18-03-1914 Freud à Ferenczi

465 F

Prof. Dr. Freud

le 18 mars 1914 Vienne, IX. Berggasse 19

Cher Ami,

Votre visite ce dimanche me paraît d’autant plus souhaitable que ce sera le premier dimanche sans travail, depuis des mois. Le Narciss.[isme] est arrivé à Berlin après avoir fait toutes les étapes intermédiaires. Il ne m’a pas satisfait (1).

Mes plus cordiaux remerciements à Madame G. pour son aimable missive. Comme toutes les dames, elle n’a pas mis d’adresse sur sa lettre.

Je vous attends dans la matinée, de bonne heure,

Au revoir, votre Freud

1. Freud manifesta la même insatisfaction dans ses lettres à Abraham (16 III et 6 IV 1914, Correspondance Freud-Abraham, pp. 171 et 175).

16-03-1914 Ferenczi à Freud

464 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm, Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C°, Wien, I. Bauernmarkt N° 3 Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, le 16 mars 1914

Cher Monsieur le Professeur,

En complément à mes félicitations, je me contente de vous informer que je voudrais passer dimanche prochain (22 mars) à Vienne, pour faire avec vous le tour de toutes les questions personnelles, professionnelles et scien­tifiques, avant le voyage de Pâques,

Veuillez avoir l’amabilité de me répondre si je peux venir sans être importun.

Cordiales salutations de

Ferenczi

Quant au plan d’Abraham (1), par avance, je vous dis que je recommande d’attendre d’abord l’effet des bombes (2) et de n’avancer, éventuellement, qu’après la parution du Jahrbuch.

1. Il n’a été publié qu’une version abrégée de la lettre d’Abraham du 16 III 1914, de sorte que son plan ne peut être qu’indirectement déduit de la réponse de Freud : « … votre pro­position d’agression contre Jung ». Freud à Abraham du 16 III 1914, Correspondance Freud- Abraham, p. 171.


(2) La parution des discussions critiques dans la Zeitschrift (voir 470 F, note 3) et de la « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » de Freud dans le Jahrbuch.

16-03-1914 Freud à Abraham

Vienne, IX, Berggasse 19

16.3.14.

Cher ami,

Je vous envoie demain le Narcissisme; ce fut un accouche­ment difficile, il en présente toutes les déformations. Evidem­ment, il ne me plaît pas particulièrement, mais actuellement, je ne peux rien livrer d’autre. Il a encore besoin d’être très retouché. (Vous voyez à quoi vont mes pensées.) Je vous demande de choisir vous-même l’endroit où je dois insérer votre premier travail (Salzbourg), de même que, d’une manière générale, je serai reconnaissant pour toutes formes d’objections. Je tiendrai compte de vos remarques concernant les « Contri­butions » en corrigeant les épreuves.

Nous devons discuter demain soir avec Rank et Sachs de votre proposition d’agression contre Jung. Je suis impatient surtout de connaître la réponse de Londres, où des difficultés pourraient facilement apparaître.

Je pense que les choses se passent très bien à Hambourg et que ma fille continue de faire preuve de vaillance et de sagesse. Elle peut déjà nourrir, mais le petit animal ne boit pas encore comme il faut. Il est étrange que même ces instincts vitaux primordiaux aient tant de peine à s’éveiller. J’ai tou­jours cru que les paroles de Méphistophélès à l’élève (« C’est ainsi que dans les débuts un enfant accepte avec réticence le sein de sa mère[1]») étaient inexactes. C’est bien vrai pourtant, mais la suite aussi, j’espère : « Mais bientôt, il a plaisir à se nourrir[2]. » Votre portrait reviendra demain de chez l’enca­dreur et prendra alors la place de Jung. Ce n’est pas vous faire entièrement justice; mais je vous en remercie beaucoup.

