Månedsarkiv: Mai 1914

13-05-1914 Ferenczi à Freud

473 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller 8c C°, Wien, I. Bauernmarkt N° 3 Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, den 13 mer 1914

Cher Monsieur le Professeur,

Depuis Brioni je me sens physiquement bien, ce qui, chez moi, ne va pas de pair avec la productivité (trodde). Partant du problème de l’énurésie, quelques idées me sont venues sur « l’amphimixie des pulsions par­tielles» lors de l’installation du primat de la zone génitale (1). J’ai pris la résolution de ne pas fragmenter la chose, cette fois, en des récits oraux ou épistolaires, mais de l’écrire et de vous l’adresser comme des associations libres sur ce thème, sans me soucier de me rendre éventuellement ridicule.

L’issue unanime de l’élection présidentielle m’a surpris. Y a-t-il quelque perfidie cachée là-derrière (2)?

Du Dr. Ophuijsen, j’ai reçu la carte ci-jointe (3), à laquelle j’ai répondu dans un esprit d’apaisement, mais non sans faire remarquer que, d’après les numéros de la Zeitschrift déjà parus, il pouvait se rendre compte que nous ne craignons pas (lorsque la chose l’exige) d’aller de l’avant sans ménagement ; qu’il peut donc nous accorder sa confiance quand nous l’as­surons qu’il n’y avait, cette fois, aucun motif de le faire.

La pratique marche bien.

Cordiales salutations de votre Ferenczi

(1) Par amphimixie, Ferenczi entendait la « fusion de deux ou plusieurs érotismes en une seule unité supérieure », par exemple, « la fusion des érotismes, anal et urétral, dans un érotisme génital ». « Thalassa, essai sur la théorie de la génitalité » (1924, 268), psykoanalyse, III, p. 258. Dans ce travail, Ferenczi développe des idées qui le préoccupent depuis 1910 déjà (se 155 Fer).

(2) La surprise de Ferenczi concerne les deux présidents qui ne faisaient pas partie du Comité : Maeder à Zurich et Seif à Munich. Maeder avait donné son accord pour qu’Abraham devienne président intérimaire « en termes très obligeants », Seif « d’une manière laconique », comme l’écrivit Freud à Abraham, den 7 V 1914 (Correspondance Freud Abraham, p. 148)

(3) Non retrouvée.


12-05-1914 Freud à Ferenczi

472 F

Prof. Dr. Freud

den 12 mer 1914 Vienna, IX. Berggasse 19

Cher Ami,

Je ne vous ai pas écrit ces derniers jours, car je n’aurais pas su quoi vous dire. Vous vous souvenez de mon malaise à Brioni. Peu après, une laryngite s’est déclarée, qui est montée jusqu’au nez ; elle est maintenant presque guérie. Le 6 au soir, favorisée peut-être par un excès de festivités, une crise intestinale aiguë s’est déclarée, qui a décidé le Dr. Zweig 1 à me rectoscopier, puis à me féliciter! Il a avoué que je n’avais pas encore la néoformation qu’il supposait, mais seulement une inflammation suraiguë du Romanum 2. Me voilà ainsi rendu à la vie et je peux à nouveau vous écrire. Je suis d’ailleurs subjectivement mieux maintenant qu’avant ces maladies.

Entre-temps, l’affaire de la présidence a été, comme vous le savez, net­tement tranchée. Abraham va bientôt s’atteler à la tâche, pour nous livrer le numéro du Korrespondenzblatt. J’ai eu, også, une correspondance avec lui à propos de la date du congrès, qui me serait très incommode début septembre. Lui-même est d’avis de le reporter au 20-21 septembre; nous nous réunirons un jour avant, en congrès privé. Je pourrai alors faire mon exposé à Leyde 3 vers le 23, et partir ensuite pour Hambourg. Nos projets d’été sont tout à fait suspendus par ma maladie et l’incertitude de savoir si Zweig recommandera une cure.

Mes meilleurs vœux de bonheur à l’occasion de votre déménagement. Le tournoi projeté me séduit beaucoup; je vais assurément encourager R.[ank] et S.[achs] à s’y rendre.

Depuis Brioni je n’ai pas travaillé du tout. Hier j’ai commencé la correction de mon « Histoire du mouvement ». Quand vous viendrez ici la pro­chaine fois, vous pourrez admirer une galerie ψα comme à Worcester 4. Stanley Hall, d’après un travail reçu aujourd’hui, est passé à Adler.

Jeg hilser deg hjertelig, vous et Madame G.

Votre Freud encore en vie

  1. Walter Zweig (1872-?). Maître de conférences à Vienne, spécialiste des maladies gastro­intestinales. Freud l’appelait plaisamment son « Leibarzt », littéralement : médecin du corps, mais signifiant aussi : mon médecin préféré. Freud â Abraham du 13 V 1914, Correspondance Freud-Abraham, p. 181.
  2. Terme ancien pour une partie du côlon.
  3. Jelgersma avait invité Freud à donner des cours à l’université de Leyde, à l’automne.
  4. Peut-être une allusion aux photographies prises au séminaire psychologique tenu à Wor­cester. Freud à Abraham du 9 III 1914, Correspondance Freud-Abraham, p. 170.

