Archives mensuelles : mai 1907

30-05-1907 Jung à Freud

28 J

Burghölzli-Zurich, 30. V. 07.

Très honoré Monsieur le Professeur!

Aujourd’hui je ne peux malheureusement que répondre brièvement à votre si aimable lettre, car je suis constamment pris par toutes sortes d’affaires qui concernent la clinique.

Recevez avant tout mon chaleureux merci pour les nouveautés au sujet de Jensen. C’est à peu près comme on pouvait se l’imaginer. Qu’il accuse encore sa médecine, voilà qui est excellent et déjà artériosclérotique de façon inquiétante. Dans le cercle de mes connaissances on lit Gradiva avec volupté. Les femmes sont celles qui comprennent le mieux ce que vous faites, et généralement tout de suite. Seuls ceux qui ont une culture « psychologique » ont des planches devant les yeux.

J’écrirais très volontiers quelque chose pour votre recueil. Cette idée m’est très sympathique. Seulement je ne sais pas quoi. Il faudrait que ce soit quelque chose de convenable. L’article de la Zukunft ou quelque chose de ce genre serait trop mauvais; Harden me l’a extorqué. Je ne l’aurais jamais écrit spontanément. En ce moment ce sont les travaux expé­rimentaux qui me satisfont le plus, et ils ne sont guère adaptés à un cercle élargi de lecteurs. Il n’est toutefois pas exclu que la dementia praecox m’envoie, de sa profondeur inépuisable, quelque chose de bon. A cela s’ajoute comme obstacle que je suis pour l’instant tellement débordé de besognes administra­tives que je trouve à peine le temps nécessaire à mes propres travaux. A plus forte raison n’est-il pas question de me plonger dans le matériau. Une élaboration systématique de la dementia praecox est également impossible pour ces mêmes raisons, car il y faut un temps illimité. Aussi ai-je formé le projet, il y a quelque temps déjà, de modifier ma situation de telle sorte que j’aie davantage de temps libre, pour pouvoir m’adonner entièrement au travail scientifique. Mon projet, qui est vive­ment soutenu par le Pr Bleuler, est que soit adjoint à la cli­nique un laboratoire de psychologie, en tant qu’institut plus ou moins indépendant, dont je serais alors nommé directeur. De cette façon je serais indépendant, libéré des entraves du service dans l’établissement et je pourrais travailler exclusive­ment à ce que je voudrais. A partir de cette situation je tendrais alors à faire séparer le professorat de psychiatrie de la direction de l’établissement. Car les deux ensemble, c’est trop et cela empêche tout travail scientifique productif. Il est vrai que ce pas me ferait quitter la carrière proprement dite d’aliéniste d’asile, mais le dommage ne serait pas si grand. J’aurais de toutes façons le matériel. Et je peux imaginer que j’aurais assez de satisfaction avec le seul travail scientifique. Comme je peux le voir à mes rêves de la dernière période, ce changement a un fond souterrain « métapsychologique-sexuel », qui est transpa­rent pour vous, et dont je me promets aussi une série de sensa­tions de plaisir. Qui connaît votre science a goûté à l’arbre du paradis et est devenu voyant.

Je vous relaterai encore différentes choses prochainement.

Avec mes salutations les plus dévouées,

votre Jung.

26-05-1907 Freud à Jung

27 F

26 mai 07.

Mon cher collègue,

Chaleureux merci de votre éloge de la Gradiva! Vous ne croiriez pas combien peu d’hommes arrivent à quelque chose de ce genre, c’est en fait la première fois que j’entends sur elle une parole chaleureuse. (Non, je ne dois pas être injuste envers votre cousin(?) Riklin.) Cette fois je savais que le petit travail méritait l’éloge; il a été fait en des jours ensoleillés 2 et m’a donné tellement de plaisir à moi-même. Il n’apporte rien de neuf pour nous, mais je crois qu’il nous permet de nous réjouir de notre richesse. Je ne m’attends certes pas à ce qu’il ouvre les yeux à la sévère opposition; depuis longtemps déjà je ne tends plus l’oreille de ce côté-là, et puisque j’espère si peu de chose de la conversion des milieux professionnels, je n’ai porté à vos essais galvanométriques, comme vous l’avez très justement reconnu, qu’un demi-intérêt, de quoi vous m’avez maintenant puni. Une profession de foi comme la vôtre m’est d’ailleurs plus précieuse que l’approbation d’un congrès entier, aussi parce qu’elle m’assure en passant que de futurs congrès me donneront leur approbation.

Si vous vous intéressez au destin de la Gradiva, je vous tien­drai au courant à son sujet. Jusqu’à présent il n’y a eu qu’un compte rendu dans un quotidien viennois 3, élogieux, mais aussi dénué de compréhension et d’affect que pourraient l’être par exemple les propos de vos déments. A un journaliste comme celui-là, qui ne semble pas comprendre l’accentuation pas­sionnée de biens abstraits, cela ne fait rien du tout d’écrire : les mathématiciens racontent que 2X2 font fréquemment 4, ou : 0n nous assure que 2 X 2 ne font habituellement pas 5.

