23-06-1914 Ferenczi til Freud

481 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR

ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE

Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud

Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/

Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8

Utgiver Hugo Heller & C°, Wien, jeg. Bondens marked nr 3

Abonnementspris : hele året (6 Hefte, 36-40 Boken) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, den 23 Juni 1914

Cher Monsieur le Professeur,

Jones m’a envoyé récemment quelques tirés-à-part, m’invitant à en faire un compte rendu pour la Zeitschrift; entre autres, l’article ci-joint sur l’« Interrelation of Biogenetic Psychoses (1) ». Je regrette de ne pas trouver dans ce travail l’esprit psychanalytique authentique et, mis à part quelques remarques pertinentes, il me paraît confus et déconcertant. Quel est votre avis sur cet écrit et comment dois-je faire face à mon devoir de rapporteur dans ce cas?

Cordiales salutations de

Ferenczi


(1) «The Inter-Relation of the Biogenetic Psychoses», American Journal of Insanity, 1914, 19, réimp. in Papers on Psycho-Analysis, Londres, 1920, pp. 466-473.

22-06-1914 Binswanger til Freud

98 B

Constance, den 22 Juni 1914

Kjære Professor !

Merci beaucoup pour votre lettre du 19 Juni. Je vous demande seulement de me dire à peu près quand doit paraître le prochain volume du Jahrbuch. Je suis très excité par le texte annoncé.

Depuis le 18, j’ai repris du service, ce qui me pèse encore un peu. Je ne suis ni mal luné, ni réellement inquiet, il ne s’agissait que d’une intoxication par la nicotine (1) avec des manifestations cérébrales et cardiaques. Je souffre encore un peu de vertiges et d’une légère tendance à l’épuisement, mais je me sens malgré tout mieux en travaillant qu’en ne faisant rien.

Med min hjertelig hilsen, je reste, kjære lærer, fidèlement

din [L. Binswanger]

1. Dans le Journal de Binswanger (II, pp. 5-8), on trouve à la date du 12 Juni [1917] le récit dramatique d’une nouvelle intoxication à la nicotine : « Premier empoisonnement à la nicotine depuis trois ans. Caractère de crise vasculaire encore plus accentué qu’à cette époque. »

22-06-1914 Freud til Ferenczi

480 F

Prof. Dr. Freud

den 22 Juni 1914 Vienna, IX. Berggasse 19

Kjære venn,

Nous vivons dans l’attente de la « bombe » qui doit être expédiée dès son arrivée. Pour le moment, rien qui puisse m’intéresser plus vivement.

Vos contributions ou esquisses, je les attends également avec impatience. Il me semble que la Zeitschrift a besoin maintenant de quelques réalisations vigoureuses. En ce qui concerne l’ambivalence, on devrait surtout penser au travail de Bleuler (1). Abraham, en principe, a raison dans sa remarque sur les travaux énumérés, mais ce n’est vraiment pas le bon moment pour brandir le crayon rouge de la critique, sinon nous n’aurons aucune contri­bution; il faut bien admettre une certaine diversité des points de vue, voire un alliage avec un certain pourcentage de non-sens. – Putnam m’a écrit, à moi aussi, plus gentiment que d’habitude (2). Il se peut que des quatre groupes américains, nous en gardions trois après le schisme (3).

Pour ce qui est de l’été, je vais vous révéler que j’ai un besoin impérieux d’un temps de solitude, car à Seis je dois faire le travail destiné à Kraus (4), qui ne peut être mûri qu’au cours de promenades tranquilles. Etter, tout dépendra du moment où j’en aurai fini avec ce travail, quatre semaines, peut-être, donc le 4 ou le 5 september. Abraham ne viendra qu’avant le congrès. Ce serait très bien alors, si nous pouvions passer ensemble la période à partir du 18 septembre jusqu’au moment d’aller en Hollande ou à Hambourg. La période du 4 au 18 septembre n’est pas encore prise, peut-être resterons-nous à Seis; je vous informerai de chaque phase.

Vous devriez vraiment participer au congrès occultiste (5). Mais d’après la date, ce n’est pas compatible avec notre congrès (16-24 Oktober!).