10-05-1914 Abraham Freud

* Berlin W, Rankenstraße 24

10.5.14.

Kjære Professor,

C’est pour moi une grande joie et une grande satisfaction que vous-même, kjære lærer, et nos amis les plus proches ayez pensé à moi pour la présidence; je vous remercie cordia­lement tous de votre confiance. De fait, je m’étais déclaré prêt à l’assurer provisoirement. Mais vous semblez me vouloir comme président permanent. J’y ai réfléchi longtemps. Je ne refais pas ma première proposition (Jones), parce que je me rends compte que Londres est trop excentrique et que la direc­tion du Korrespondenzblatt depuis là-bas serait rendue très difficile. A vrai dire, l’objection la plus importante contre ma présidence tient à vous-même. Quand un groupe dissident abuse du nom de la psychanalyse, vous-même devriez être à la tête du mouvement légitime, afin que chacun sache par là quelle est la psychanalyse freudienne. Quand nous en avons parlé cet hiver, vous étiez de cet avis. D’un autre côté — et, ces derniers jours, j’ai discuté de cela avec Sachs — il ne fau­drait pas que de nouvelles tâches pèsent sur vous. Or j’ai trouvé une solution et j’espère que vous la trouverez praticable. Je me chargerais des tâches propres à la présidence, moi ou celui qui sera définitivement choisi; ma proposition permettrait cependant que vous soyez officiellement à la tête et que vous dirigiez la partie scientifique des congrès. Je pense que l’on devrait, comme cela se fait d’ailleurs dans d’autres associations scientifiques, vous donner la présidence d’honneur perma­nente. En ce qui me concerne personnellement, je ne m’étendrai pas sur le sentiment de mes insuffisances, car je me sens capable de faire mieux que mon prédécesseur. Mais je me rappelle les premiers congrès : leur atmosphère excellente et beaucoup d’autres choses encore, ils les devaient à votre direction. Même avec la meilleure volonté du monde, personne d’autre parmi nous ne peut redonner au congrès ce caractère qu’il a perdu à Munich. Les comptes rendus courants et la présidence des sessions courantes incomberaient au président en titre, de même que toutes les affaires courantes durant l’année. L’exer­cice de votre fonction se limiterait aux deux jours de congrès, et vous pourriez même vous faire remplacer au cas où cette charge vous serait trop lourde; mais cela pourra difficilement arriver. Sachs a tout de suite trouvé cette proposition très satisfaisante. Je serais très heureux que vous y acquiesciez vous aussi.

Ayant depuis longtemps déjà les épreuves de l’article de Federn, je pensais que l’impression du Jahrbuch se déroulait bien. J’espère qu’aucun retard n’interviendra.

Reik nous a fait un très joli exposé sur les couches mascu­lines (1); il veut développer ce travail et le donner au Jahrbuch sous le titre : « Rites du Père ». Stärke m’a fait parvenir son gros manuscrit de 18 placards, qui auparavant était chez Jung. Je l’examine attentivement, mais nous pourrons difficilement le prendre, même pas partiellement, comme Stärke le propose maintenant.

Je pense que, d’ici notre rencontre de cet été, tout sera réglé en Suisse. La parution de votre « Histoire » dans le Jahrbuch poussera Jung (et les siens avec lui) à se retirer. Le congrès, alors, sera pour nous un plaisir.

Je prépare pour Imago un travail sur les salutations (2). Au congrès — s’il se passe comme nous l’entendons — j’aime­rais parler de la thérapie psychanalytique pour les maladies mentales.

Cordiales salutations à vous et aux vôtres, de la part de ma femme également.

Din Karl Abraham.


(1) CF. Theoder Reik : « Die Couvade und die Psychogenese der Vergeltungsfurcht » [La couvade et la psychogenèse de la peur de la rétorsion], Imago, III, 1914.

(2) Apparemment jamais publié.

07-05-1914 Freud à Eitingon

52 F

[En-tête Vienne], den 7 mer 1914

Cher Docteur

Je trouve émouvant que vous vous rappeliez cette date qui commence à éveiller en moi de sombres pensées. Je ne voudrais pas m’avouer que je n’ai plus la même force de travail qu’autrefois et pourtant je ne pourrai vraisem­blablement pas le dissimuler encore longtemps. Ars longa, vita brevis (1). La garde réduite mais déterminée d’amis et de partisans qui poursuivra mon œuvre reste ma consolation.

Acceptez mes remerciements du fond du cœur et recommandez-moi à votre chère femme.

Votre fidèle Freud


(1) Latin : “L’art est long, la vie est courte” (premier des aphorismes d’Hippocrate).

07-05-1914 Freud til Abraham

* Vienna, IX, Berggasse 19

7-5-14.