Ce que Jensen lui-même en dit? Il s’est exprimé très aima­blement 4. Dans la première lettre il a exprimé sa joie que, etc., et a déclaré que l’analyse avait, pour tout l’essentiel, touché les intentions de la petite œuvre. Par là il n’entendait bien sûr pas notre théorie, de même qu’en général, en vieux monsieur, il semble incapable de comprendre d’autres intentions que ses propres intentions poétiques. Il pensait que la concordance était sans doute à mettre au compte de l’intuition poétique, et qu’il fallait peut-être attribuer une part aux études médicales qu’il a faites au commencement. Dans une deuxième lettre je suis alors devenu indiscret et j’ai demandé des renseignements sur la part subjective du travail poétique, d’où le matériau provenait, où se trouvait sa personne, et d’autres choses. J’appris alors de lui que le relief antique existe effectivement, il en possède une copie par Nanny (5) de Munich, mais n’a jamais vu l’original. C’est lui-même qui a tissé ce fantasme, à savoir que cela représente une Pompéienne; lui-même qui aimait à rêver dans la fournaise de midi à Pompéi et qui est entré une fois là-bas dans un état presque visionnaire. Autrement il ne sait rien sur la provenance du matériau; au cours d’un autre travail le début lui est brusquement venu, il a laissé tout le reste de côté, s’est mis à écrire, n’a jamais été bloqué, a presque tou­jours trouvé les choses comme prêtes et est arrivé à la fin d’un trait. Cela veut sans doute dire que la poursuite de l’analyse mènerait à travers sa propre enfance jusqu’à son propre érotisme le plus intime. Le tout est donc de nouveau fantasme égocentrique.

En conclusion laissez-moi exprimer l’espoir que quelque chose vous adviendra à vous aussi un jour que vous tiendrez pour apte à intéresser un cercle de profanes, et qu’alors vous doterez un peu ma collection plutôt que la Zukunft (6).

Vous avez raison, je me suis tu au sujet de l’ « oiseau », pour des raisons qui vous sont connues, égards pour l’éditeur et le public, ou votre influence lénifiante, comme vous voulez. Quel­qu’un qui s’occupe du thème sera très reconnaissant de la référence du travail de Steinthal. Riklin m’a rendu attentif à un travail dans la revue de Steinthal (7) en 1869. Entendez- vous la même chose?

Je suis vraiment curieux de voir le travail de Bleuler sur la dem. Il contiendra sans doute un progrès par rapport à la théorie de la sexualité, mais guère le progrès qu’il faut. J’espère qu’il ne rend pas votre travail superflu. Les constructions théoriques que je vous ai envoyées par deux fois (8) ont été pour moi, il faut le dire, une belle torture; ce n’est pas mon genre habituel de travailler ainsi sans matériel d’observation. Mais vous n’avez rien contre de tels théorèmes. Si j’étais plus jeune ou plus riche ou plus insouciant, dans chacun de ces trois cas je m’installe­rais pour trois mois dans votre clinique et ensemble nous pio­cherions cela et en viendrions certainement à bout.

Je n’ai vraiment aucune raison de compter Bezzola et Frank parmi les nôtres. J’en suis bien aise pour B[ezzola] si vous vous êtes débarrassé de lui sans douceur; à en juger d’après ses actes symptomatiques, nous ne lui faisons certaine­ment pas de tort. Le mécanisme de ses succès — s’ils sont dura­bles? bien douteux, — est certainement, comme vous le sup­posez, le transfert, vous dites : transposition. Je crois même que j’ai moi-même exprimé récemment envers vous ce soupçon quand je vous ai écrit pour la première fois à son sujet (9).

Je reçois fort bien vos travaux, abstraction faite de ma réac­tion de ce moment. De moi vous ne devez attendre ces pro­chains temps que la deuxième édition de la Vie quotidienne (vers la fin de juin), dans laquelle est repris l’un ou l’autre de vos exemples (10). Bresler (11) n’a pas envoyé de tirés à part du petit essai sur la religion et la compulsion, dont vous avez juste­ment entendu les exemples le mercredi où vous étiez chez moi. L’éditeur a omis d’en faire! Deux petits essais, qu’on m’a extorqués (12), paraîtront sans doute plus tard seulement.

Je vous remercie beaucoup des deux obus provenant du camp ennemi (13). Je ne suis pas tenté de les garder plus de quel­ques jours encore, jusqu’à ce que je puisse les lire sans affect. Ce n’est que de l’idiotie affective. D’abord ils écrivent comme si nous n’avions jamais communiqué d’analyse de rêve, d’his­toire de cas ni d’explication d’un acte manqué; quand on leur met cependant le nez sur ce matériel de preuves, ils disent : mais ce ne sont pas des preuves, c’est de l’arbitraire. Essayez donc de donner une preuve à quelqu’un qui n’en veut pas! Il n’y a rien à faire avec la logique, on peut dire d’elle ce que Gottfried de Strasbourg, je crois, a irrespectueusement dit du jugement de Dieu :

dass der heilige Christ windschaffen als ein Aermel ist (14).