Deuticke a exprimé un véritable respect pour votre activité de rédacteur. De fait, nous avons, tous ces temps-ci, déployé toutes nos forces dans le travail. Il me faut vous dire encore que votre article sur la locomotion est excellent[3]. Dans la théorie de la sexualité également, je n’ai pas trouvé de meil­leur argument en faveur de « l’érotisme musculaire » que

l’analyse des abasies qui culminent dans le souvenir-fantasme [Phantasie-Erinnerung] : apprendre à faire ses premiers pas sur le corps de la mère (terre).

Votre Freud.

Je vous salue cordialement, vous et votre chère femme.


[1] Citation du Faust de Goethe : « So nimmt ein Kind der Mutter Brust im Anfang widerwillig an. »

[2] « Doch bald ernährt es sich mit Lust. »

[3] Cf. article cité dans la note 2 de la lettre du 8.12.13.

15-03-1914 Freud à Eitingon

49 F

[En-tête Vienne], le 15 mars 1914

Cher Docteur Recevez, vous et votre chère épouse, mes remerciements très cordiaux pour votre participation à notre bonheur familial. Je suis toujours le même, capable d’appeler bonheur la naissance d’un enfant humain. A ce que l’on m’en a dit, la mère et l’enfant se portent bien. La grand-mère restera encore quelques semaines chez eux. Votre dernière contribution critique était tellement remarquable qu’elle ne pouvait qu’éveiller le regret1 que vous connaissez déjà (a). Salutations cordiales et au revoir ! Votre vieux Freud

a. Ajouté après coup.

1. Sur le fait qu’Eitingon ait aussi peu publié.

13-03-1914 Jones à Freud

13 mars 1914

69 Portland Court, Londres

Cher professeur Freud,

Je suis dans la position peu habituelle d’avoir à répondre à deux lettres de vous, et j’ai beaucoup de choses à dire, alors préparez-vous, je vous prie, à une longue épître. La raison en est que mes ennuis de santé ont tout perturbé. J’ai souffert d’une grave crise de cellulite commençant dans la nuque, et touchant toutes les glandes des deux côtés, profondes et superficielles, depuis le crâne jusqu’aux omoplates et, plus bas, aux clavicules. J’ai vu mes patients tous les jours, sauf un, mais je n’ai rien pu faire d’autre à cause de la douleur, etc. Ça va maintenant beaucoup mieux et je serai bientôt entièrement rétabli.

Ainsi ai-je été empêché d’assister à la communication de McDougall sur la pul­sion sexuelle, à la Royal Society of Medicine1, mais j’ai dicté de mon lit une longue contribution que Hart a lue à la réunion2. Il y avait foule. Au cours de la discussion, deux psychologues ont parlé de la pulsion en général, tandis que les quatre autres orateurs étaient des psychanalystes, si bien que nous avons eu le dessus. [Aucune opposition3.] J’avais au préalable organisé notre débat en divisant le sujet et en délé­guant à chacun de nos quatre représentants la partie pour laquelle il était le mieux armé, histoire de couvrir la totalité du terrain et de faire l’impression maximale4. Cela contribuera largement à contrer l’offensive du British Medical Journal, et nous aurons bientôt d’autres occasions également. L’attaque de Mercier n’a abattu aucun d’entre nous, et tant qu’un Gallois et un Juif seront président et secrétaire de la Société5, il n’y a pas à craindre que de telles attaques puissent provoquer ce que nous avons appris à appeler depuis Zurich une « réaction aryenne » ; mes ancêtres étaient en Europe avant les Aryens, ce qui explique peut-être en partie que je ne crois pas à l’or­gueil omniscient que vantent les « Aryens ».

Notre société s’est réunie hier soir, et Mrs. Eder nous a lu une traduction de votre article sur la Dynamik der Übertragung6. Il a été discuté avec intelligence et acuité d’esprit, preuve que les hommes apprennent vite; nous sommes tous bons amis (sauf Miss Long), et les réunions sont très appréciées. On compte actuellement à Londres entre trente et quarante patients en ψα.

