05-06-1914 Freud til Abraham

* Vienna, IX, Berggasse 19

5.6.14.

Kjære venn,

J’ai lu hier votre travail pour le Jahrbuch et je ne puis me retenir de vous en féliciter. Je pense que c’est la meilleure contribution clinique que l’on ait jamais vue dans les 5 volumes : son assurance, sa correction, sa richesse, son intérêt n’ont pas d’égaux. Vivant sequentes!

Rank vous aura parlé des intérêts politiques immédiats qui nous préoccupent actuellement. Vous pensez que les Suisses et leur appendice munichois partiront avant le congrès; je ne partage pas votre assurance. En tout cas, cela reste incertain et nos préparatifs pour le congrès en sont perturbés : pour le cas où ils seraient présents, ils devront bien être différents que pour le cas contraire, où nous pourrons avoir la paix parmi nous.

Il y aurait un moyen : ce serait de demander (à temps) directement à Maeder et à Seif si leurs groupes pensent parti­ciper au congrès, en expliquant clairement que cette demande est motivée par la nécessité de déterminer le thème de dis­cussion.

Je pense pour moi au thème : « Objet et fin d’une association psychanalytique », dans le but de justifier l’existence de l’Asso­ciation, de rejeter les objections portant sur les restrictions apportées à la recherche scientifique, et de donner aux Suisses, s’ils sont participants, un consilium abeundi. Le thème pourrait rester le même dans le cas où nous ne serions déjà à l’abri des troubles. Je ne me soucie nullement des effets que cela produira sur les groupes américains, WHO, de toute façon, ne pourront jamais être étroitement associés à nous. J’espère que Londres restera avec nous.

J’ai trouvé très élégant, et j’ai défendu le procédé contre Rank, que vous n’ayez pas, dans votre Korrespondenzblatt, dénoncé plus explicitement la sale besogne des Zurichois. Mais au congrès, vous n’auriez pas besoin de prendre des gants.

Salutations cordiales.

Votre fidèle

Freud.

04-06-1914 Ferenczi til Freud

477 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud redaktør : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Utgiver Hugo Heller & C°, Wien, jeg. Bondens marked nr 3 Abonnementspris : hele året (6 Hefte, 36-40 Boken) K 21.60 = Mk. 18.

Budapest, den 4 Juni 1914

Cher Monsieur le Professeur,

Je viens de lire le Narcissisme avec ravissement. Depuis bien longtemps je n’ai pas pris autant de plaisir à une lecture. Mais je dois aussi vous avouer que, depuis des années, je ne peux vraiment rien lire d’autre que vos écritset vous pouvez prendre cette franchise comme le signe de la liberté intérieure, sans inhibition, qui commence à se développer en moi. Tout le reste, au fond, m’ennuie; vous nous avez trop gâtés en nous donnant à lire des choses trop belles et fortes, après lesquelles plus rien d’autre n’a de goût. Il est impossible de relever tous les passages qui m’ont plu, j’y renonce donc. Flere, me conformant à votre demande, je signale quelques passages dont nous avons, d’une part, discuté ensemble et qui, d’autre part, sont ébauchés dans certains de mes articles déjà publiés. Bien sûr, ne me citez que si vous avez l’impression que ces choses n’ont vu le jour qu’à cause de moi. Notre travail, Det er sant, doit être désigné comme « collectif »; chacun de nous doit renoncer à une part de satisfaction de son ambition.

1) J’attire, par exemple, votre attention sur les cheminements de la pensée dans « le travail d’introjection » (Jahrbuch I, 2), où l’état amoureux est décrit comme inclusion d’objets dans le champ d’intérêt de la libido, à l’origine auto-érotique. Cela pourrait bien correspondre aux émanations du narcissisme ‘.J’ai décrit la névrose comme une exagération de ce proces­sus 2.

Side 430 — 2e alinéaje fais provenir la séparation entre le moi et le monde extérieur des conflits de la vie psychique qui, Opprinnelig, était homogène (par déplacements de limites [3]).

2) Dans « stades de développement du sens de réalité », je crois avoir, le premier, désigné les manifestations infantiles de la toute-puissance (magie)4.

3) La référence à l’idéalisation du criminel5 vient de moi, à ce que je crois.