[que le saint Christ est fait de vent comme une manche].

Mais laissez s’écouler cinq à dix années, et l’analyse « aliquis(15) », qui maintenant n’est pas une preuve, sera devenue une preuve sans que rien n’y soit changé. Rien ne sert ici que continuer et travailler, ne pas gaspiller trop d’énergie à des réfutations, laisser agir la fécondité de nos conceptions contre la stérilité de celles que nous combattons. La hargne ressort d’ailleurs de chaque ligne du travail d’Isserlin. Certaines choses aussi sont vraiment trop bêtes; tout témoigne de l’ignorance.

Et pourtant, soyez tranquille, tout adviendra. Vous vivrez ce moment, si moi je ne le vis pas. Nous ne sommes pas les premiers à devoir attendre qu’on commence à comprendre leur langage. Je pense toujours que nous avons en secret plus de par­tisans que nous ne le savons; je suis persuadé que vous ne serez pas tout seul au congrès d’Amsterdam. A chaque expérience renouvelée de moquerie à notre égard, ma certitude que nous avons quelque chose de grand entre les mains croît. Dans la nécrologie que vous écrirez un jour sur moi (16), n’oubliez pas de me décerner ce témoignage : que toute cette contradiction ne m’a même pas troublé.

Je souhaite que votre chef se rétablisse bientôt, et que votre charge de travail diminue alors. Vos lettres me manquent trop quand vous faites de longues pauses.

Votre cordialement dévoué

Dr Freud.


1. Cette lettre est en partie publiée dans Sigmund Freud, Correspon­dance 1873-1939 et commentée dans Max Schur, Sigmund Freud, p. 298 sqq.

2. « Il l’a écrite durant ses vacances de l’été 1906, en plein air… à Lavarone… dans le Tyrol du sud »; Jones, II, p. 302 et 15.

3. De Moritz Necker. Die Zeit, 19 mai 1907, Jones, II, p. 363.

4. Les lettres de Jensen sont publiées dans : Psychoanalytische Bewegung [Mouvement psychanalytique], I, 1929, p. 207-211.

5. Illisible dans l’original; dans la lettre de Jensen à laquelle Freud se réfère, le nom est Nanny. Il s’agit du marchand Felix Nanny, dont la boutique d’objets d’art se trouvait à la Türkenstrasse 92 à Munich. La reproduction est sans doute une copie en plâtre; voir illustration hors texte pl. 4. (Le nom apparaît comme étant Narny dans la Psychoanaly­tische Bewegung ; dans la Correspondance 1873-1939 il est remplacé par trois points.)

6. La revue hebdomadaire Die Zukunft, fondée et dirigée par Maximi­lian Harden (1861-1927), avait publié en 1905 l’essai « Kryptomnesie » de Jung, 13e année, fasc. L, p. 235-334, G.W., I.

7. Hermann Cohen, « Mythologische Vorstellung von Gott und Seele » [Représentation mythologique de Dieu et de l’âme], Zeitschrift für Völ­kerpsychologie und Sprachwissenschaft, vol. VI, 1869, surtout les p. 121 sqq., sur l’âme comme oiseau. Maeder s’était rapporté à ce passage dans le tra­vail que Jung mentionne supra, cf. 24 J, n. 3. Un peu plus tard, Abraham utilisa les travaux de Cohen et de Stein thaï, cf. 26 J, n. 2, pour son traité Rêve et Mythe, cf. 84 F, n. 2, traité auquel Jung, en retour, se réfère dans Métamorphoses et symboles de la libido, part. II, chap.III.

8. Cf. 22 F et l’annexe à 25 F.

9. Cf. 18 F.

10. Psychopathologie de la Vie quotidienne. Édition originale : Berlin, Karger 1901. Edition française : Paris, Payot, 1960. Les exemples repris de Jung se trouvent aux pages 20, 29, 291.

11. Johannes Bresler (1866-1936), fondateur et éditeur, avec Vorbrodt, de la Zeitschrift für Religionspsychologie. Cf. aussi 23 F, n. 2.

12. « Zur sexuellen Aufklärung der Kinder » [Les explications sexuelles données aux enfants, dans : la Vie sexuelle, Paris 1969, p. 7 sq.] et « Hyste­rische Phantasien » [Fantasmes hystériques]. Cf. 64 F.

13. Cf. 24 J, n. 1 (Isserlin), et 26 J, n. 5 (Heilbronner).

14. Poète courtois. Le Tristan date de 1210 environ. Référence de la citation : III, 469-70.

15. « Le merveilleux exemple de Freud dans sa Psychopathologie de la Vie quotidienne, où dans le vers Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor (Énéide, 46a5), Freud parvient à faire remonter l’oubli par son ami du mot aliquis… à la période menstruelle qui ne venait pas chez sa maîtresse ». (Jung, Dementia praecox, § 117.)