A Madame G., mon plus cordial salut.

ellers, je travaille de nouveau comme une vraie bête, av 8 h du matin à 9 h ½ du soir!

Votre Freud

1. « L’excellente expression » (Freud, 1912-1913, Totem og tabu, 1947, p. 47) d’ambivalence avait été introduite en 1910 par Bleuler lors d’une conférence intitulée «Über Ambivalenz» (De l’ambivalence), compte rendu dans Zentralblatt 1910-1911, 1, pp. 266-268, et dans Dementia praecox oder Gruppe der Schizophrenien (Démence précoce ou groupe des schizophrénies), Leipzig et Vienne, 1911.

2. Dans sa lettre du 2 Juni, Putnam avait loué l’étude de Freud sur Moïse (Freud, 1914A), ("Moses av Michelangelo", Essais de psychanalyse appliquée, pp. 9-40) et partagé l’avis de Freud sur Adler : «Je crois que vous voyez juste; je crois aussi que mes propres complexes me poussent à de trop anxieuses tentatives pourrendre justice “, qui ne sont, en réalité, que des tentatives de conciliation » (Hale, Putnam, p. 204).

3. La New York Psychoanalytical Society fondée par Brill, l’American Psychoanalytical Association initiée par Jones, la Washington-Baltimore Psychoanalytic Society fondée par William Alanson White (1870-1937) et la Boston Psychoanalytic Society fondée en 1914, avec Putnam comme président et Isidor Coriat (1875-1943) comme secrétaire. Freud pouvait craindre la défection des groupes autour de White et de Smith Ely Jelliffe (1866-1945) qui avaient accepté la notion de libido désexualisée selon Jung.

4. Le projet de « Psychoanalytische Darstellung der Neurosen » (Présentation psychanaly­tique des névroses) (se 432 F et note 2).

5. Un projet abandonné du fait de la guerre.

19-06-1914 Freud à Binswanger

97 F

Prof, Dr. Freud

Vienna, IX. Berggasse 19 den 19 Juni 1914

Cher Docteur !

Je ne suis pas du tout aussi « indigné » que vous le pensez. J’ai trouvé la même explication que celle que vous proposez. Je pense seulement que des psychiatres liront aussi la revue, et je ne me passe pas volontiers de vos contributions. Peut- être vous ai-je fait cette impression malveillante du fait de

mon inquiétude, car je n’ai pas tiré plus d’information de la seconde lettre que de la première, pour en déduire si vous êtes simplement « mal luné » ou si vous avez un motif réel d’inquiétude.

Le VIe tome du Jahrbuch est maintenant terminé et doit paraître dans trois semaines environ. Votre offre appré­ciable arrive donc trop tard, mais dans le prochain Jahrbuch (1) nous vous garderons toute la place nécessaire et ne voulons plus nous passer de vous.

Bientôt vous recevrez quelque chose d’imprimé (2) de ma part et j’attends avec impatience votre réaction. En vous priant de donner de vos nouvelles Cordialement

votre Freud


1. N’a pas paru.

2. Freud (1914d) ; CF. 99 B.

19-06-1914 Ferenczi til Freud

479 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud redaktør: Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Utgiver Hugo Heller & C°, Wien, jeg. Bondens marked nr 3 Abonnementspris : hele året (6 Hefte, 36-40 Boken) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, den 19 Juni 1914

Cher Monsieur le Professeur,

En ce qui concerne le vœu — très justifié — d’inclure dans le compte rendu l’importante relation entre lambivalence des sauvages et celle des névrosés (1), j’ai déjà fait le nécessaire. Dans la question de la lettre prési­dentielle 2, je me suis associé aux vues de Rank et de Sachs. — Je me charge, naturellement, de la tâche de présenter un rapport au congrès sur le thème de l’« A.[ssociation] P.[sychanalytique] I.[nternationale] », mais j’es­père qu’on n’en viendra pas là; j’ai écrit à Abraham dans ce sens. – Une lettre qu’Abraham m’a adressée, nous fait remarquer (à la Zeitschrift) que les travaux de Morton Prince, Häberlin et Blüher 3 n’auraient pas dû paraître sans mise au point de la rédaction. Je crois, moi aussi, que nous ne devrions pas économiser le crayon rouge rédactionnel. Sinon, il nous arrivera encore que l’on cite comme « psychanalyste » contre l’analyse, un collaborateur tel que Beaurain (auquel j’ai pourtant apporté la contra­diction) 4. (Voir le petit bouquin sur le rêve dans la collection Löwenfeld 5).