La circulaire d’Abraham est arrivée ce matin, et je lui ai adressé une lettre qui vous parviendra certainement sous peu. J’espère que vous avez reçu à l’heure qu’il est la lettre de Jelgersma. Elle a été des plus gratifiantes pour nous. Je l’ai rencontré à Amsterdam voici quelques années, et je le tenais pour un honnête homme.

J’ai entièrement récrit mon essai sur la Madone pour le Jahrbuch (7), pour y ajouter des matériaux précieux et un approfondissement que je crois important de la théorie (rapport entre flatuosité et castration) ; la dernière partie a été adressée à Sachs voici quinze jours. Vers la fin s’est produit un épisode amusant. Toute la partie sur le cro­codile reposait sur le fait que ces animaux, comme les grenouilles, n’ont pas de par­ties génitales extérieures8. Or en lisant le livre de Wallis Budge sur Osiris9, qui soit dit en passant est excellent, j’ai été horrifié d’apprendre que les Egyptiens accomplis­saient certains rites avec le pénis du crocodile. Pris de panique, j’ai téléphoné à plu­sieurs professeurs de zoologie, dont aucun n’a pu me donner le renseignement que je voulais ; le lendemain, je suis allé au Jardin zoologique pour tirer cette affaire au clair. Aucun des gardiens ne savait ; il ne restait donc qu’une seule chose à faire : à l’aide de perches, renverser un mâle sur le dos, etc. Cette tâche s’est révélée extraordinairement difficile et a créé une scène excitante. J’ai découvert, ce dont j’ai ensuite eu confirmation par des manuels, que le pénis de l’animal est entièrement dis­simulé dans le cloaque, ce qui a confirmé l’hypothèse ψα suivant laquelle il devait être invisible de l’extérieur. Quelle vie austère que celle d’un médecin ordinaire en com­paraison d’une vie de psychanalyste !

Ci-joint un document intéressant illustrant la nature des psychologues amé­ricaines.

Flournoy donne un cours sur la ψα à Genève, à la Faculté des Sciences; j’ai demandé à Claparède de nous en faire un résumé pour la Zeitschrift, mais je ne sais pas s’il le fera10.

L’attitude de Loe, dans sa fameuse lettre, était bien meilleure qu’elle ne l’a jamais été (envers la ψα). Elle admet aujourd’hui que les conclusions de la ψα sont tout à fait correctes, bien qu’elles ne soient pas d’un grand secours ; « c’est une science, non pas un traitement. » L’examen urologique a-t-il eu lieu ? Bien entendu je suis impatient d’en savoir les résultats. Ma grande crainte est qu’elle se réserve le droit de recourir à la morphine, et qu’elle l’exploite dès qu’une difficulté surgira dans sa vie. Dans sa lettre, elle écrit que la plus jeune de vos filles a eu de la fièvre, j’espère que c’est fini depuis longtemps maintenant.

J’ai reçu de Heller une masse de matériaux de la Zeitschrijt. Blüher ne débite que des absurdités11 ; il ne défend jamais que sa propre homosexualité. Je vois que Ferenczi a été d’une activité débordante ces derniers temps.

J’en viens maintenant à vos lettres, auxquelles je vais répondre point par point. J’écrirai sur Wells pour les Varia (12). Vous avez naturellement raison au sujet de Stekel, mais c’est un bon exercice de self-control ; ce mois-ci, il a eu l’effronterie d’écrire un paragraphe pour se plaindre qu’un critique avait déformé un seul de ses mots !

J’attends avec impatience votre article du Jahrbuch13, et j’imagine que les épreuves arriveront d’ici une quinzaine de jours. Pour des raisons politiques, ne pourrait-on accélérer les choses et sortir le Jahrbuch début mai ? Où en est l’article sur le Narcissmus14 ? Pourriez-vous me dire quels problèmes particuliers vous y abordez ?

Mon exaspération à l’égard de Putnam n’était que momentanée, car je reconnais tout ce qu’il y a d’admirable et d’aimable en lui. Mais son incapacité à tirer les ultimes conséquences de ce qu’il sait, par exemple sur Jung, est parfois éprouvante.

