Månedsarkiv: Januar 1907

13-01-1907 Jung Freud

13 F [Postkort]

13.jeg.07.

Veldig æret kollega,

Je vous prends au mot. Vous venez donc à Vienne à Pâques 1 et vous me faites savoir vos dates à temps, pour que je puisse m’arranger avec les malades. J’espère que nous nous exprime­rons et communiquerons sur beaucoup de choses ; et je me réjouis de la belle perspective que m’ouvre votre assentiment.

Du er veldig hengiven

Freud.

1. De 31 Mars.

08-01-1907 Jung Freud

12 J

Burghölzli-Zürich, 8. jeg. 1907.

Æret Professor!

Je suis désolé de parvenir maintenant seulement à répondre à votre dernière lettre, tellement aimable et détaillée. En fait je suis quelque peu gêné, rétrospectivement, du jeu de cache- cache avec mon rêve. Dans sa première version, Bleuler, à qui j’avais montré le plan, le trouvait beaucoup trop clair. Cela a été pour moi une incitation bienvenue à cacher secondaire­ment des choses dans l’interprétation, et a ainsi joué le jeu des complexes. Pourquoi je n’ai justement pas mis l’interpré­tation tronc d’arbre — pénis, cela a ses raisons particulières, auxquelles se rattache principalement le fait que je n’étais pas en état d’écrire impersonnellement mon rêve, ce pourquoi ma femme a rédigé toute la description (!!).

Sans doute avez-vous bien raison de me conseiller davantage de « thérapeutique » avec les adversaires, mais je suis encore jeune, et de temps en temps on a ses petites manies concernant la considération et le renom scientifique. Quand on est dans une clinique universitaire, on doit faire jouer bien des égards, que l’on néglige plutôt dans la vie privée. Mais vous pouvez être tranquille, je n’abandonnerai jamais une partie essentielle de votre enseignement, pour cela je suis bien trop engagé.

Je suis à présent tout à fait décidé à venir à Vienne aux pro­chaines vacances de printemps (April), pour jouir enfin du bonheur longtemps souhaité d’un entretien personnel avec vous. J’ai beaucoup de choses à abréagir.

En ce qui concerne la question des « toxines », il est vrai que vous avez à nouveau touché un point faible. A l’origine je voulais omettre entièrement la matière dans ma « psycholo­gie ». Mais comme, vu la lenteur d’esprit du public, je redoutais des malentendus, j’ai fait du moins allusion à la « toxine ». Je connaissais votre opinion, à savoir que là aussi la sexualité devait avoir son mot à dire. L’idée m’est d’ailleurs tout à fait sympathique qu’il y a peut-être une sécrétion « interne » qui cause les troubles, et que ce sont peut-être les glandes sexuelles qui sont productrices des toxines. Mais je ne connais aucune preuve de cela. C’est pourquoi j’ai omis cette supposition. Il me semble d’ailleurs pour l’instant que cette dernière hypo­thèse serait plutôt à considérer pour l’épilepsie, où le complexe sexuel-religieux est largement au premier plan.

En ce qui touche votre conception de la « paranoïa », je ne peux y voir qu’une différence de nomenclature. Dans la « dementia » praecox, il faut bien se garder de penser d’emblée à un abrutissement (cela peut også venir!), mais il faut penser à un délire de complexes [Komplexdelir] avec des fixations. La paranoïa est construite exactement comme une dementia praecox, sauf que la fixation se borne à un petit nombre d’asso­ciations, et que la clarté des notions est en général, avec quel­ques exceptions, conservée. Il y a cependant partout des transitions fluctuantes vers ce qu’on dénomme d. PR. (1). D. PR. est une appellation tout à fait malheureuse! Fra din (2) point de vue vous pourriez aussi désigner mon cas de d. PR. comme une paranoïa, comme on l’a effectivement fait auparavant.

