image pornographique de Kaulbach 4 « Qui veut acheter des dieux d’amour? » (Des phallus ailés, qui ressemblent à des coqs et se livrent à toutes sortes de jeux avec des jeunes filles.)

Je vous ai dernièrement questionné au sujet d’une patiente hystérique qui ne peut jamais terminer sa tasse de café. Vous avez comme moi soupçonné une analogie avec les excréments. Il s’est révélé maintenant que la patiente a entretenu jusqu’à la sixième (?) année un prolapsus de l’anus, qui sortait aussi sans qu’elle aille à la selle, et qui devait toujours être mis en place par la mère. Plus tard démangeaisons de l’anus, que la patiente combattait en s’asseyant sur le fourneau avec le postérieur nu. Elle combat ses douleurs hystériques actuelles également en se chauffant le postérieur. Mais ses douleurs sont localisées à la hanche et à la jambe gauche. Les paresthésies anales ont duré presque jusqu’à la trentième année. Plus tard elle a cherché à les faire partir en se couchant dans le lit de sa sœur et en se chauffant contre elle. Dans l’analyse, ce qui m’a rendu atten­tif à l’histoire de l’anus est qu’elle disait qu’il fallait ausculter une fois la partie inférieure de son dos, que cela « craquait » très étrangement là dans les os. Dans sa vingtième année elle a eu une forte diarrhée. Sa mère voulait appeler le médecin, mais la patiente s’est mise dans un état d’agitation anxieuse, parce qu’elle ne voulait pas se laisser examiner, craignant que le médecin ne veuille examiner son anus. Mais quelles tortures épouvantables jusqu’à ce que tout cela soit sorti.

A présent un peu de mystique historique!

Σε Βιέννη sont partis trois réformateurs antliropologico- médicaux : Mesmer — Gall — Freud. Mesmer et Gall (5) ont été inhibés à Vienne, Freud (conformément à l’époque) n’a pas été reconnu. Mesmer et Gall sont là-dessus allés à Paris.

Les vues de Mesmer sont restées confinées à Paris, jusqu’à ce que Lavater (6), από Ζυρίχη, les importe en Allemagne, en pre­mier à Brème. L’hypnotisme s’est à nouveau éveillé en France et a été importé par Πέστροφα από Ζυρίχη en Allemagne. Le premier et le plus ancien élève de Forel est Delbrück (7) από Brème ; il est à présent directeur de l’asile d’aliénés de cette ville.

Freud a trouvé sa première considération clinique à Ζυρίχη. Le premier asile d’Etat allemand qui reconnaisse Freud est Brème (indépendamment de relations personnelles avec nous). Outre Delbrück, le seul assistant allemand au Burghölzli (κατά τη γνώση μου) est le Dr Αβραάμ (8) από Brême. Il est venu ici de Berlin et n’a aucune relation avec Delbrück.

La pensée par analogies, que vos analyses exercent telle­ment, produit de mauvais fruits, penserez-vous sûrement. Mais cela m’a amusé. .

La dem. pr. est actuellement au repos forcé. Le i4 juillet il me faut aller pour trois semaines en service militaire9 à Lausanne. Puis mon chef part pour quatre semaines. J’aurai de nouveau tout l’asile sur le dos. Les perspectives sont donc mauvaises. J’espère que le travail de Binswanger va arriver bientôt. Vous y verrez que vous aussi avez assimilé les secrets du galvanomètre 10. Il est vrai que vos associations sont excel­lentes!

Recevez mes meilleurs salutations!

Votre toujours dévoué

Νέος.

Névrose d’angoisse et hystérie d’angoisse sont encore des choses tout à fait obscures pour moi — malheureusement — par manque d’expérience.


1. Abréviation de Jung.

2. La locution dont l’équivalent français serait se trouver dans une situation « intéressante » signifie « enceinte ».

3. Selon M. Vladimir Nabokov, 1 y a deux erreurs dans la référence à ce poème : il n’est pas de Lermontov, mais de Pouchkine, qui l’a écrit en 1822 à Kichinev, deux ans après avoir été chassé de Saint-Pétersbourg;

et la paraphrase qu’en donne Jung en retourne complètement le sens. Voici ce poème, traduit en français d’après la version anglaise de M. Nabo­kov :

Ptichka (Petit oiseau)

En pays étranger j’observe religieusement

L’ancienne coutume de mon propre pays :

Je mets en liberté un petit oiseau

Par une belle journée de printemps.