A cette occasion, je crois devoir attirer votre attention sur le fait qu’il n’est peut-être pas superflu, à propos des « émanations de la libido », de dire expressément que vous entendez par là un processus intrapsychique, c’est-à-dire un déplacement de la libido sur la représentation de la percep­tion d’un objet réel, sinon on finirait par croire que vous voulez dire : un « rayonnement » sur l’objet lui-même.

Je ne peux non plus m’empêcher de ramasser dans la formule suivante votre merveilleuse différenciation entre sublimation et idéalisation 6 :

Qui idéalise, sublime fonctionnellement.

Qui sublime, fonctionne idéalement.

Cordiales salutations de

votre Ferenczi

  1. « Nous formons ainsi la représentation d’un investissement libidinal originaire du moi ; plus tard, une partie en est cédée aux objets, mais, fondamentalement, l’investissement du moi persiste et se comporte envers les investissements d’objet comme le corps d’un animalcule protoplasmique envers les pseudopodes qu’il a émis. (…) Seules nous frappaient les émanations de cette libido, les investissements d’objet qui peuvent être émis et de nouveau retirés », Freud (1914c), Pour introduire le narcissisme, pp. 81-105, citation : p. 83.
  2. « Le moi du névrosé est pathologiquement dilaté » (1909, 67), « Introjection et transfert », Psychanalyse I, p. 100.
  3. Ibid., psykoanalyse, jeg, p. 101.
  4. « Le développement du sens de réalité et ses stades » (1913, 111), psykoanalyse, II, pp. 51- 65. Cité par Freud, dans le paragraphe correspondant de son article (1914c), Pour introduire le narcissisme, p. 83.
  5. « Même le grand criminel et l’humoriste forcent notre intérêt, lorsque la poésie nous les représente, par ce narcissisme conséquent qu’ils savent montrer en tenant à distance de leur moi tout ce qui le diminuerait » (Freud, 1914c), ibid., pp. 94-95.
  6. « La sublimation est un processus qui concerne la libido d’objet et consiste en ce que la pulsion se dirige sur un autre but, éloigné de la satisfaction sexuelleL’idéalisation est un processus qui concerne l’objet et par lequel celui-ci est agrandi et exalté psychiquement, sans que sa nature soit changée. (…) On doit maintenir les deux concepts séparés l’un de l’autre », ibid., pp. 98-99.

02-06-1914 Freud à Jones

2 Juni 1914

Vienna, IX. Berggasse 19

Cher Jones,

Je suis revenu hier soir de Budapest, où Rank et moi, accompagnés de Ferenczi comme interprète, avons aidé Loe à devenir Mrs. Herbert Jones. Je suis certain que ce doit vous être pénible, comme ça l’est pour moi, quand je me souviens de l’enchaî­nement des événements, depuis cette soirée, dans un café de Weimar, où vous m’avez proposé de la prendre en traitement, jusqu’aux moments où je l’ai assistée dans son nouveau mariage. C’est une très remarquable chaîne de changements entre personnes et sentiments, et les points les plus marquants me semblent être que nos relations n’ont pas été gâtées et que j’ai même appris à aimer l’autre. Quant à elle, j’apprécie pleinement ce que j’ai appris de vous la première fois que vous m’avez décrit sa per­sonne. Elle est charmante, c’est un bijou comme vous l’appelez dans votre lettre d’une grande noblesse d’esprit, et elle est trop extraordinairement anormale pour faire le bonheur d’un travailleur. Il faut la juger pour elle, avec un étalon qui n’est adapté qu’à son seul moi.

Quoique d’apparence juvénile, Herbert J. est en fait un homme accompli, et j’ai bon espoir qu’ils auront autant de bonheur que sa santé à elle le permettra dans les temps prochains. Le couple passera quelques jours au Semmering, puis retournera à Vienne pour y rester jusqu’à mon départ. Je n’ai aucun espoir qu’elle se débarrasse de la morphine d’ici là, mais je crois qu’il est plus sage de ne pas lui demander ce qu’elle ne peut donner, et je désire vivement ne pas perdre mon crédit auprès d’elle. Tout bien considéré, elle doit désarmer le critique et s’en faire un ami.