Le cas sur lequel vous avez eu la bonté de m’écrire m’a extra- ordinairement intéressé, en tant que cas parallèle au mien. Beaucoup de déments précoces ont le sentiment de l’état d’ « abrutissement ». Le délire de grandeur et l’affectation sont des choses synonymes (la dernière est un ingrédient généralement féminin). Les deux indiquent une composante de la psyché qui n’est pas parvenue à se développer réellement dans la vie menée jusque-là, soit dans le domaine érotique, soit dans le domaine social, peut-être aussi dans les deux. La froideur sexuelle dans le mariage semble vouloir indiquer que malgré le mariage d’amour quelque chose ne convenait pas chez cet homme, que celui-là n’était pas tout à fait le bon. C’est du moins ce que nous constatons en règle géné­rale chez ceux de nos cas dont l’anamnèse comporte l’anesthésie sexuelle. Le manque d’amour pour les enfants dit la même chose. En règle générale les femmes aiment le mari dans les enfants : si le mari ne convient pas, les enfants ne conviennent pas non plus. Très souvent, les femmes hallu- cinent alors que les enfants sont tués. Assez souvent, seules les filles sont tuées, il s’agit alors d’insatisfaction sexuelle chez la mère, que le mari soit trop vieux ou qu’il ne convienne pas de quelque autre façon. « Tuer » signifie, dans la d. PR. også, simplement nier ou refouler. Dans l’accès de la d. PR., tous les complexes non résolus sont abréagis, d’une façon tout à fait conforme au schéma de l’hystérie. Sauf que tout se passe beaucoup plus tumultueusement et dangereusement, et que cela laisse certains troubles irréparables dans les facul­tés mentales et des difficultés particulièrement accrues à supporter et à abréagir les affects. Plus tard se déclare un blocage plus fort et plus général des sentiments, avec un abrutissement caractéristique de l’intelligence. Le trouble affectif est cependant toujours largement au premier plan et rend le diagnostic certain, en opposition à tous les autres abrutissements intellectuels.

J’ai lu dernièrement avec satisfaction la façon dont Löwenfeld vient de se mettre décidément de votre côté, en ce qui concerne la névrose d’angoisse au moins. Cette voix-là a en Allemagne plus d’audience que la mienne. Peut-être votre triomphe commencera-t-il plus tôt que nous ne pensons.

Je vous dois encore un éclaircissement sur le terme « hystérie d’accoutumance (3) », C’est encore un expédient. J’ai été frappé de ce qu’il y a des hystériques qui vivent dans une lutte cons­tante avec leurs complexes, lesquels manifestent de violentes agitations, des variations d’humeur et une très vive alter­nance de symptômes. D’après ma maigre expérience, ce sont là les cas où le pronostic est bon. Ils ont en eux une composante qui s’oppose à l’asservissement par le complexe pathogène. Il y a cependant encore d’autres hystériques, qui vivent en paix avec leurs symptômes, qui se sont non seulement accoutumés au symptôme, mais qui exploitent ce dernier à des fins variées d’actes symptomatiques et de chicanes, et qui s’inscrustent en parasites dans la pitié de leur entourage. Ceux-là sont les cas à mauvais pronostic, qui se défendent aussi avec le plus grand acharnement contre l’analyse. Ce sont ces derniers que j’appelle « hystériques d’accoutumance ». Peut-être comprenez-vous, d’après cette description incomplète, ce que j’entends. Ce n’est bien sûr qu’une classification tout à fait grossière et superficielle, mais qui jusqu’à présent m’a dit quelque chose. Peut-être pouvez-vous là aussi m’ouvrir les yeux. Une infinité des hystériques incultes (notamment aussi les parasites d’hôpi­taux) sont à classer ici.

Recevez mes vœux les plus cordiaux pour la nouvelle année et mon plus chaleureux merci! Du er veldig hengiven

Jung.


1. Les psychiatres suisses préféraient alors le terme de « dementia praecox », introduit par Kraepelin; il est aujourd’hui largement remplacé par celui de « schizophrénie », dû à Bleuler.

2. Dans l’original : ihrem (leur) au lieu de Ihrem (din).

3. Se 6 J.

01-01-1907 Jung Freud

11 F

1. jeg. 1907.