Le destin nous a retiré des mains la question de la responsabilité des passages ajoutés dans ma critique de Jung. Après que vous avez écrit pour me demander de la revoir moi-même, Rank m’a écrit le contraire. Sur quoi Heller est allé à l’encontre en m’adressant les épreuves. Je les ai corrigées (il y avait quelques erreurs de traduction, mais je suis d’accord avec tous les ajouts) le jour même, mais Rank m’écrit mainte­nant que c’était trop tard, car ils ne pouvaient plus retarder la sortie de la Zeitschrijt;15. Très amusant!

Si le Verschreiben que vous citiez était bien de moi, il n’était pas tout à fait inconscient. J’ai pris l’habitude de m’adresser à Loe en lui donnant son vieux titre, par quoi on continue probablement à l’appeler dans son milieu (Pension), mais j’ima­gine que je devrais cesser de le faire maintenant.

Ce soir, j’aperçois dans le British Medical Journal une critique cinglante de mon livre, dont l’auteur fait ses choux gras en révélant son ignorance crasse. Je le connais depuis longtemps, un insigne imbécile16.

Burrow et Hamill m’écrivent qu’ils ne sauraient pour l’instant quitter l’Amérique, pour des raisons domestiques. Au passage, je voulais vous demander des nouvelles de Frau Hoesch-Ernst. Est-elle encore en traitement ? Ce ne saurait être un cas de tout repos.

Je termine enfin, en espérant avoir bientôt de vos nouvelles, et avec les amitiés

de votre fidèle

Jones.

  1. William McDougall, The Définition of the Sexual Instinct, Proceedings of the Royal Society of Medicine, 7-3 (1913-1914), p65-78.
  2. Voir Proceedings of the Royal Society of Medicine, 7-3 (1913-1914), p. 83-86.
  3. Ces mots semblent avoir été ajoutés à la relecture.
  4. Pour les observations de William Brown, M. D. Eder, David Forsyth et Charles Mercier, voir Proceedings of the Royal Society of Medicine, 7-3 (1913-1914), p. 78-83 ; ainsi que p. 86-88 pour la réponse de McDougall.
  5. Sir George H. Savage était président de la section de psychiatrie de la Royal Society of Medicine, dont R. H. Cole et Bernard Hart étaient secrétaires honoraires.
  6. Freud (1912 b).
  7. Jones (1914 a).
  8. Voir Jones (1951, p. 346-350).
  9. E. A. Wallis Budge, Osiris and the Epyptian Résurrection, Londres, P. L. Warner, 1911.
  10. Aucune trace dans la Zeitschrift.
  11. Hans Blüher (1888-1955), auteur de Die drei Grundformen der sexuellen Inversion (Homosexualität), Leipzig, Max Spohr, 1913, et de Zur Theorie der Inversion, Zeitschrift, 2, 1914, p. 223-243. L’homoérotisme et l’antisémitisme de ses travaux ultérieurs sur les organisations masculines lui valurent d’être très apprécié du Mouvement de la jeunesse allemande.
  12. On ne trouve aucun éloge de Wells par Jones dans la Zeitschrift.
  13. Freud (1914 d).
  14. Freud (1914 c).
  15. Jones (1914 c).
  16. Compte rendu anonyme de Jones, Papers, lrc éd., 1913, British Medical Journal, I, 1914, p. 597-599.

12-03-1914 Eitingon à Freud

48 E

[En-tête III Berlin], le 12 mars 1914

Cher Professeur,

Tous mes vœux de bonheur les plus chaleureux et ceux de mon épouse à vous et aux vôtres pour la naissance de votre petit-enfant[1]. Puisse-t-il vous procurer à tous beaucoup de joie.


[1]Le premier petit-enfant de Freud, Ernst Wolfgang Halberstadt (qui prit plus tard le nom de W. Ernest Freud), né le 11 mars 1914, fils de la fille de Freud, Sophie.