Venons-en maintenant aux autres points de votre lettre que j’avais emportée avec moi à Bpest pour y répondre sur le terrain, mais je n’ai pas pu. Je vous remercie sin­cèrement de vos corrections sur mes épreuves, qui méritent toutes certainement considération. J’ajouterai quelques lignes sur Pf. où est, je sais, le lien le plus vulné­rable du harnais. Je suis navré que vous suiviez les faits et gestes de Jung avec tant d’inquiétude. Il est inévitable qu’il suive sa voie, accomplisse sa mission, produise ses impressions et finisse par personnifier quelques-unes des résistances que la ψα est appelée à rencontrer sur son chemin. Je ne suis pas le moins du monde inquiet de ce qu’il fabrique, mais j’affirme que nul ne peut prédire ce qu’il fera. Même Dieu ou le Diable, peut-être, n’en savent trop rien à l’heure qu’il est. Je ne crois pas nécessaire que vous le suiviez pas à pas en Angleterre pour lui apporter la contradiction sur-le- champ, sauf peut-être dans une occasion, que vous pouvez choisir à votre conve­nance. Laissez-le parler puis défiez-le sèchement et sans merci par écrit. J’ai lu ces temps-ci un « Nachwort » à la seconde édition de « Inhalt der Psychose 1 », qui paraîtra sans lien aucun avec la série des Schriften. Il y reconnaît que sa « psychologie constructive» n’est pas de la science og, pour finir, ne cache pas son adhésion à Bergson. Ainsi voyez-vous qu’il a trouvé un autre Juif pour son complexe du père. Je ne suis plus jaloux.

Nos projets sont maintenant arrêtés pour l’été. De 12 juillet à Karlsbad, dont j’ai plus besoin cette fois-ci que les années précédentes, avec mon épouse. 4 août à Seis am Schlern (Tyrol), où nous retrouvons ma belle-sœur. 18 september, départ pour Dresde, où j’espère retrouver mes amis du comité avant le Congrès, 20/21 Congrès, 24 septembre conférence à Leyde (2) ; dans ces eaux-là, je compte (3) que ma fille viendra d’Angleterre, le temps me manque pour faire la traversée, — et pour finir quelques jours à Hambourg avec elle (4). Ma santé chancelante m’invite à ne pas voyager beau­coup plus (5).

Ci-joint la lettre de Putnam, qui n’est sans doute pas le mot de la fin, tant il est vaillant. Les combats pour la ψα, je dois vous les laisser à vous, les jeunes, car ils ne font que commencer et je n’en verrai pas la fin.

Je ne dirai rien des informations de Lina sur la morphine, mais je reste sceptique, je l’avoue, et n’ai aucune certitude en la matière.

Merci d’envoyer les adresses à Fisher Unwin. S’il n’est pas d’usage d’envoyer des livres à des personnalités, je ne ferai pas d’innovation.

J’ai vu Sachs, il ne tarit pas d’éloges sur Londres et sur vous.

Veuillez excuser cette lettre qui, malgré sa longueur, ne saurait être l’équivalent des vôtres, et pensez à votre

attentionné

Freud


1. Voir Jung (1908, 1915).

2. Le début de la Première Guerre mondiale devait empêcher le Congrès comme la conférence de Leyde.

3. Freud avait d’abord écrit except (excepter) au lieu dexpect (attendre).

4. Avec Anna Freud.

5. jeg may avoid much more travelling feeling somewhat shaken in health (sic).

25-05-1914 Jones à Freud

25 mer 1914

69 Portland Court, Londres

Cher professeur Freud,

Je suis très heureux d’apprendre par Sachs que vous êtes de nouveau en pleine forme; je n’avais pas su que vous aviez été malade. J’espère que vous n’aurez plus d’ennuis avec ces troubles intestinaux, et que les vacances y mettront définitivement fin. Me ferez-vous savoir quels sont vos projets, si vous les avez déjà faits. Quelle est la date de la conférence de Leyde, et vous sera-t-il possible de venir à Londres après cela ? J’imagine que vous irez à Carlsbad en juillet?

Je fais pleinement écho à votre désir de conversation. Mes visites répétées à Vienne, au cours des deux dernières années, m’ont «gâté», et cinq mois d’absence me semblent déjà plus qu’assez long ; je dois prendre des dispositions pour y venir deux fois par an. Quoi qu’il en soit, j’espère que nous nous reverrons avant le moment du Congrès, surtout maintenant qu’il a été reporté.