Kollegaen min ære,

Vennligst forlat raskt denne feilen at skrivingen din om demens praecox ikke gledet meg ekstremt. Det enkle faktum at jeg har kommet med kritikk kan bevise det for deg. Bil, hvis det var annerledes, Jeg ville funnet nok diplomati til å skjule det for deg. Det ville faktisk være veldig uklokt å fornærme deg, DU, den sterkeste hjelpen som noen gang har assosiert med meg. Jeg ser faktisk i essayet ditt om d. PR. det viktigste og rikeste bidraget til arbeidet mitt som har nådd meg, og jeg ser ikke blant elevene mine i Wien, som har over deg den sannsynligvis utvetydige fordelen av personlig kontakt med meg, faktisk bare en som kan sette seg selv på samme rangering som deg for forståelse, og ingen som er i stand til å gjøre så mye for saken som deg, og klar til å gjøre det. Jeg avbrøt et brev som burde vært mer detaljert, delvis av tilfeldige årsaker, delvis på grunn av min antagelse, bekreftet av deg, av identiteten til drømmeren fikk meg til å stoppe. Jeg trodde bare at du fortsatt ville ha vært i stand til å plukke opp tolkningen trestammen = penis uten å forråde deg selv, og den’ "veksling1 »

karriere (cheval . Jeg lærer nå at du har

( livets gang

utelatt den første omtalen av hensyn til diplomatisk forsiktighet. Det eneste som er feil, det vil si i stand til å vekke en unøyaktig representasjon, syntes for meg å være betegnelsen på ønsket gitt i drømmen, som ikke kan, som du vet, vises når analysen er fullført, men som av prinsipielle grunner må sies annerledes enn du skriver det. Si vous me permettez d’essayer de vous influencer, j’aimerais vous enjoin­dre de ne pas accorder à la résistance, que vous rencontrez aussi bien que moi, une importance particulière et un tel effet sur vos publications. Les grands messieurs de la psychiatrie ont bien peu d’importance; l’avenir nous appartient ainsi qu’à nos conceptions, et la jeunesse prend — sans doute partout — vivement parti pour nous. Je m’en aperçois à Vienne, où les collègues, som du vet, observent systématiquement sur mon compte un silence de mort et où de temps en temps un apprenti quelconque m’anéantit; et où j’ai néanmoins 40 audi­teurs recueillis provenant de toutes les facultés (2). Depuis que Bleuler et vous, og til en viss grad også Löwenfeld (3), åpnet et visst publikum for meg i litteraturen, bevegelsen til fordel for vår nyhet kan ikke lenger stoppes, til tross for all motvilje fra myndighetene, skjebnebestemt til å gå til grunne. Jeg finner det derfor svært hensiktsmessig at vi deler funksjonene i henhold til vår karakter og vår personlige situasjon, at du prøver å megle med sjefen din, mens jeg fortsetter å spille den sta og den som alltid har rett, og å anta fra mine samtidige at de svelger det ubehagelige stykket ufortynnet. Men vær så snill, ikke gi opp noe vesentlig av pedagogisk omtanke og vennlighet, og ikke gå for langt fra meg, når du i virkeligheten er så nær meg, eller vi vil fortsatt se at vi vil bli satt opp mot hverandre. Jeg tror faktisk til tross for alt i det skjulte, under de spesielle omstendighetene i saken, at den største * oppriktighet er det beste diplomati. Jeg er tilbøyelig til å ikke behandle kolleger som er i motstanden annerledes enn pasienter som befinner seg i samme situasjon..

Ut av 1′ «utydelighet» som må redde en hel del av drømmeverket, det ville være mye å si, for mye å skrive. Kanskje vil veien din likevel ta deg til Wien raskere enn til Amerika (4) (det er nærmere). Jeg vil sette stor pris på muligheten til å bruke noen timer på å diskutere disse sakene med deg..