Ainsi peut m’échoir la consolation :

Pourquoi murmurer contre Dieu

Si j’ai pu à une seule créature

Faire cadeau de la liberté?

(Version anglaise Copyright © 1974 by Vladimir Nabokov.)

4. Dessin sans date de Wilhelm von Kaulbach (1805-1874), exposé à la Staatliche Graphische Sammlung à Munich en illustration du poème de Goethe Wer kauft Liebesgôtter? [Qui achète des dieux d’amour?). Repro­duit dans Eduard Fuchs, Das erotische Element in der Karikatur [L’élément érotique dans la caricature], Βερολίνο, 1904, p- 221.

5. Franz Mesmer (1734-1815), médecin autrichien, fonda la théorie du magnétisme animal (mesmérisme) ; il alla à Paris en 1778. — Franz Joseph Gall (1758-1828), médecin allemand, fondateur de la phrénologie; il alla à Paris en 1807. Tous deux avaient étudié à Vienne.

6. Johann Kaspar Lavater (1741-1801), théologien et écrivain suisse, ami de Herder, Hamann et Goethe. Το κύριο έργο του. Physiognomische Fragmente zur Beförderung der Menschenkenntnis und Menschenliebe [Fragments de physionomie, pour favoriser la connaissance et l’amour des hommes], 4 πτήση., 1775-1778, donna une forte impulsion à la physio-gnomonie.

7. Anton W. Α. Delbrück (1862-1932), Γερμανός Ψυχίατρος, formé au Burghölzli à l’époque de Forel, από 1898 directeur d’une clinique psychia­trique à Brème.

8. Καρλ Αβραμ (18771925) étudia la psychiatrie à Berlin; il entra comme médecin-assistant au Burghölzli à la fin de 1904 et fut du Iαυτός jan­vier au11 novembre 1907 premier médecin-assistant sous le médecin- chef Jung (information que nous devons à l’obligeance de M. le professeur Manfred Bleuler, Zollikon). Il prit contact avec Freud en juin 1907, en lui envoyant un tiré à part; cf. 36 F, n. 2, et la Correspondance Freud/ Abraham, Παρίσι, 1969. Il retourna à Berlin en novembre 1907 où il ouvrit un cabinet de neurologie. Il rendit peu après visite à Freud, cf. 55 F et 57 F, et devint par la suite l’un de ses amis et collaborateurs les plus proches. Abraham fonda le 28 Αύγουστος 1908 l’Association berlinoise de psychanalyse. Σε 1912 il fut membre fondateur du « comité ». Σε. infra notice après 321 J.

9. On sait que le service militaire annuel est obligatoire en Suisse. Jung appartint tout d’abord à l’infanterie, puis devint en 1901 médecin d’état major, capitaine en 1908, puis commandant d’unité de 1914 à ig3o, année où il fut libéré du service.

10.Binswanger cite à plusieurs reprises Freud dans son travail sur le phénomène psychogalvanique. Βλ.. 61 F, n. 1.

01-07-1907 Freud à Jung

34 F

Εγώαυτός juillet o7.

IX, Berggasse 19.

Αγαπητό μου συνάδελφο,

Je me suis bien réjoui de constater que vous êtes de nouveau à votre travail au Burghölzli et je suis très satisfait de vos im­pressions de voyage. Vous pouvez imaginer que j’aurais fort regretté que le complexe viennois dût s’accommoder d’un complexe parisien dans le partage de l’investissement dispo- nible. Par bonheur cela n’est donc pas arrivé et vous avez recueilli l’impression que les temps du grand Charcot sont révolus, et que c’est chez nous, entre Zurich et Vienne, que bat à présent le pouls de la nouvelle vie de la psychiatrie. Ainsi nous aurions heureusement surmonté un premier danger.