11-03-1914 Freud à Ferenczi

463 FA

[Vienne], le 11 mars 1914

Cher Ami,

Cette nuit (10/11) à 3 heures, un petit garçon, comme premier petit- enfant (1)! Très singulier! Un sentiment d’avoir vieilli, du respect devant les miracles de la sexualité! Sophie va très bien, elle a déclaré elle-même au téléphone : « Ce n’était pas tellement terrible. »

Cordiales salutations, aussi à Madame G.

votre Freud

Jahrbuch et Imago sont parus.

A. Carte postale.

1. Ernst Wolfgang Halberstadt; ultérieurement, il prendra le nom de Freud et deviendra psychanalyste. Freud a décrit et interprété le jeu de « Fort-Da » de son petit-fils dans « Au- delà du principe de plaisir», in Essais de psychanalyse, 1970, pp. 7-81, allusion ; pp. 15-18.

09-03-1914 Abraham à Freud

* Berlin W, Rankestrasse 24

9-3-14.

Cher Professeur,

Demain, un petit paquet sera expédié à votre adresse; il contient le cadeau par lequel, depuis longtemps, je voulais vous remercier de votre portrait, que vous m’aviez offert. Il y a quelque temps, Stanley Hall m’avait demandé de faire don d’une photographie de moi au séminaire de psychologie de Worcester. C’est ainsi que vous parviendra un exemplaire de la photogra­phie que j’ai fait faire à cette occasion.

Votre manuscrit est sur ma table depuis plus d’une semaine. Je l’ai lu plusieurs fois. Concrètement, je ne vois pas quelle remarque je pourrais y faire, sinon que je retrouve dans chaque mot mes propres pensées, il y a un soulagement à voir tout cela écrit noir sur blanc; la manière dont vous l’avez fait est parti­culièrement satisfaisante. — Je vais mentionner quelques points tout à fait secondaires :

  1. P. 20, vous dites comment Rank est venu à vous, mais son nom n’est pas cité. Je ne sais pas si c’est intentionnel, mais je voulais vous le faire remarquer.
  2. P. 27, il y a certainement une omission : « Havelock Ellis qui avait suivi son développement avec sympathie. » Il manque certainement à cet endroit : « depuis le début ».
  3. Le qualificatif que vous attribuez à Hoche ne va-t-il pas entraîner des conséquences fâcheuses? Vous avez raison, bien sûr, mais il vaut peut-être mieux l’enlever.

Je ne pourrais rien mentionner d’autre. Sinon, tout au plus, que j’ai apprécié de pouvoir, en ma qualité de rédacteur, lire le manuscrit avant les autres. Cela a été un dédommagement pour le dur labeur de ces derniers mois.

Je viens de terminer mon travail sur la pulsion de voir. Maintenant, il me faut venir à bout à toute force de mon compte rendu. J’espère que je recevrai toutes les contributions dans le courant de ce mois.

Je renvoie ci-joint la lettre de Jelgersma, qui m’avait été envoyée par Jones; elle m’a fait très plaisir. — Vous devez certainement savoir que je corresponds fréquemment avec tous les membres du Comité. — Pour Reik, je fais mon possible; mais ce n’est pas facile de lui trouver quelque chose.

Je poserai à notre groupe la question de la participation à la recherche sur les enfants [Kinderforschung] et vous donnerai réponse ensuite. ‘

Avec mes salutations cordiales. Votre dévoué

Abraham.

08-03-1914 Freud à Binswanger

95 F

Prof. Dr. Freud

Vienne, IX. Berggasse 19 le 8 mars 1914

Cher Docteur !

Je suis très heureux d’apprendre que vous allez bien et je pense que bientôt la précarité de la vie ne vous concernera pas davantage que les autres êtres humains1. Le mérite de la prospérité de votre progéniture revient aussi à votre femme !

Votre intérêt pour Shakespeare 2 est aussi très réjouissant. Je m’étonne souvent du besoin de poètes nouveaux de la part de l’humanité. J’attends avec une grande curiosité vos impressions sur Rome l’année prochaine. Tout le monde sait que la première impression est décevante, et même inquiétante.