La visite de Sachs touche à sa fin. Elle a été à tous égards très satisfaisante. Il en a tiré une grande satisfaction, et moi tout autant. Vivre sous le même toit est tou­jours un bon test, et dans ce cas précis il a été passé brillamment. J’apprécie son excellent caractère plus encore qu’autrefois (du temps que j’étais peut-être un peu influencé par l’aversion de Loe à son endroit), et nous nous sommes entendus à mer­veille. Il n’y a aussi que de bonnes nouvelles à donner de sa communication sur Swift à notre société (1), que tout le monde a vivement appréciée. Il a parlé 21/4 h. sans prati­quement aucune note, et avec une complète réussite. Il n’y a qu’une seule erreur dont je ne puis le guérir — il s’obstine à confondre les genres (Etoile de mer. Identification Traumdeutung (2)!)

Nous avons beaucoup apprécié les troisièmes et dernières épreuves de la « Ges­chichte (3)». Je la trouve suprêmement bonne, aucunement trop forte, et tout à fait défi­nitive — le dernier mot en la matière. Le passage sur le «paar kulturelle Obertöne» est magnifique (4). J’aurais aimé que nous puissions vous soulager de la peine de traiter ces oppositions, mais personne d’autre n’est en position de dire avec autorité les choses que vous avez dites une fois pour toutes, si bien qu’il était impossible de vous décharger de ce travail. Mais espérons qu’il ne vous paraîtra pas de nouveau néces­saire de quitter les champs de la science pure au sens positif. Mon désir est depuis longtemps de former autour de vous un cercle d’hommes qui s’occuperont de l’op­position pendant que vous poursuivrez le travail proprement dit, et la perspective d’une situation idéale de ce genre paraît très prometteuse.

Quant aux suggestions sur les dernières épreuves, elles figurent toutes sur la page jointe. La première phrase «Wir habengegangen ist (5)» ne me paraît pas suffisam­ment claire dans son contexte. Le reste du paragraphe est une série de paraphrases de Jung, et certains lecteurs risquent de ne pas comprendre que la dernière phrase ren­voie à votre propre point de vue: (Peut-être pourrait-on ajouter «früher» eller «Im Gegenteil» (6)).

Puis en vue des mauvais usages que l’on peut faire des communications des patients (et à quoi Jung peut répliquer), je vous suggérerais d’ajouter un mot ou deux avant l’extrait de la lettre de Pf., pour indiquer que vous avez des raisons de considérer que l’auteur est une personne fiable (7).

Endelig, ordet «schonungsvoller» contredit en apparence les extraits de la lettre, et n’en rend pas le sens très clair. J’imagine que cela veut dire que le rapprochement de Jung d’avec Dubois pourrait être la dernière étape — celle des patients que l’on traite avec ménagement (8)?

La modification que vous mentionnez dans la lettre d’aujourd’hui me semble être une amélioration sur le passage que nous avions commenté, et j’y souscris tout à fait.

J’écris à Fisher Unwin, mais envoyez-moi une carte postale, je vous prie, pour me dire ce que vous entendez par les personnes auxquelles il faut envoyer le livre. S’agit-il d’hommages de l’auteur? En Angleterre, on n’envoie pas les livres en examen comme en Autriche.

Putnam tient bon, comme vous le verrez à la lettre jointe. Je n’ai pas encore eu le temps de lire l’essai de S. Hall, mais j’en rendrai compte pour la Zeitschrift (9).

J’ai reçu de mauvaises nouvelles de l’activité de Jung. Il a annoncé une commu­nication pour l’Internat. Congr. of Neurol. and Psych. de Berne, en septembre, une le 30 juillet devant la British Medical Association, et une le 24 juillet devant la Psy­cho-Medical Society de Londres, la dernière portant sur la Psychologie de la compré­hension ; dans ces deux derniers cas il me faudra aussi intervenir, ce qui n’est pas une perspective plaisante. Ces communications auront lieu juste après la sortie du Jahrbuch, et elles devraient laisser paraître sa réaction10. Je [suis11] parierais qu’il ne vien­dra pas à Dresde, où j’espère que nous aurons droit à un peu de paix et à du travail agréable.