Vous me donnez cette fois particulièrement beaucoup de matière « professionnelle » pour des réponses. Εχετε δίκιο, les affaires vont bien. Faudra-t-il dix ans et pourrai-je attendre jusque-là, cela reste voilé. Mais la tendance est indubitablement à l’essor. L’activité des adversaires est nécessairement stérile; chacun insulte à son tour, prétend m’avoir (vous désormais aussi) assommé, et en a fini ainsi. Son activité s’est consumée en elle- même. Mais quiconque se joint à nous peut relater le résultat de son travail, et continuer ensuite à travailler et à relater. Il est compréhensible que chacun travaille à sa façon et apporte peut-être aussi sa distorsion spécifique à l’intelligence de la chose encore inachevée.

C’est par vous seulement que je connais Bolte-Brême. Le livre de Gross (1) m’a surtout intéressé du fait qu’il émane de la clinique du pape suprême, du moins qu’il a été admis par lui. Gross est un homme hautement intelligent; à mon goût, il y a dans le livre trop de théorie pour une maigre observation. L’analyse est gravement incomplète — ce n’est certainement pas sa faute; le principal, le chemin qui mène au vol, est certainement juste, mais ne suffit pas dans la détermination. Avez-vous remarqué comme il est prodigue de superlatifs? Le seul qui ne soit pas désigné comme « ouvrant des brèches », « bouleversant », κλπ., c’est justement moi, ce qui est un avan­tage. Là se montre sans doute la vie affective anormale de G[ross], dont vous m’avez fait part. Il rappelle aussi un peu les anciens Egyptiens, qui n’ont jamais rien changé dans leur Panthéon, mais ont assis chaque nouveau dieu et chaque nou­veau concept sur l’ancien, ce qui a eu pour conséquence une incroyable confusion. Gross fait de même une synthèse de moi et de tous ses anciens dieux : Wernicke, Anton [2], κλπ.. Je suis certes un mauvais juge pour ceux qui ont les mêmes aspirations que moi; au sujet des travaux psychanalytiques de Wernicke j’ai toujours pensé qu’il n’avait pas eu de nouvelle idée en tant que psychiatre, mais qu’il avait étendu au psychique son habitude de décomposer en couches et en coupes.

Il n’y a à peu près rien à relater au sujet de ma Υλικά.

Le même journaliste 3 qui la salue dans la Wiener Zeit lui a consacré un article, d’ailleurs bien supérieur, dans le supplé­ment de la Allgemeine Zeitung. Il doit vouloir obtenir quel­que chose de moi. Peut-être aussi est-ce des meilleurs livres que l’on n’écrit rien?

L’évolution ultérieure de cette démente qui retrouve son frère dans le médecin est une expérience brillante de transfert paranoïaque. La demoiselle Lüders, c’est naturellement de nouveau elle-même. J’ai lu le travail de votre élève 4 avec grand intérêt et avec du respect devant les problématiques de la psychologie de l’individu. Je ne méconnais naturellement à aucun endroit vos idées et votre circonspection. Je pense qu’il est tout à fait juste que l’attitude prise à l’égard de l’examina­teur soit ce qui oriente en tout premier lieu le contenu des réac­tions. C’est ainsi que l’on organiserait le plus aisément des « études de transfert ». J’ai organisé en guise de plaisanterie un auto-examen, en me faisant moi-même réagir aux mots-stimuli qu’on emploie là. Cela marche assez bien, et j’ai pu élucider les réponses les plus bizarres. Un défaut d’expéri­mentation gênant consistait en ce que pendant la copie le mot suivant se mêlait à la réaction au mot justement en cours. J’ai par exemple réagi à Buch [livre] με Buschklepper [bandit des grands chemins], puis à Frosch [grenouille] με Busch [buisson]. Là tout s’est bien sûr éclairci. Frosch avait déjà contribué à déterminer la réaction à Buch, en m’amenant à notre ami Busch.

Sechs Wochen lang der Frosch war krank.

Jetzt raucht er wieder, Gott sei Dank 5 !

Six semaines durant la grenouille a été malade.

A présent elle fume de nouveau, Dieu soit loué !

J’ai eu hier ma première bonne journée après une dyspepsie de plusieurs semaines. Autrement je n’ai réagi que par des complexes personnels et de libido, souvent de manière très cachée et artificieuse. Ο Klepper [bandit] vient de la klepto­manie dans le travail de Gross.