Av mange ting i boken din har jeg ikke skrevet noe, fordi jeg er helt enig med dem; det er å si : Jeg kan ikke gjøre annet enn å akseptere disse lysene uten innvendinger. (Om min sak (5), Jeg synes likevel at den fortjener navnet ekte paranoia.) Men jeg hadde mye nytt å lære. Problemet med å "velge nevrose", som du med rette sier ikke i det hele tatt er avklart av mine oppdagelser, holdt meg opptatt hele denne tiden. Jeg tok helt feil i mitt første forsøk på forklaring., derfor holder jeg tilbake. jeg er, Det er sant, på en bestemt vei, men ennå ikke ved målet. Om din tilbøyelighet til å ty til giftstoffer her allerede (6), Jeg vil gjerne observere at du hopper over en komponent som jeg selvfølgelig tillegger mye større verdi enn du gjør for øyeblikket; Du vet, de + + + (7)seksualitet. Du avviser det med spørsmålet : Selv kom jeg ikke til slutten med henne; hva er det som er overraskende at vi heller ikke vet noe om det?? Ingen har slått meg ustraffet (8) ringer i ørene mine, fra gymnastiden.

De gamle visste hva den ubønnhørlige guden Eros vanligvis er.

Nå mine hjertelige hilsener for det nye året. La oss fortsette å jobbe sammen og ikke la noen misforståelser oppstå mellom oss..

Du er veldig hengiven

Dr Freud.

Den lille observasjonen var allerede klar for deg før brevet ditt.


1. CF. Jung, «Nye syn på kriminell psykologi», Journal of Applied Psychology, fly. IV, nei. 4, juli-august 1908; [verket oversatt til tysk vil vises i GW, 2, hvor ligger, au § 1135, en forklaring på Freuds bruk av begrepet d’ "veksling" (Endre).] (Freud bruker imidlertid ikke dette begrepet i disse skriftene., dette brevet er den eneste forekomsten). Om "karrieren", osv., se Prematur demens, GW, 3, § 13o.

2. Freud foreleste hver torsdag og lørdag ved universitetet i Wien, CF. Jones, jeg, p. 375.

3. Leopold Löwenfeld {1857-1923), psykiater i München, hadde publisert i 1901 Freuds forfatterskap Om drømmen (På drømmen) i samlingen Borderline spørsmål om nervene- og mentalt liv, som han var med H. Kurella redaktøren. Han inkluderte videre bidrag fra Freud i to av sine egne bøker : "Den freudianske psykoanalytiske metoden" [Freuds psykoanalytiske metode] (ed. franc. i Om psykoanalytisk teknikk, p. 1 sq.) i De psykologiske tvangshandlingene [Obsessive psykiske fenomener], Wiesbaden, 1904, et « Mine syn på seksualitetens rolle i etiologien til nevroser » [Mine meninger om seksualitetens rolle i etiologien til nevroser] GW, V, i den 4e utgave av Sexliv og nervøse lidelser [Sexliv og nervøse tilstander], Wiesbaden, 1906.

4. Drømmerens ønske (derfor fra Jung) å besøke amerikanske teaterstykker, en rolle i analysen av drømmen nevnt ovenfor. CF. GW, 3, § 124.

5. Freud, «Ytterligere bemerkninger om defensive nevropsykoser» ["Andre observasjoner om forsvarsnevropsykoser"], 1896, avsnitt III : "analyse av et tilfelle av kronisk paranoia", GW, jeg, p. 392 s., Jung kommenterer saken i Prematur demens, GW, 3, § 62 sq.

6. Se ibid., § 75, samt 85 J, n. 4.

7. Minner om de tre korsene tegnet med kritt innenfor dørene til bondehus, å avverge det onde.

8. «Ingen provoserer meg ustraffet. » Det ser ut til at dette ikke er et eldgammelt motto, men mottoet til den skotske tistelorden, eller orden av Saint Andrew. CF. Ch. N. Elvin, En håndbok med mottoer, 1860, opptrykk Londres, 1963.

* På tysk : størst; lesning vedtatt av utgaven princeps ; den tyske utgaven gir råeste : den hardeste oppriktighet. (N.d.T.)