Je ne suis pas surpris, naturellement, que vous ayez découvert que Loe peut être éprouvante, car je puis largement en témoigner. J’ai bien peur qu’elle ne renonce pas à la morphine, même pour vous et Herbert Jones. Je sais par Lina qu’elle nous a trompés tout l’été dernier sur ce point, bien que je ne sache pas les détails, car lorsque Lina (à qui elle avait aussi dissimulé des choses) l’a percée à jour, elle lui a fait la promesse de ne pas les révéler. N’en parlez pas, je vous en prie […12], bien que je sois sûr que c’est vrai. J’ai eu un choc en découvrant à quel point Loe a laissé libre cours à son insincérité et à ses exagérations dans d’autres directions (en particulier me concernant), même si j’aime à penser qu’il s’agit surtout de déformations inconscientes.

J’apprends par votre lettre de ce jour qu’elle sera sans doute mariée à la fin de la semaine. En ce cas, personne ne fera pour son bonheur futur des vœux aussi profon­dément sincères que les miens, et je prie qu’ils soient exaucés. Reste-t-elle à Vienne jusqu’en juillet ?

Avec toute mes amitiés

Bien affectueusement à vous

Jones.

1. «Die Psychologie Swifts », prononcée le 21 mer, signalée dans la Zeitscbrift, 2, 1914, p. 412.

2. Jones sous-entend que Sachs s’identifie à Freud, qui confondait lui aussi les genres. Dans l’ana­lyse de son rêve de « Hollthurn»), Freud confie que lors d’un voyage en Angleterre, à dix-neuf ans, il ramassa une étoile de mer sur la côte et s’exclama «Il est vivant» (He is alive), plutôt que «elle est vivante» (It is alive). Voir Freud (1900en, p. 455-456, 519-520; trad. franc., p. 388-389, 441-442), et Didier Anzieu, L’Auto-analyse de Freud, Paris, PUF, 1988, p. 272-273.

3. Freud (1914d).

4. Le passage en question concerne l’attaque de Freud contre Jung et Adler : « En réalité, on n’a perçu, de la symphonie du devenir universel, que la partie chantée par la civilisation, mais on est resté sourd à la mélodie des instincts » (voir Freud (1914 d, p. 62 ; trad. franç. S. Jankélévitch, p. 149) ; GW, fly. 10, p. 109).

5. Dernière phrase du premier paragraphe, ibid. p. 63 ; GW, ibid., p. 109.

6. Freud n’a pas ajouté les mots suggérés (« plus tôt » ou « au contraire »). Voici le passage en ques­tion : « Nous avons cependant entendu dire que le conflit actuel du névrosé ne devenait intelligible et soluble que lorsqu’on le rattachait à l’histoire antécédente du malade, en suivant en sens inverse le che­min que la libido avait suivi pour aboutir à la maladie » (trad. franc.), p. 150-151.

7. Freud ne mentionne pas Pfister dans le passage qu’il cite, mais il fait sienne la suggestion de Jones et ajoute une note en bas de page pour préciser que son « informateur» est une personne « digne de toute confiance». Voir Freud (1914d, p. 64; trad. franç. S. Jankélévitch, p. 152) ; GW, fly. 10, p. 110. Pfister est cependant cité nommément à plusieurs reprises dans le même essai.

8. Dans la version publiée, Freud emploie le comparatif schonungsvollerer plutôt que schonungsvoler. « Dubois traite avec plus de ménagements les névroses par encouragement moral » (GW, ibid.).

9. Jones (1916-1917).

10. Le thème «Die Psychologie der Träume»le nom de Jung figurant au nombre des interve­nantsfigure sur le programme de l’International Congress for Neurology, Psychiatry, and Psycho­logy, Berne, 7-12 september 1914; se Zeitschrift, 2 (1914), p. 403. Pour les deux autres communica­tions, voir Jung (1914-1915). Pour l’intervention de Jones à la réunion de la British Medical Association, voir Jones (1914 i).

11. Rayé dans l’original.

12. Mot illisible rayé dans l’original.

24-05-1914 Freud til Ferenczi

476 F A

Vienna, den 24 mer 1914

Prière contacter avocat Neuwirth Ernö Szabadsagtér 5 pour accélérer affaire mariage Loe Kann avec Herbert Jones. Si possible, Pentecôte, Rank et moi viendrons comme témoins. Ne pas évoquer relation d’Ernest avec Loe, seulement donner renseignement et nous informer.