Le journal est donc convenu entre nous. Nous conclurons plus tard d’une date.

.

Vous allez encore recevoir par la poste une petite chose6 de moi, un feuilleton qu’un collègue de Hambourg m’a extor­qué. Prière d’en juger d’après cette motivation.

Je conclus de vos allusions que vous serez laborieusement attelé pendant les chauds mois d’été qui viennent. L’afflux de travailleurs est un grand honneur, et l’expérience d’association procure du bon matériel pour occuper ces jeunes gens. Je languis d’être affranchi le 14 αυτό το μήνα; l’année m’a rudement éprouvé, m’a bien sûr aussi apporté beaucoup de belles choses, parmi lesquelles en premier lieu votre visite avec toutes les attentes qui s’y rattachent. J’ai bien le droit cette année de me com­porter déjà de manière un peu idiote, ce que d’autres se permet­tent après un travail plus facile. N’attendez donc plus rien d’intelligent de moi avant que je me sois restauré. Je commence malgré tout à avoir l’idée confuse d’un travail sur la « difficulté épistémologique de l’inconscient » (7), pour lequel j’emporterai quelques livres dans l’été.

Le Dr Ποτήρι (8), ξέρετε, dont la critique n’est d’habitude pas le côté fort, m’a présenté un travail sur des cas d’angoisse, qui a été exigé de lui par la « clinique berli­noise » (!) (9). Je l’ai influencé pour qu’il place des cas, en tant qu« hystéries d’angoisse », à côté des « hystéries de conver­sion »; j’entends défendre théoriquement cette disposition un jour (10), et je voudrais entre-temps vous recommander ce point de vue. On arrive par là à caser les phobies.

Με εκτίμηση,

D σαςr Freud.


1. Das Freudsche Ideogeniättsmoment, cf. 33 J, n. 6.

2. Gabriel Anton (1858-1933), psychiatre et neurologue autrichien, plus tard professeur à Graz et à Halle a. μικρό. ; connu comme chirurgien du cerveau.

3. Moritz Necker

4. Emma Fürst, « Statistische Untersuchungen über Wortassoziationen und über familiäre Übereinstimmung im Reaktionstypus bei Ungebilde­ten » [Examen statistique sur les associations de mots et les concordances familiales dans le type de réaction de personnes incultes], Εφημερίδα της Ψυχολογίας και Νευρολογίας, πτήση. IX, 1907. Emma Fürst resta après 1913 dans le camp freudien.

5. Die beiden Enten und der Frosch [Les deux canards et la grenouille], Münchener Bilderbogen, n ° 325 (citation inexacte).

6. « Les explications sexuelles données aux enfants. Lettre ouverte au Dr M. Fürst » (ne pas confondre avec Emma Fürst), ed. orig. Soziale Medizin und Hygiene, πτήση. II, 1907. Ed. φράγκο. σε La Vie sexuelle, Παρίσι, 1969.

7. Ce travail n’a jamais été réalisé sous cette forme.

8. Wilhelm Stekel (1868-1940), l’un des quatre premiers membres du cercle du mercredi, auquel il participa après avoir suivi une analyse avec Freud. Il était considéré comme un écrivain brillant et comme un analyste plein d’intuition. Il fut le rédacteur (avec Alfred Adler au début) από Zentralblatt édité par Freud, qu’il continua à publier durant plus d’un an après sa rupture avec Freud, σε 1911. Il passa la fin de sa vie à Londres, où il se suicida. Sur le développement de sa pensée concernant les états d’angoisse, βλέπω infra 61 F, n. 5 και 98 J, n.

9. Sans doute la revue Medizinische Klinik, Βερολίνο, où le travail de Stekel ne se trouve toutefois pas.

10. Σε l’Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans, ed. orig. 1909.

01-07-1907 Freud à Jung

34 F

Εγώαυτός Ιούλιος 07.

IX, Berggasse 19.

Αγαπητό μου συνάδελφο,

Je me suis bien réjoui de constater que vous êtes de nouveau à votre travail au Burghölzli et je suis très satisfait de vos im­pressions de voyage. Vous pouvez imaginer que j’aurais fort regretté que le complexe viennois dût s’accommoder d’un complexe parisien dans le partage de l’investissement disponible. Par bonheur cela n’est donc pas arrivé et vous avez recueilli l’impression que les temps du grand Charcot sont révolus, et que c’est chez nous, entre Zurich et Vienne, que bat à présent le pouls de la nouvelle vie de la psychiatrie. Ainsi nous aurions heureusement surmonté un premier danger.