Cher ami,

Vous voilà maintenant notre président. Nous avons l’Asso­ciation en main et nous ne la laisserons pas échapper de sitôt.

Maeder a donné son accord en termes très obligeants, Seif1 d’une manière laconique. Le compte rendu officiel des résultats du vote sera envoyé par Rank, demain probablement.

Je vous propose maintenant de préparer un Korrespondenzblatt (2) qui pourra se placer dans le numéro 4 de la Zeitschrift. (Le 3 est pratiquement terminé.) Je vous demande, dans le préambule de votre proclamation, de ne pas omettre de dire que la Centrale précédente a cessé son activité depuis Munich et n’a même pas fourni un seul compte rendu de congrès.

Je continue à n’être pas bien et sans envie de travailler; j’attends les épreuves du Jahrbuch, qui ne veulent pas venir, en dépit de tous les rappels. Je préciserai beaucoup de choses, j’atténuerai aussi certaines.

Je n’ai encore aucune idée de ce que nous ferons cet été.

Heller se morfond sur la mauvaise situation des abonnements à nos deux revues. La grève des typographes a sûrement fait beaucoup de tort; mais il faut tenir bon.

J’espère que vos petits sont maintenant tout à fait reposés, et que vous-même et votre femme l’êtes autant qu’il sied à votre jeunesse et votre bonne entente. J’ai eu 58 ans hier. Salutations cordiales.

Votre Freud.

1. Dr L. Seif, psychanalyste à Munich.


2. Bulletin donnant des nouvelles des différentes sociétés composant l’Association psychanalytique internationale.

06-05-1914 Ferenczi à Freud

Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & , Wien, I. Bauernmarkt N° 3 Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, den 6 mer 1914

Cher Monsieur le Professeur,

La semaine écoulée a été pour moi comme un état de guerre. J’ai démé­nagé du 1er au 2e étage (l’adresse reste donc inchangée : Elisabethring 54); en même temps, j’ai renouvelé mon installation. Je devais mener à bien toutes ces transformations — qui ne sont d’ailleurs pas encore tout à fait terminéessans gêner le travail analytique, ce que je n’ai réussi qu’à grand- peine. Les livres sont encore pêle-mêle — et pourtant, c’est justement maintenant que j’ai dû écrire le compte rendu pour le Jahrbuch; je l’ai fait de mémoire et j’ai dû rechercher les références après coup. Mais Hitschmann semble satisfait du travail.

La démission de Jung m’a touché très agréablement. Vous ne me deman­dez pas, je crois, d’assentiment « officiel » à vos propositions, avec lesquelles je suis complètement d’accord.

Le Dr. Jaszi (Maître de Conférences à la Faculté de Droit et Chef de la Jeunesse Radicale [1]) n’a eu de cesse que je consente au projet d’une enquête détaillée sur la psychanalyse. Nous nous sommes mis d’accord pour faire deux conférences, cet automne, à la Société de Sociopolitique ; je dois parler de l’état actuel de la psychanalyse, Rank et Sachs (en allemand), des appli­cations de la psychanalyse aux sciences de l’esprit2. [A Cela dit, j’ai fait l’addition sans l’aubergiste et je ne sais pas si R.[ank] et S.[achs] sont disposés à venir à Budapest.] Jaszy veut inviter une série de personnalités (y compris des opposants) à participer à la discussion et me confier la tâche de leur répondre. Je pense qu’à nous trois, il sera facile de mettre hors de combat les opposants (qui, certainement, ne sont même pas au courant des rudi­ments de la ψα).

J’attends avec intérêt vos informations sur la réponse des « directeurs».

Cordiales salutations de

votre Ferenczi

A. Entre crochets dans l’original.

1. Oszkar Jaszi (1875-1957), personnalité importante du mouvement radical hongrois, i 1914, président du parti radical. Il fut secrétaire de la Société des sciences sociales, directeur de l’École libre des sciences sociales et rédacteur en chef de Huszadik Szazad (XXe siècle). På 1918, devint membre du Conseil d’État et ministre sans portefeuille dans le gouvernement Karolyi. På 1919, professeur de sociologie à l’université de Budapest. Pendant la République des Conseils, sous Béla Kun, il émigra à Vienne, puis, i 1925, s’installa aux États-Unis, où il enseigna au College Oberlin (Ohio).

2. Rank et Sachs étaient non seulement rédacteurs en chef de la revue Imago, mais avaient également publié en commun un ouvrage sur ce sujet : Die Bedeutung der Psychoanalyse für die Geisteswissenschaften (L’importance de la psychanalyse pour les sciences de l’esprit), Wiesbaden, 1913.

05-05-1914 Eitingon à Freud

51 E

berlin 5/V [1914?]al

meilleurs vœux pour anniversaire demain année de santé et bonheur pleine de frais rameaux sur arbre fleuri de votre œuvre avec salutations cha­leureuses de moi et mon épouse votre = eitingon

a. Télégramme (Formulaire I/1910).

1. Le classement du télégramme dans cette année est incertain.