Jusqu’à présent l’année m’a apporté beaucoup de travail ; c’est seulement maintenant que les choses se calment. Quel dommage que votre travail théorique n’avance guère. Nous aurions pu très bien le placer dans le premier volume du nouveau Jahrbuch3. Celui-ci comporte en fait deux de mes travaux : « Pour introduire le narcissisme 4 » et « Contribu­tion à l’histoire du mouvement psychanalytique5», qui devraient, j’espère, clarifier ma relation avec Jung. La confé­rence de Jelgersma 6, recteur de Leyde, ne vous aura certai­nement pas échappé.

Dans ma famille, tout va bien. Hier, ma femme est partie pour Hambourg, où nous attendons prochainement d’être élevés à un rang supérieur, traduisez au rang de grands- parents 7.

Je me réjouis beaucoup de la nomination de Häberlin8. Si vous avez l’occasion de lui parler, transmettez-lui mes féli­citations. Je ne pense pas qu’il deviendra un adepte actif de la psychanalyse.

Récemment, un collègue de Friedländer m’a encore confirmé que celui-ci avait été dégradé pour tricherie au jeu de tarot, alors qu’il était médecin militaire (volontaire). Cela vous permettra de mieux comprendre mon aversion pour toute forme de contact avec ce porc.

Je vous salue cordialement ainsi que votre femme

Votre Freud

1. Cf. 65 F, note 1.

2. À partir de 1916, il est très souvent question de la lecture de Shakespeare dans le Journal de Binswangen

3. La revue porte maintenant le nouveau titre Jahrbuch der Psychoanalyse, mais continue la numérotation avec le t. 6 (1914) ; sa parution est suspendue à cause de la guerre après cette année.

4. Freud (1914c).

5. Freud (1914d).

6. Gebrandus Jelgersma, Ongeweten Geestesleven (1914). En français « Vie mentale inconsciente », conférence tenue pour le 339e anniversaire de l’Université de Leyde le 9 février 1914 (1914).

7. Ernst Halberstadt (aujourd’hui W. Ernest Freud), fils de Sophie et Max Hal­berstadt, premier petit-fils de Freud, né le 11 mars 1914.

8. Cf. 92 F, note 3.

06-03-1914 Ferenczi à Freud

462 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung: Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C°, Wien, I. Bauernmarkt N° 3 Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, le 6 mars 1914

Cher Monsieur le Professeur,

D’abord (comme presque toujours), une série de remerciements : cette fois je vous remercie pour avoir aimablement arrangé cette affaire du voyage de Pâques, et pour l’eau-forte que je trouve excellente. Le graveur ne semble pas encore être un « moderne », néanmoins il souffle déjà dans son œuvre un air un peu plus audacieux. Je suis convaincu que cet homme pourrait aussi réaliser quelque chose pour le Moïse. Mais il vaudrait la peine de faire aussi un essai avec mon ami (Berény).

Le déploiement de nos troupes contre Zurich dans le Cahier I de la IIe année est vraiment imposant. La polémique merveilleusement incisive d’Eitingon contre le sabotage du concept d’inconscient a été une surprise pour moi

Je suis très occupé (presque chaque jour complet); on peut tout de même obtenir des succès thérapeutiques — en se donnant beaucoup de peine, il est vrai – avec suffisamment de persévérance de part et d’autre.

Le soir, je suis si fatigué qu’aucun autre travail ne me réussit. Je n’en disconviens pas : le psychisme peut bien y jouer un rôle. L’état de mon nez est plus satisfaisant, le sommeil pas encore. Peut-être après Brioni!

Cordiales salutations à vous et à toute la maisonnée, de

votre Ferenczi

1. « Über das Ubw. bei Jung und seine Wendung ins Ethische (aus der Diskussion der Berliner psychoanalytischen Vereinigung am 17 Januar 1914 » (De l’Inconscient chez Jung et son virage vers l’éthique [à propos de la discussion à l’Association psychanalytique berlinoise du 17 janvier 1914]), Zeitschrift, 2, 1914, pp. 99-104.