-Je viens de parcourir le cahier de Jelgersma 6; pour la plus grande part, c’est assez bon et sensé; il aurait pu se passer de son élégante réserve. — J’ai écrit récemment un petit travail sur les névroses du retour d’âge 7, avec des points d’articulation à l’onanisme, la « neurasthénie » et — la mélan­colie! Je vais vous l’envoyer; veuillez le lire avec indulgence, c’est-à-dire : ne le rejetez pas tout de suite, s’il ne vous semble pas juste. Quoi qu’il en soit, écrivez-moi votre opinion à ce sujet. C’est ma première réaction à votre Narcissisme. — Ci-joint une aimable lettre de Putnam. Je vais lui répondre tout aussi amicalement8. — Abraham m’écrit qu’il veut venir à Seis 9. Que pouvez-vous me dire au sujet de ce séjour? Dois-je de nouveau être sur votre dos pendant tout le mois d’août? — ou bien voulez-vous, pour une fois, vous reposer sans moi et sans discussions psychanalytiques?

A part cela, rien à écrire. — Salutations de Madame G., à qui votre séjour ici10 a fait grand plaisir. – Avec Varjas, il faut être prudent.

Cordialement,

votre F[erenczi]

1. L’exposé de Ferenczi sur les « progrès de la théorie psychanalytique des névroses »(1914, 148), psykoanalyse, II, pp. 152-162, pour le Jahrbuch.

2. Se 270 F et note 6, ainsi que 473 Strykejern og note 2.

3. Morton Prince, « Psychopathologie eines Falles von Phobie » (Psychopathologie d’un cas de phobie), Zeitschrift, 1913, 1, pp. 533-546; Paul Häberlin, « Psychoanalyse und Erziehung» (Psychanalyse et éducation), Zeitschrift, 1914, 2, 213-222; Hans Blüher: «Zur Theorie der Inversion » (A propos de la théorie de l’inversion), ibid., pp. 223-243 et « Der sogenannte natürliche Beschäftigungstrieb» (La pulsion d’occupation dite naturelle), ibid., pp. 29 sqq.

4. Se 413 Fer et notes 7 og 8.

5. Article non identifié dans Grenzfragen des Nerven- und Seelenlebens (Problèmes limites de la vie nerveuse et psychique), Löwenfeld et Kurella éd.

6. Se 456 F, note 1.

7. « Pour comprendre les psychonévroses du retour d’âge » (Écrits posthumes, 303), Psy­chanalyse, III, pp. 150-155 de Ferenczi, est daté de 1921 dans les Œuvres complètes de Sandor Ferenczi ; cependant, en comparant le texte avec le résumé figurant dans cette lettre, on peut penser qu’il s’agit de l’article mentionné ici.

8. La lettre de Putnam n’a pas été retrouvée. Dans sa réponse du 19 Juni, Ferenczi écrit, notamment, en faisant allusion à la démission de Jung : « Non seulement il m’est agréable personnellement que vous soyez de notre côté dans cette crise intérieure tout à fait inutile et déplaisante de l’Association Internationale, mais c’est aussi extrêmement important pour la cause de la psychanalyse aux États-Unis. Le processus de la scission ne doit pas être entravé artificiellement; en science on doit éviter les compromis. » Hale, Putnam, p. 351.

9. A l’origine, Freud avait invité Abraham à « passer tout l’été ensemble » (lettre du 18 VII 1914, Correspondance Freud-Abraham, p. 188). Pour l’été, «Freud avait projeté d’aller soigner ses intestins à Karlsbad, à partir du 12 juli, de se rendre ensuite à Seis, dans les Dolomites méridionales [à l’époque, le Sud Tyrol autrichien] pour y passer ses vacances proprement dites, avant d’assister au Congrès de Psychanalyse qu’organisait Abraham, et qui devait commencer le 20 septembre à Dresde. Le congrès une fois terminé, Freud, après avoir fait une conférence à l’Université de Leyde le 24 september, attendrait sa fille [Anna] alors en Angleterre et tous deux regagneraient l’Autriche » (Jones, II, p, 183).