Vous me donnez cette fois particulièrement beaucoup de matière « professionnelle » pour des réponses. Εχετε δίκιο, les affaires vont bien. Faudra-t-il dix ans et pourrai-je attendre jusque-là, cela reste voilé. Mais la tendance est indubitablement à l’essor. L’activité des adversaires est nécessairement stérile; chacun insulte à son tour, prétend m’avoir (vous désormais aussi) assommé, et en a fini ainsi. Son activité s’est consumée en elle- même. Mais quiconque se joint à nous peut relater le résultat de son travail, et continuer ensuite à travailler et à relater. Il est compréhensible que chacun travaille à sa façon et apporte peut-être aussi sa distorsion spécifique à l’intelligence de la chose encore inachevée.

C’est par vous seulement que je connais Bolte-Brême. Le livre de Gross(1) m’a surtout intéressé du fait qu’il émane de la clinique du pape suprême, du moins qu’il a été admis par lui. Gross est un homme hautement intelligent; à mon goût, il y a dans le livre trop de théorie pour une maigre observation. L’analyse est gravement incomplète — ce n’est certainement pas sa faute; le principal, le chemin qui mène au vol, est certainement juste, mais ne suffit pas dans la détermination. Avez-vous remarqué comme il est prodigue de superlatifs? Le seul qui ne soit pas désigné comme « ouvrant des brèches », « bouleversant », κλπ., c’est justement moi, ce qui est un avan­tage. Là se montre sans doute la vie affective anormale de G[ross], dont vous m’avez fait part. Il rappelle aussi un peu les anciens Egyptiens, qui n’ont jamais rien changé dans leur Panthéon, mais ont assis chaque nouveau dieu et chaque nou­veau concept sur l’ancien, ce qui a eu pour conséquence une incroyable confusion. Gross fait de même une synthèse de moi et de tous ses anciens dieux : Wernicke, Anton (2), κλπ.. Je suis certes un mauvais juge pour ceux qui ont les mêmes aspirations que moi; au sujet des travaux psy de Wernicke j’ai toujours pensé qu’il n’avait pas eu de nouvelle idée en tant que psychiatre, mais qu’il avait étendu au psychique son habitude de décomposer en couches et en coupes.

Il n’y a à peu près rien à relater au sujet de ma Υλικά.

Le même journaliste 3 qui la salue dans la Wiener Zeit lui a consacré un article, d’ailleurs bien supérieur, dans le supplé­ment de la Allgemeine Zeitung. Il doit vouloir obtenir quel­que chose de moi. Peut-être aussi est-ce des meilleurs livres que l’on n’écrit rien?

L’évolution ultérieure de cette démente qui retrouve son frère dans le médecin est une expérience brillante de transfert paranoïaque. La demoiselle Lüders, c’est naturellement de nouveau elle-même. J’ai lu le travail de votre élève 4 avec grand intérêt et avec du respect devant les problématiques de la psychologie de l’individu. Je ne méconnais naturellement à aucun endroit vos idées et votre circonspection. Je pense qu’il est tout à fait juste que l’attitude prise à l’égard de l’examina­teur soit ce qui oriente en tout premier lieu le contenu des réac­tions. C’est ainsi que l’on organiserait le plus aisément des « études de transfert ». J’ai organisé en guise de plaisanterie un auto-examen, en me faisant moi-même réagir aux mots-stimuli qu’on emploie là. Cela marche assez bien, et j’ai pu élucider les réponses les plus bizarres. Un défaut d’expéri­mentation gênant consistait en ce que pendant la copie le mot suivant se mêlait à la réaction au mot justement en cours. J’ai par exemple réagi à Buch [livre] με Buschklepper [bandit des grands chemins], puis à Frosch [grenouille] με Busch [buisson]. Là tout s’est bien sûr éclairci. Frosch avait déjà contribué à déterminer la réaction à Buch, en m’amenant à notre ami Busch.