Cordialement Freud

A. Télégramme.

18-05-1914 Jones à Freud

18 mer 1914

69 Portland Court, Londres

Cher professeur Freud,

Les deux premiers lots d’épreuves sont arrivés1, et nous avons eu grand plaisir à les lire. Quand on est au courant de toutes les allusions et références, il est aussi inté­ressant que plaisant de compter vos délicats coups d’estoc. Je suis certain que l’effet sera excellent, qu’il va affermir notre camp, lui donner de l’énergie, et qu’il va « démanteler » l’autre camp, comme dit Shaw.

Vous imaginez bien que je n’ai aucune critique à formuler, mais puisque vous m’avez demandé de vous faire part de toutes les observations qui me viendraient à l’esprit, j’attirerai votre attention sur quelques détails insignifiants.

Le premier est personnel : S. 46 (Fahnen) vous écrivez « Alle drei (Brill, Ferenczi et moi-même) hatten die a in Zürich kennen gelernt2». Pour ma part, je crains de devoir décliner cet honneur, les faits étant les suivants : je me suis procuré votre livre en 1906, et j’ai pratiqué la ψα (de manière imparfaite, assurément) un an avant le Congrès d’Amsterdam de septembre 1907 (3) où j’ai fait la connaissance de Jung et d’Otto Gross. Cet automne-là, j’étais à Munich, et j’y ai appris davantage de Gross que je n’ai jamais appris de Jung. Sur la route du retour, en décembre, j’ai passé 5- 6 jours à Zurich, où j’ai vu Jung tous les jours, et c’est ainsi que j’ai été invité au Congrès de Salzbourg en avril suivant. C’est Jung qui m’a alors présenté à vous, ce qui vous a peut-être donné l’impression que j’étais son élève. Depuis lors je n’ai séjourné que deux jours à Zurich. Je suis donc une exception minimale à votre affir­mation (S. 43) « an allen anderen Orten (ausserhalb Wien und Zürich) ergab diese Zuwendung von Interesse zunächst nichts anderes als eine meist leidenschaftlich akzentuierte Ablehnung4».

S. 45. Le sens est renversé par l’omission du mot «non» : «La ψα de Freud est désormais défendue et pratiquée ikke seulement en Autriche, etc.5»

[S. 46 : la date6]

S. 55. E. Jelliffe devrait être remplacé par «White et Jelliffe». White est bien plus fort que Jelliffe et ne doit pas être passé sous silence7.

S. 44. «jenes Charakterzuges von Jungseiner Neigung zum rücksichtslosen Beiseitedrängen eines unbequemen Andern8». Bien entendu, c’est absolument vrai, et en principe je suis d’avis qu’il ne faut pas de pitié dans une guerre d’une telle impor­tance, mais je n’en trouve pas moins ceci assez fort, personnellement, et je crains que, loin de le renforcer, ça n’affaiblisse, par une note personnelle, l’effet général de l’es­sai. On n’a pas intérêt à donner des armes à l’ennemi. Sachs me demande d’ajouter qu’il est tout à fait de mon avis.

Nous attendons le troisième lot avec le plus vif intérêt.

Bien fidèlement à vous

Jones.

  1. Freud (1914 d).
  2. « Tous trois (Brill, Ferenczi et Jones) ont étudié la psychanalyse à Zurich. » Phrase supprimée ; voir Freud (1914 d, p. 31) ; GW, fly. 10, p. 70.
  3. På 1910, Jones affirmait qu’il s’était familiarisé avec l’œuvre de Freud en 1907, et reconnaissait, pour le déplorer, son manque d’expérience en psychanalyse, voir lettre 26, note 9.
  4. « Partout ailleurs (en dehors de Vienne et de Zurich), cette vague d’intérêt n’a produit, dans un premier temps, qu’un rejet très appuyé, le plus souvent tout à fait passionné» (voir Freud (1914d, p. 27) ; GW Vol. 10, p. 65-66).
  5. Allusion à l’usage que fait Freud d’un passage en anglais de Havelock Ellis. De ikke figure dans la version publiée ; voir Freud (1914 d, p. 30) ; GW, fly. 10, p. 69.
  6. Rayé dans l’original.
  7. Freud a révisé son texte en conséquence : « White et Jelliffe, à New York, ont lancé un nouveau périodique (The Psychoanalytic Review» ; voir Freud (1914 d, p. 30) ; GW, fly. 10, p. 91.
  8. Ce passage — vindicatifa été abandonné : « Ce trait de caractère de Jungsa tendance à écarter brutalement quiconque se met en travers de son chemin. »