10. Au mariage de Loe Kann et Herbert Jones (se 454 F, note 4).

17-06-1914 Jones à Freud

17 Juni 1914

69 Portland Court, Londres

Cher professeur Freud,

Votre lettre était impatiemment attendue et plus encore bienvenue que d’ordi­naire. Vos observations sur le mariage de Loe, osv., ont touché en moi une corde sen­sible. Vous confirmez l’appréciation dont je vous avais fait part à Weimar et qui, à l’époque, vous avait probablement paru exagérée. Qu’en dépit de tout ceci je puisse sincèrement dire que je suis ravi que nous nous soyons séparés et qu’elle en ait épousé un autre est la meilleure illustration de l’intolérable souffrance qu’elle m’a causée, et dont vous ne pouvez deviner qu’une partie relativement modeste. Aujourd’hui, je suis presque entièrement libéré d’elle sur le plan sentimental et mon attitude ne va guère au-delà du souhait fervent qu’elle soit heureuse.

Pour moi également, le plus remarquable de cette chaîne d’événements est la manière dont notre relation a plus que résisté à la tension — c’est même une question psychologiquement intéressante — et je ne puis qu’attribuer ceci, avec une profonde gratitude, [à votre (1)] au sens véritablement anglais de l’équité dont vous avez fait preuve tout du long et à votre bonté envers moi alors même que vous était présenté un tableau déformé de mes lacunes. Tout ceci a forgé un lien permanent dans mes sentiments envers vous.

Vos remarques sur Jung m’ont fait beaucoup de bien, et étaient évidemment nécessaires. Vous avez justement deviné que je me faisais trop de mauvais sang à son sujet, et votre lettre m’a rappelé à plus de sang-froid. La question de ma participation à ses conférences ne me paraît plus importante, et je prendrai ma décision plus tard, en fonction d’autres considérations.

Merci également de la traduction de Alltagsleben (2), qui en impose. Probablement marchera-t-elle bien. Fisher Unwin m’a demandé un livre, si bien que j’ai maintenant ici quatre éditeurs prêts à prendre des ouvrages de ψα.

J’ai été déçu par un point de votre lettre — vous devinerez aisément lequel. J’avais espéré que la conférence de Leyde aurait lieu plus tôt, en septembre, et que vous pourriez passer quelques temps à Londres avant d’aller à Dresde. Mais je vois que c’est impossible et doit donc attendre le plaisir d’une visite l’an prochainalors qu’il nous faut organiser une rencontre régulière d’amis (? Ferenczi et Rank).

La lettre circulaire d’Abraham me paraît excellente, et à mon sens elle devrait donner quelque résultat.

Je suis occupé à corriger les épreuves du Jahrbuch. Les épreuves de votre Narzis- smus sont-elles déjà prêtes (3) ? J’ai hâte de le lire ; Sachs m’en a touché un mot.

Cette année, je ne prendrai pas de vacances, sauf à Dresde etavec votre permis­sion — à Leyde, mais je vais à la campagne tous les dimanche, ce qui me fait grand plaisir. C’est merveilleux d’être de retour en Angleterre !

Bien affectueusement à vous

Jones.

1. Rayé dans l’original.

2. Brill (1914).

3. Freud (1914 c).


14-06-1914 Freud til Abraham

* Vienna, IX, Berggasse 19

14.6.14.

Cher ami,

Après avoir lu presque toutes les épreuves du nouveau Jahrbuch, il me faut vous exprimer mes remerciements pour la peine sans pareille que vous vous êtes donnée dans l’intérêt de notre cause. Ce sera une manifestation imposante de notre petite communauté, pour laquelle, dans les temps qui viennent, les annonces nécrologiques ne vont certainement pas manquer.