16 « Sigmund Freud : ein Nachruf » [Sigmund Freud : notice nécrolo­gique] supplément du dimanche des Basler Nachrichten, année XXXIII, 4o, Bâle, Ier octobre 1939 (G.W., 15). (Jung ne porte pas le témoignage requis.)

24-05-1907 Jung à Freud

26 J

Burghölzli-Zurich, 24. V. 07.

Très honoré Monsieur le Professeur!

Votre Gradiva est magnifique! Je l’ai lue dernièrement d’un trait. La clarté de vos exposés est fascinante, et il faut, je pense, être frappé de septuple cécité par les dieux pour ne pas enfin voir. Mais les véritables psychiatres et psychologues parvien­nent à tout! Je ne m’étonnerais pas si du côté académique on ramenait à cette occasion tous les lieux communs imbéciles qu’on a déjà élevés contre vous. Il me faut souvent essayer de me replacer à l’époque avant la réformation de ma pensée psychologique pour éprouver les raisons que l’on élève contre vous. Il y a très longtemps que je ne les comprends plus. Ma pensée d’alors m’apparaît non seulement incorrecte et incom­plète du point de vue de l’entendement, mais en vérité aussi de piètre valeur morale; elle m’apparaît maintenant comme une grande malhonnêteté envers moi-même. Vous avez donc sans doute parfaitement raison de chercher dans les affects la résistance des adversaires, surtout dans les affects sexuels. Je suis extrêmement impatient de voir ce que le complexe sexuel du public dira de votre Gradiva, pourtant bien inoffensive à cet égard. Ce qui me fâcherait le plus, ce serait qu’on la traite simplement avec bienveillance. Qu’en dit Jensen (1) lui-même?

Puis-je vous prier de me raconter à l’occasion quel jugement on vous réserve du côté littéraire? Une question que vous lais­sez ouverte, et dont la critique se saisira peut-être, est de savoir pourquoi le complexe est refoulé chez Hanold. Pourquoi ne se laisse-t-il pas mener sur la bonne voie par le chant du canari et par d’autres perceptions?

Le rôle de l’oiseau aussi est amusant. C’est en tout cas pour des raisons d’intelligibilité que vous n’êtes pas allé plus loin dans la direction de ce symbole. Connaissez-vous les travaux de Steintlhal (2) sur la mythologie de l’oiseau?

Mes deux pauses silencieuses des derniers temps s’expliquent par le fait que je suis surchargé de travail. Le Pr Bleuler est indisposé et se trouve aux bains pour trois semaines. Pendant ce temps j’ai sur moi la direction de l’établissement et bien d’autres choses. J’ai encore composé dernièrement un petit travail (3), une « voie annexe », comme vous diriez. J’ai dû prouver avec exactitude quelque chose au sujet des troubles de la reproduction, qui va de soi pour vous, pour moi d’ailleurs aussi; mais ce qu’on ne peut pas écrire en grosses lettres sur le dos de ces pachydermes, ils ne le comprennent pas. Je vous enverrai tout de même la chose plus tard et ne vous la sous­trairai pas par oubli, comme mon dernier travail anglais sur les examens galvanométriques (4). Mon inconscient s’est senti désa­gréablement touché, à Vienne, de ce que vous n’aviez pas accordé à nos examens électriques l’intérêt qui leur revenait. La vengeance de cela devait venir un jour. Tardive constatation!

Je me suis occupé ces derniers temps de discuter Bezzola, également de manière peu satisfaisante. J’ai examiné son affaire et je l’ai moi-même essayée à plusieurs reprises. C’est la méthode originelle de Breuer-Freud, renforcée dans le sens de l’hypnose. Il met aux gens un masque et les fait surtout lui rapporter les images visuelles. Il en sort beaucoup d’élé­ments traumatiques, qu’il fait répéter jusqu’à ce qu’ils soient épuisés. De bons résultats, autant que j’aie pu contrôler.

Beaucoup de personnes soumises à l’essai se mettent en état d’auto-hypnose et vivent des traumatismes somnambuliques. Il me semble que l’on y a aussi confabulé, du moins c’est ce que fait mon enfant de six ans que je traite actuellement; elle raconte des histoires purement confabulées et évite les éléments traumatiques avec un soin extrême. Chez des personnes incultes je n’ai eu que des échecs jusqu’à présent avec cette méthode. Frank concentre par suggestion l’attention dans l’hypnose sur l’élément traumatique (pour autant qu’il y en ait un!) et le fait vivre de façon répétée, jusqu’à épuisement. L’effet des deux méthodes n’est pas tout à fait compréhensible pour moi. Je soupçonne que tous deux passent plus ou moins à côté de la transposition qui l’accompagne. Dans l’un de mes cas, que j’ai traité ainsi, la chose était claire pour moi; la femme louait principalement la bonté avec laquelle je m’intéressais à ses affaires. J’en ai tourmenté une autre pendant deux séances sans qu’elle ait la moindre image visuelle, et ce n’est que lorsque je l’ai directement interrogée sur les rêves et la sexualité qu’elle a commencé à devenir vivante. Ce qu’il y a de grave à cela, c’est que Bezzola s’oppose à vous dans l’aveuglement le plus profond, et qu’il a également déjà commencé à mentir à mon sujet. Vous avez mieux reconnu son caractère que moi — une âme petite et […]. La résistance et la division dans votre propre camp sont ce qu’il y a de pire.