17-05-1914 Freud à Jones

17 mer 1914

Vienna, IX. Berggasse 19

Cher Jones,

J’ai terriblement besoin de quelques heures de discussion avec vous. Écrire une lettre est un mauvais substitut. Soyez certain que je ne songe pas à édulcorer mon article du Jabrbuch(1) il y aura quelques amendements et ajouts (invisibles dans les Fahnen qui vous ont été adressées), mais aucun dans le sens de la clémence.

Il se peut que nous surestimions Jung et ses agissements dans les temps qui vien­nent. Il n’est pas en position favorable devant le public quand il se retourne contre moi: i.e. son passé. Mais mon jugement général en la matière est très proche du vôtre. Je n’attends pas de succès immédiat, mais une bataille incessante. Quiconque promet à l’humanité de la libérer des épreuves du sexe sera accueilli en héros, on le laissera parler — quelque ânerie qu’il débite.

Putnam tient bon, voir son dernier article du Tidsskrift for unormal psykologi sur la sexualité dans l’interprétation des rêves (2), et laissons de côté son respect excessif des sophismes d’Adler.

Mais Stanley Hall a déclaré allégeance à Adler et, pour des raisons personnelles, cet accident m’a été plus cuisant que les autres. Il peut désormais l’inviter à Worcester pour des leçons d’Indiv. Psychologie. Je vois d’ici(3) ce qu’ils vont faire de ses prêches (4).

MacCurdy a promis spontanément d’agir contre Jelliffe s’il propose de faire de sa revue un organe officiel au lieu de la Zeitschrift. De tempérament, il semble être réel­lement américain.

Je pourrais écrire des heures durant au sujet de Loe. C’est une femme charmante, mais elle est éprouvante. Pas question de se laisser fléchir quand elle est heureuse, ni d’obéir quand elle est au plus mal. On a toute raison de poser la question: quand devrait-elle prendre « Lachs mit Mayonnaise (5) » ? Le mariage est décidé, mais la date n’est pas fixée, et il n’est pas sûr non plus qu’elle puisse rester jusqu’en juillet. Elle souhaite en finir avec la morphine avant de partir, mais elle diminue très lentement.

Ne vous tracassez pas au sujet du Napoléon de Jekels. Il est bon, il a trouvé l’un des ressorts de son caractère, mais il n’a pas vu l’autre, le vôtre. Mieux vaut ne pas vous précipiter. Bacon a certainement été une personne tout à fait extraordinaire ! Profitez donc de votre visiteur et ayez de bonnes pensées pour votre attentionné

Freud

P. -S. : Fisher Unwin écrit que l’édition anglaise de l’Alltagsleben sortira le 3 Juni (6). Il demande une liste de personnes et de périodiques, à qui adresser le livre. Je pren­drai la liberté de lui dire que vous (J.) lui donnerez les conseils nécessaires, et de vous faire envoyer un exemplaire på den annen side (7).

F.

Il y a des tractations en cours avec F. Alcan (Paris) à propos de la traduction française ; elles peuvent facilement déboucher sur quelque chose.

1. Freud (1914 d).

2. Putnam (1914 en).

3. « I picture to myself » : Freud semble suivre ici la syntaxe allemande : Ich stelle vor mir.

4. Sur l’intérêt que Hall portait à Adler, par opposition à Freud, voir Ross (1972, p. 406-407, 409- 411). Adler ne devait pas prendre la parole à la Clark University.

5. Dans une anecdote que Freud analyse dans Der Witz un individu apppauvri, qui vient d’em­prunter un peu d’argent, se fait réprimander par son bienfaiteur pour avoir commandé un bon petit plat au restaurant, et rétorque : « Si je n’ai pas d’argent, je ne peux pas m’offrir du saumon mayonnaise, si j’en ai je ne dois pas m’en offrir. SÅ, quand puis-je le faire ?» (Freud (1905 c) ; GW, fly. 6, p. 51, 53-54.