Sechs Wochen lang der Frosch war krank.

Jetzt raucht er wieder, Gott sei Dank 5 !

Six semaines durant la grenouille a été malade.

A présent elle fume de nouveau, Dieu soit loué !

J’ai eu hier ma première bonne journée après une dyspepsie de plusieurs semaines. Autrement je n’ai réagi que par des complexes personnels et de libido, souvent de manière très cachée et artificieuse. Ο Klepper [bandit] vient de la klepto­manie dans le travail de Gross.

Le journal est donc convenu entre nous. Nous conclurons plus tard d’une date.

Vous allez encore recevoir par la poste une petite chose6 de moi, un feuilleton qu’un collègue de Hambourg m’a extor­qué. Prière d’en juger d’après cette motivation.

Je conclus de vos allusions que vous serez laborieusement attelé pendant les chauds mois d’été qui viennent. L’afflux de travailleurs est un grand honneur, et l’expérience d’association procure du bon matériel pour occuper ces jeunes gens. Je languis d’être affranchi le 14 αυτό το μήνα; l’année m’a rudement éprouvé, m’a bien sûr aussi apporté beaucoup de belles choses, parmi lesquelles en premier lieu votre visite avec toutes les attentes qui s’y rattachent. J’ai bien le droit cette année de me com­porter déjà de manière un peu idiote, ce que d’autres se permet­tent après un travail plus facile. N’attendez donc plus rien d’intelligent de moi avant que je me sois restauré. Je commence malgré tout à avoir l’idée confuse d’un travail sur la « difficulté épistémologique de l’inconscient » (7), pour lequel j’emporterai quelques livres dans l’été.

Le Dr Ποτήρι , ξέρετε, dont la critique n’est d’habitude pas le côté fort, m’a présenté un travail sur des cas d’angoisse, qui a été exigé de lui par la « clinique berli­noise » (!) (9). Je l’ai influencé pour qu’il place des cas, en tant qu« hystéries d’angoisse », à côté des « hystéries de conver­sion »; j’entends défendre théoriquement cette disposition un jour(10), et je voudrais entre-temps vous recommander ce point de vue. On arrive par là à caser les phobies.

Με εκτίμηση,

D σαςr Freud.


1. Das Freudsche Ideogenitätsmoment, cf. 33 J, n. 6.

2. Gabriel Anton (1858-1933), psychiatre et neurologue autrichien, plus tard professeur à Graz et à Halle a. μικρό. ; connu comme chirurgien du cerveau.

3. Moritz Necker.

4. Emma Fürst, « Statistische Untersuchungen über Wortassoziationen und über familiäre Übereinstimmung im Reaktionstypus bei Ungebilde­ten » [Examen statistique sur les associations de mots et les concordances familiales dans le type de réaction de personnes incultes], Εφημερίδα της Ψυχολογίας και Νευρολογίας, πτήση. IX, 1907. Emma Fürst resta après 1913 dans le camp freudien.

5. Die beiden Enten und der Frosch [Les deux canards et la grenouille], Münchener Bilderbogen, n ° 325 (citation inexacte).

6. « Les explications sexuelles données aux enfants. Lettre ouverte au Dr M. Fürst » (ne pas confondre avec Emma Fürst), ed. orig. Soziale Medizin und Hygiene, πτήση. II, 1907. Ed. φράγκο. σε La Vie sexuelle, Παρίσι, 1969.

7. Ce travail n’a jamais été réalisé sous cette forme.

8. Wilhelm Stekel (1868-1940), l’un des quatre premiers membres du cercle du mercredi, auquel il participa après avoir suivi une analyse avec Freud. Il était considéré comme un écrivain brillant et comme un analyste plein d’intuition. Il fut le rédacteur (avec Alfred Adler au début) από Zentralblatt édité par Freud, qu’il continua à publier durant plus d’un an après sa rupture avec Freud, σε 1911. Il passa la fin de sa vie à Londres, où il se suicida. Sur le développement de sa pensée concernant les états d’angoisse, βλέπω infra 61 F, n. 5 και 98 J, n.

9. Sans doute la revue Medizinische Klinik, Βερολίνο, où le travail de Stekel ne se trouve toutefois pas.

10. Σε l’Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans, ed. orig. 1909.