La plupart des rapports sont très bons, quelques-uns sont excellents. Je n’ai pas besoin de souligner lesquels. L’homo­généité des points de vue dans tous est particulièrement agréa­ble. Certains peut-être, parmi les très bons, sont trop courts; l’uniformité fait encore défaut dans la dimension des sujets.

Je vous demanderais personnellement de formuler un peu plus prudemment le passage qui a trait à la question que je pose dans l’analyse de Schreber, de savoir si l’on ne devrait pas modifier le concept de libido, cela afin que ses termes ne paraissent pas justifier l’interprétation fausse de Jung. J’ai posé la question seulement d’une manière dialectique, afin de pouvoir, comme l’a bien interprété Ferenczi, lui donner une réponse négative. Toutes mes objections se bornent à cela.

Nous attendons naturellement maintenant les effets de la « bombe », qui n’est pas encore déposée. Deuticke a promis d’accélérer au maximum. Je peux vous dire, en ce qui me concerne, que je me sens à nouveau tout à fait bien. Me sou­mettant aux nécessités de l’heure, je travaille de 8 heures du matin à 9 heures du soir.

Salutations et remerciements cordiaux.

Votre Freud.

12-06-1914 Freud à Binswanger

96 F

Prof. Dr. Freud

Vienna, IX. Berggasse 19 den 12 Juni 1914

Cher Docteur !

Je vous félicite chaleureusement pour votre quatrième rejeton (1) je regrette seulement de ne pouvoir mieux déchiffrer votre lettre afin d’apporter des arguments vala­bles aux inquiétudes (2) qui y transparaissent. Il me semble que vous annulez vous-même votre pronostic.

La nouvelle de votre conférence (3) m’a fait grand plaisir. Mais je n’ai pas compris pourquoi vous l’avez donnée à Alzheimer (4) pour publication plutôt que de soutenir notre revue par votre contribution ?

Ce que nous faisons ici ? Nous préparons le nouveau Jahrbuch en espérant que sa parution permettra un vrai divorce avec les Suisses (6). Je travaillerai cet été, à Seis am

Schlern où nous irons après Karlsbad, à rédiger ma contri­bution pour Kraus. Fin septembre, après le congrès , je ferai une conférence à Leyde .

Jeg hilser deg hjertelig, ainsi que votre famille, qui n’est plus si petite, et j’espère sous peu entendre de vos bonnes nouvelles,

Votre Freud

  1. Wolfgang Binswanger né le 8 Juni 1914,
  2. CF. 65 F note 1.
  3. « Questions de psychologie quotidienne en psychiatrie clinique », conférence prononcée à la 50e réunion des psychiatres suisses à Bellevue le 2 Juni 1914 (1914b).
  4. Alois Alzheimer (1864-1915) ; psykiater ; a découvert la maladie neurolo­gique qui porte son nom ; avec Lewandowsky, fondateur de la Zeitschrift fur die gesamte Neurologie und Psychiatrie, puis, av 1910 Ã 1915, travailla avec d’autres édi­teurs de cette revue. Binswanger avait proposé sa conférence le 9 Juni 1914 et en reçut l’acceptation le 21 Juni 1914 ; CF. BA 443/34.
  5. T. 6 (1914). Il ne contenait aucune contribution d’analystes suisses, mais comportait surtout le texte polémique de Freud, terminé en février 1914 : « Contri­bution à l’histoire du mouvement psychanalytique », pp. 207-260. (1914d) ; CF. også 97 F.
  6. CF. 75 F, note 4.
  7. Le congrès psychanalytique suivant devait avoir lieu à Dresde le 20 sep­tembre ; CF. Jones (1960-62), t. 2, p. 209. Dans le Korrespondenzblatt der Internat. Zschr. ârztl. Psychoanal., t. 2 (1914), p. 483, parut le communiqué suivant : suite aux « événements dans le monde », le congrès « a dû être reporté sine die ».
  8. Invité par Jelgersma, Freud devait faire une conférence à l’Université de Leyde le 24 september. Du fait de la guerre, ce plan fut annulé. Au lieu de cela, il passa douze jours, à partir du 16 september, chez sa fille Sophie à Hambourg. CF. Jones (1960-62), t. 2, p. 209 et suiv.