De votre Gradiva Bleuler a dit qu’elle était merveilleuse — soit que ces connexions existent vraiment en elle, soit qu’on pourrait les mettre partout? Ce dernier aiguillon pique encore de temps en temps chez Bleuler, mais il est inoffensif. Il est en train d’écrire son travail sur la dem. praec., que l’on est en droit d’attendre avec impatience. Il veille à la continuation de la grande « bataille freudienne ».

Dans le dernier numéro de la Zeitschrift für die gesamte Strafrechtswissenschaft [Revue générale de droit pénal], Heilbronner 5 d’Utrecht a soumis le diagnostic des états de fait 6 à une critique détaillée. Je vous l’envoie en même temps que la critique d’Isserlin. Recevez, très honoré Monsieur le Pro­fesseur, les meilleures salutations de votre toujours dévoué

Jung.


1. Wilhelm Jensen (1837-1911), dramaturge et romancier allemand, originaire du Holstein, qui fut extrêmement lu à son époque. Voir la postface de Freud à son étude sur la Gradiva.

2. Heymann Steinthal (1823-1899), philologue et philosophe allemand, dont Jung cite souvent les travaux dans Métamorphoses et symboles de la libido. Steinthal était l’éditeur de la Zeitschrift für Völkerpsychologie und Sprachwissenschaft [Revue de psychologie des peuples et de linguis­tique], Berlin. Voir son essai Die ursprüngliche Form der Sage von Pro­metheus. [La forme originelle de la légende de Prométhée], ibid., vol. II, 1862, p. 5 et 20 sq., où il traite de la symbolique de l’oiseau. Voir aussi 27 F n. 7.

3. « Über die Reproduktionsstörungen beim Assoziationsexperiment » [Sur les troubles de la reproduction dans l’expérience d’association], Journal für Psychologie und Neurologie, vol. IX, 1907, G.W., 2.

4- Cf. 19 J, n. 2.

5. Karl Heilbronner, « Die Grundlagen der psychologischen Tatbes- tandsdiagnostik » [Les fondements du diagnostic psychologique pour l’établissement des faits], vol. XXVII, 1907. Heilbronner (1869-1914), psychiatre allemand, dirigea la clinique universitaire d’Utrecht.

6. « Die psychologische Diagnose des Tatbestandes » [Le diagnostic psychologique pour l’établissement des faits en matière judiciaire], Juristisch-psychiatrische Grenzfragen, vol. IV, 1906, G.W., 2.

23-05-1907 Freud à Jung

25 F

23 mai 07.

Cher et honoré collègue,

Puisque vous me faites attendre si longtemps une réaction à la Gradiva, il me faut croire que vous êtes profondément engagé dans le travail sur la dem. pr., et je ne veux pas vous faire attendre plus longtemps mes informations.

Je vois deux problèmes dans votre écrit : a) ce que doit signifier la rétraction de la libido loin de l’objet, b) quelles sont les différences entre la projection paranoïaque à l’extérieur et d’autres projections. Je vais vous dire ce que j’en pense.

a) Je ne crois pas que la libido se retire de l’objet réel pour se jeter sur la représentation fantasmatique remplaçante, avec laquelle elle mène ensuite son jeu auto-érotique. D’après le sens des mots en effet, elle n’est pas auto-érotique aussi longtemps qu’elle a un objet, que ce soit un objet réel ou fantasmatique. Je crois au contraire que la libido quitte la représentation d’objet, laquelle, par là précisément dénuée de l’investissement qui la désignait comme intérieure, peut être traitée comme une per­ception et projetée vers l’extérieur. Elle peut alors pour ainsi dire être accueillie froidement pendant un moment, et soumise à l’épreuve de réalité habituelle. « On dit de moi que j’aime le coït. Eh bien on le dit, mais ce n’est pas vrai. » Le refoulement réussi irait jusque-là, la libido devenue libre se manifesterait alors sur un quelconque mode auto-érotique comme dans l’enfance. — Je crois que tous nos malentendus proviennent de ce que je n’ai pas assez accentué le caractère en deux temps du processus, la décomposition en refoulement de la libido et en retour de la libido.

On peut alors construire 3 cas. 1) Le refoulement selon le processus décrit réussit définitivement, c’est alors le dérou­lement qui semble caractéristique de la dem. pr. La représen­tation d’objet projetée n’apparaît peut-être que passagèrement dans l’ « idée délirante », la libido s’épuise définitivement en auto-érotisme, la psyché s’appauvrit de la manière que vous connaissez si exactement.

2) Ou bien, lors du retour de la libido (échec de la projection), une partie seulement est dirigée Vers l’auto-érotisme, une autre recherche à nouveau l’objet, qui doit à présent être trouvé à l’extrémité perceptive, et qui est traité comme une perception. Alors l’idée délirante devient plus pressante, la contradiction contre elle toujours plus violente, et tout le combat de défense est livré une nouvelle fois, comme rejet de la réalité (le refoulement se transforme en rejet [Verwerfung]), et cela peut se poursuivre pendant une période, jusqu’à ce que finalement la libido nouvellement arrivante soit quand même jetée vers l’auto-érotique, ou qu’une partie en soit durablement fixée dans le délire dirigé contre le désir d’objet projeté. C’est là, dans des proportions de mélanges variables, le déroulement de la dem. praecox chez le paranoïde, le cas certainement le plus impur et le plus fréquent,

3) Ou bien le refoulement échoue complètement, après être parvenu pendant un moment à la projection du désir d’objet. La libido nouvellement arrivante gagne l’objet désormais devenu perception, produit des idées délirantes extrêmement fortes, la libido se change en croyance, la transformation secon­daire du moi se déclenche; cela donne la paranoïa pure, dans laquelle l’auto-érotisme ne parvient pas à se constituer entiè­rement, mais dont le mécanisme ne devient toutefois expli­cable qu’au moyen de cette série allant jusqu’à la dem. pr. complète.

Voilà les trois schémas que je me représente. Vous verrez bien ce qu’on peut en prouver cliniquement, donc amener à l’existence. J’observe pour l’instant que c’est dans la dem. pr. pure que le retour à l’auto-érotisme se porte le mieux. Ce que vous dites est en effet concluant! Je répète en passant ici que je ne crois pas que les mécanismes connus ne soient démontrables que dans la dem. pr. et non dans la vraie paranoïa comme le pensait Bleuler.

b) Moins claires, parce qu’il me manque les impressions fraîches, sont mes idées sur le problème (b), comment se situe la projection paranoïde par rapport à la projection hystérique et la projection dans l’amentia. C’est certes dans cette dernière qu’on a la réalisation hallucinatoire la plus pure, où l’image de l’objet désiré devient directement perception, par régres­sion, — sans refoulement avec libido surinvestie. Le refoulement concerne ici au contraire le moi contradicteur et la réalité. Il n’y a pas ici non plus d’inversion du signe, le plaisir reste plaisir, il n’est pas changé en déplaisir comme dans la paranoïa. Pour ce type donc — voir mon analyse d’autrefois (1) — deux caractéristiques : pas de refoulement de l’objet désiré, la libido reste (avec une force excessive) à la représentation d’objet. C’est d’ailleurs un retournement subit, non une lutte prolongée et une évolution chronique comme dans la paranoïa (dem. pr.).

Dans l’hystérie, le processus analogue, hallucination de l’idée de ce qui est désiré avec subjugation du moi, a lieu, en tant qu’épisode de courte durée dans la crise, par une régression allant de la représentation d’objet surinvestie à la perception. Cette labilité caractérise l’hystérie. Le refoulé devient, tempo­rairement seulement, le refoulant. Pendant son cours, toute hystérie peut se transformer en psychose aiguë hallucinatoire de l’espèce sus-mentionnée.

Dans la paranoïa (qui reste le concept théorique; dem. pr. semble être en effet un terme essentiellement clinique), la repré­sentation de l’objet désiré n’est jamais réalisée directement, ni par la voie de la régression, à cause d’un investissement excessif de libido. Nous avons là d’abord le refoulement par la voie de la projection, avec investissement libidineux diminué, et secondairement seulement le renforcement en hallucination par la libido revenant après le refoulement. Je dois affirmer, même si cela n’est démontrable que sur un bon schéma, que la régression et la projection sont deux processus différents, qui prennent aussi des chemins différents. Ce qui est également caractéristique de la paranoïa, c’est que la régression s’efface autant; l’idée de ce qui est désiré est perçue comme mot entendu, et non comme image visuelle; elle provient donc, par renforce­ment, des processus de pensée. Les hallucinations visuelles, certainement secondaires, m’échappent encore, cela ressemble à une régression secondaire.

Les destins de la libido, le lieu où elle se localise par rapport au moi et à l’objet, et les variations du refoulement en ce qui concerne la libido, et également le déroulement chronologique de celles-ci, voilà ce qui doit constituer la caractéristique des neuropsychoses [Neuropsychosen] et des psychoses.

Après ces choses plus que difficiles, quelque chose de plus confortable. Auprès de votre fillette de six ans vous aurez certainement appris que l’attentat est un fantasme devenu conscient, comme on en découvre régulièrement au cours de l’analyse, et comme ils m’ont induit à admettre des traumatismes sexuels communs dans l’enfance. La tâche thérapeuti­que consiste alors à retrouver les sources d’où l’enfant a tiré ses connaissances sexuelles. Les enfants donnent en règle générale peu d’indications, mais confirment ce qu’on a deviné et qu’on leur affirme. La recherche dans la famille est indispen­sable. Si cela réussit, cela donne les analyses les plus stimulantes.