12-06-1914 Freud à Sabina-Spielrein

Freud à Sabina Spielrein

12 Juni 1914 Vienna, IX, Berggasse 19

kjære frue,

Je vous remercie de me donner l’occasion d’échanger avec vous quelques mots. Je vais rassembler en quelque sorte en un nœud ce que j’ai à vous dire. Je vous de­mande de me faire savoir si vous voulez figurer sur l’en-tête de notre revue23. Si oui, ce sera pour le prochain numéro. Mais réfléchissez bien ! Nous aurons bientôt écarté tous les noms des Zurichois ainsi que leur adresse là-bas. Il s’agit pour vous d’une prise de position des plus nettes si vous faites désormais figurer votre nom sur cet en-tête. Car aujourd’hui encore vous êtes amoureuse de Jung, vous ne pouvez vous fâcher réellement avec lui, vous voyez encore en lui le héros poursuivi par la meute, vous m’écrivez en employant des expressions ti­rées de sa conception de la libido, et vous en voulez à Abraham lorsqu’il lui dit ses quatre vérités ! Vous aurez donc à prendre une décision tranchée ; hésiter ne vous réussira pas plus qu’au brave Pfister qui tout d’un coup se retrouve assis entre deux chaises24. Ne vous imposez aucune contrainte, mais soyez à fond pour ce que vous déciderez.

Bien entendu, je souhaite que vous réussissiez à vous débarrasser comme d’un bric-à-brac de l’idéal infantile du héros et du chevalier germanique qui dissimule toute votre opposition à votre milieu et à votre origine; et j’espère que vous n’attendez pas de cette image trom­peuse l’enfant qu’à l’origine vous vouliez certainement de votre père. Vos essais pédagogiques s’inscrivent cer­tainement dans la bonne direction. Que votre feu inté­rieur réchauffe vos ambitions au lieu de vous consumer. Rien n’est plus puissant qu’une passion maîtrisée et déri­vée. Vous ne pouvez pour l’instant rien entreprendre tant que vous êtes tiraillée des deux côtés.

Vous serez sincèrement la bienvenue si vous restez chez nous, mais il vous faudra alors reconnaître que l’ennemi est en face.

Avec mes souhaits sincères,

Votre Freud

23. Il s’agit du Jahrbuch.

24. CF. S. Freud, C.G. Jung, Korrespondanse, op.cit., t. jeg, p. 269, n. 11 og passim. Dans la correspondance l’reud/Pfister, aucune lettre n’a été conservée pour les années 1914-1918 et la dernière lettre de 1913 est datée du 11 Mars, donc bien avant le Congrès de Munich.

07-06-1914 Ferenczi til Freud

478 Fer

Budapest, den 7 Juni 1914

Cher Monsieur le Professeur

Je pense beaucoup au travail sur le narcissisme et, de ci, de là me viennent à l’esprit des choses qui s’y rattachent. Comme vous n’avez pas encore terminé la correction (à ce que je crois), je voudrais attirer votre attention sur un passage : l’interprétation de certains termes pourrait donner lieu à malentendu, mais changer un seul mot rendrait ce malentendu impossible.

Vous parlez de deux sortes de « fin du monde » [Weltuntergang], celle de la démence et celle de l’état amoureux. Mais le monde ne se perd que dans la démence, alors que, dans l’état amoureux, il s’agit d’une fin du moi [Ichuntergang], qui peut entraîner à sa suite un cataclysme non moindre et avoir psychiquement un effet tout aussi révolutionnant que la régression au narcissisme dans la démence.

Cette fois, je vous épargnerai d’autres surgeons de ce sujet.

Madame G. vous salue cordialement,

votre Ferenczi

Dans l’état amoureux, le monde ne va pas à sa perte, mais l’objet d’amour représente pour l’amoureux le monde entier.

1. «La plus haute phase de développement que peut atteindre la libido d’objet, nous la voyons dans l’état de la passion amoureuse qui nous apparaît comme un dessaisissement de la personne propre, au profit de l’investissement d’objet ; son opposé se trouve dans le fantasme (l’auto-perception) de fin de monde, chez le paranoïaque » (Freud, 1914c), Pour introduire le narcissisme, pp. 83-84.