Je dois ajouter quelque chose pour Bleuler. L’auto-érotisme est pourtant désigné sans équivoque dans les Trois essais. Psychiquement, si vous voulez, négativement. Le fait que l’enfant ne parle pas vient aussi de ce qu’il se met tout de suite entièrement et pleinement dans le transfert, comme votre observation le montre aussi.

Mon patient de Görlitz est très instructif, comme toutes les erreurs. Tout ce qui a été reconnu subsiste en effet, et la dem. pr. s’y ajoute. Mon gymnasien, de qui je parle dans la Gradiva, qui s’est réfugié auprès de la géométrie, montrait les plus beaux symptômes obsessionnels, les plus magnifiques fantasmes. Lui aussi est resté infantile dans ses organes génitaux. Je l’ai revu il y a quelques mois, en dément apathique.

Avec mes salutations cordiales et dans l’attente de votre réponse,

votre cordialement dévoué

Dr Freud.


1. Cf. 11 F, n. 5.

13-05-1907 Jung à Freud

24 J

Burghölzli-Zurich, 13. V. 07.

Très honoré Monsieur le Professeur!

Avant tout je vous prie instamment de me pardonner la longue pause que je me suis permise. Je ne pouvais ni ne vou­lais écrire plus tôt, avant de voir un peu plus clair. Je voulais surtout d’abord accueillir et assimiler complètement vos notes sur la paranoïa. D’abord la chronique! Vous apprendrez bien­tôt qu’un assistant kraepelinien (1) m’a tué dans le Zentralblatt de Gaupp par une critique du livre sur la dem. pr.. Vous y êtes naturellement compris. C’est touchant de voir comme il se démène tout désemparé autour de la chose. Si vous n’avez pas le Zentralblatt, je peux vous envoyer pour édification le tiré à part que j’ai reçu. Il lui a tout de même fallu écrire exprès un travail là-dessus. Maintenant au moins on tire avec des canons. Mais dans le fond l’affaire a fait une nouvelle fois de l’effet sur moi, puisque je vois comme il est infiniment diffi­cile de communiquer vos idées au peuple.

L’auto-érotisme a un nouveau triomphe à porter à son actif. Nous avons dernièrement réussi une analyse chez une catatonique cultivée et très intelligente, qui possède une très bonne introspection. Elle se promène toujours raide et sans affect et on ne peut qu’avec peine la garder dans un bon département, car elle souille occasionnellement avec des excréments. Elle nous a indiqué spontanément que depuis qu’elle est tombée malade, elle devient dans sa pensée comme un enfant, que de vieux souvenirs infantiles surgissent en masse, dans lesquels elle se perd totalement. Quand elle souille avec des excréments, c’est qu’elle a simplement l’idée (dans un état proche de l’ « absence de pensées ») de ne pas s’asseoir sur le siège du cabi­net, mais de déféquer sur un papier par terre. Chose remarqua­ble, elle a fait cela étant enfant. Elle souffrait alors, dit-elle, de constipation et elle se fatiguait trop sur le siège; elle aurait alors commencé à déféquer toujours sur un papier. Dans la maladie sont apparus aussi des états d’excitation locale, avec masturbation. Chose significative, la sexualité sensu strictiori n’agit pas du tout sur la psyché, mais reste dans la plupart des cas locale et est ressentie comme quelque chose d’étranger et d’importun, ou en tout cas il ne se produit pas de refoulement correspondant.

J’ai réfléchi à plusieurs reprises à vos « points de vue sur la paranoïa », aussi en compagnie de Bleuler. Que l’idée délirante prenne son origine dans l’affect (= libido), cela nous est tout à fait compréhensible. Il me semble toutefois que par votre expli­cation de la « projection vers l’extérieur » vous ne pouvez enten­dre que la genèse de l’idée de persécution. Mais dans la d. pr. toute chose est projetée vers l’extérieur. Les idées délirantes concernent en général un mélange désordonné d’accomplisse­ment de désir et d’entraves. Jusqu’à présent, j’ai toujours trouvé éclairante l’analogie suivante : l’extatique religieux, qui désire la divinité, se voit un jour comblé par la vision de la divinité. Mais la contradiction avec la réalité lui apporte aussi le contraire : la certitude devient doute, la divinité diable et le plaisir sexuel sublimé de l’union mystique angoisse sexuelle, avec tous ses fantômes historiques. On voit là comment le désir crée directement la projection vers l’extérieur, parce qu’il y a désir de réalité. On peut assez souvent trouver ce même désir [Wünschen] dans l’inconscient du paranoïaque, à ceci près que le contraste tend à s’objectiver. La persécution est alors souvent simplement compensée par un sentiment de grandeur, qui arrive toutefois moins souvent à produire des objectivations. Chez les paranoïaques de la dem. pr. cependant, l’accomplissement de désir est bien plus fréquent. Quand vous dites que la libido se retire de l’objet, vous voulez sans doute dire qu’elle se retire de l’objet réel pour des raisons normales de refoulement (obstacles, impossibilité évidente de l’accom­plissement, etc.) et qu’elle se tourne vers un démarquage fan­tasmatique du réel, avec lequel elle commence alors son jeu auto-érotique classique. La projection vers l’extrémité percep­tive émane du désir originel de réalité, qui, s’il est irréalisable, se crée sa réalité sur le mode hallucinatoire. Seulement dans la psychose cela réussit de travers, en ce que seul le contraste s’exprime objectivement. D’où cela vient-il? ce n’est pas encore tout à fait clair pour moi, peut-être de ce que la composante de contraste est renforcée par la composante normale de cor­rection. Je vous suis extraordinairement reconnaissant de toute correction que vous apportez à ma conception. C’est par là uniquement que j’espère pouvoir me rapprocher de vous.

Il manque encore à Bleuler une définition claire de l’auto- érotisme et de ses effets psychologiques spécifiques. Il a cepen­dant accepté la notion pour sa présentation de la dem. pr. dans le manuel 2 d’Aschaffenburg. Il ne veut toutefois pas dire auto-érotisme (pour des raisons connues), mais « autisme » ou « ipsisme ». Pour moi, je me suis déjà habitué à « auto-éro­tisme ».

Votre patient de Görlitz a maintenant des symptômes catatoniques indubitables du niveau auto-erotique le plus bas, il souille. C’est ce que son père m’a dernièrement écrit. Un traite­ment psychique, une simple analyse même sont totalement exclus, comme je le vois malheureusement assez souvent cha­que jour chez nos catatoniques.

Maeder (3) a maintenant publié des analyses de rêves dans les dernières Archives de psychologie.

Voici que je reçois aussi votre Gradiva (3). Recevez mes plus cordiaux remerciements ! Je vais tout de suite me mettre à la lec­ture avec grande impatience.

J’ai à présent en traitement analytique une fillette de six ans avec masturbation excessive et mensonges, après une pré­tendue séduction par son père nourricier. La chose est très compliquée ! Avez-vous de l’expérience avec de si petits enfants? Excepté une représentation tout à fait sans couleurs et sans affects du traumatisme dans la conscience, je ne réussis à obte­nir ni spontanément ni par suggestion la moindre abréaction accompagnée d’affect. Actuellement, on dirait que le trauma­tisme est une duperie. Mais d’où l’enfant connaît-elle toutes les histoires sexuelles? L’hypnose est bonne et profonde, mais l’enfant évite avec la plus grande innocence toutes les sug­gestions à représenter le traumatisme. Il n’y a que ceci de significatif : dans la première séance elle a spontanément hal­luciné une — « petite saucisse à rôtir, dont la femme disait qu’elle devenait toujours plus grosse — ». A ma question où donc elle voyait la saucisse, l’enfant a dit rapidement « sur Monsieur le docteur! » Donc tout ce qu’on peut souhaiter en fait de transposition. Mais depuis lors le sexuel est entièrement bloqué. Pas de signe de d. pr. !

Avec beaucoup de salutations respectueuses, votre très dévoué

Jung.


1. Max Isserlin, « Über Jungs Psychologie der Dementia praecox und die Anwendung Freudscher Forschungsmaximen in der Psychopathologie » [Sur la Psychologie de la Dementia praecox de Jung et l’emploi de maximes de recherche freudiennes en psychopathologie ], Zentralblatt für Nervenheil­kunde und Psychiatrie, vol. XXX, n.s. XVIII, mai 1907. Isserlin (1879-1941), de Königsberg, était neurologue à Munich; il fut longtemps l’assistant de Kraepelin, Il mourut en Angleterre où il vivait comme réfu­gié.

2. Cf. 272 J, n. 7.

3. Alphonse E. Maeder, « Essai d’interprétation de quelques rêves », Archives de psychologie, vol. VI, 1906. Maeder (1882-1971), psychothéra­peute suisse, pendant quelque temps président de l’Association zurichoise de psychanalyse, suivit Jung après la rupture de ce dernier avec Freud; plus tard, Maeder développa une technique d’analyses courtes et se joi­gnit au mouvement d’Oxford.

4- Délire et rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen. Éd. orig. : Schriften zur angewandten Seelenkunde, fasc. 1, Leipzig et Vienne 1907. Éd. franç., Paris, 1971. Cf. Jones, II, p. 362. : « C’était Jung qui avait attiré l’attention [de Freud] sur ce récit, et ce dernier avait, aux dires de Jung, écrit son petit livre exprès pour lui faire plaisir. » La présente correspondance n’étaye cependant en rien cette affirmation; peut-être Jones confond-il la Gradiva avec le volume de nouvelles Übermächte [Puissances supérieures] du même Jensen, que Jung signala en effet à Freud.