6. Brill (1914).

7. Sic ! I fransk i teksten.

16-05-1914 Freud til Ferenczi

475 F

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud redaktør : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Utgiver Hugo Heller & C°, Wien, jeg. Bondens marked nr 3 Abonnementspris ; hele året (6 Hefte, 36-40 Boken) K. 21.60 = Mk. 18.

Vienna, den 16 mer 1914

Kjære venn,

Je réagis vite à votre amical télégramme : je suis archi-bien-portant, tout à fait rétabli et mieux qu’avant Brioni. SÅ, ce n’est pas encore pour cette fois! Je suis en train de corrigerle mouvement ψαet j’ai bien présente à l’esprit la recommandation de Jones de ne rien atténuer. De lui et de Sachs, de bonnes lettres aujourd’hui. De Putnam, un honnête plai­doyer pour la sexualité dans l’Interprétation des rêves, dans le J.[ournal] of Abnormal Psychology (April-mai). Sinon, rien que des pertes : Stanley Hall, comme je l’ai dit, tout à fait adlérien, la Spielrein, meschugge *, écrit que j’ai quelque chose contre elle 2. Scientia annonce un article d’Adler sur la psy.[chologie] individuelle] (3). Sous peu, on l’invitera en Amérique pour libérer le monde de la sexualité et le fonder sur l’agression!

Votre fantaisie sur l’amphimixie des pulsions partielles est attendue avec impatience. Rien lu de sensé depuis longtemps.

Toujours aucune envie de travailler.

A Ophuijsen, on aurait pu dire tout de suite la vraie raison et, la pro­chaine fois, on peut vraiment le faire.

La première action d’Abraham vous sera bien parvenue, à vous aussi. De 20/21 september4 me convient parfaitement. Etter, je vais faire l’ex­posé à Leyde, peut-être le 23, puis partir pour Hambourg. Été encore tout à fait incertain.

Cordiales salutations,

votre Freud redivivus **

* En yiddish dans le texte : folle, marteau.

** En latin dans le texte : ressuscité, rendu à la vie.

  1. « Dream Interprétation and the Theory of Psychoanalysis », Tidsskrift for unormal psykologi, 1914 (April-mai), 9, pp. 36-60.
  2. Spielrein (sa lettre n’a pas été retrouvée) s’était probablement plainte que Freud avait quelque chose contre elle, parce qu’il ne lui envoyait pas de patients. Freud répondit, den 15 V 1914 : « Voilà que vous aussi devenez dingo (meschugge), og med de samme symptomene som forgjengerne dine! Jeg fikk en dag, uten å mistenke noe, une lettre de Madame Jung, som fortalte meg at mannen hennes var overbevist om at jeg harmet ham. Det var begynnelsen ; slutten, Du kjenner henne. Og ditt argument for at jeg ikke har sendt deg noen pasienter ennå? Cela s’est manifesté exactement de la même manière chez Adler, qui se croyait persécuté parce que je ne lui envoyais aucun patient. Kjenner du ikke igjen den kjente mekanismen som består i å misbruke en person for å kunne gjøre dem ansvarlige deretter? » (Aldo Carotenuto et Carlo Trombetta, Sabina Spielrein entre Freud et Jung; 1981, p. 275.)
  3. « Die Individualpsychologie, ihre Voraussetzungen und Ergebnisse » (La psychologie indi­viduelle, ses hypothèses et ses résultats), Scientia, 1914, 16, 74-87.
  4. La date proposée pour le congrès projeté.

15-05-1914 Abraham Freud

* Berlin W, Rankenstraße 24

15-5-14.

Kjære Professor,

Je ne me suis vraiment pas préoccupé de votre état de santé dans ma dernière lettre; je pensais qu’il n’y avait rien de grave. Voilà ce qu’il arrive quand vos propres douleurs vous enferment dans votre narcissisme. Je m’empresse d’apporter ma voix très chaleureuse aux bons vœux de votre médecin. J’espère que j’apprendrai très prochainement que vous trouvez en vous-même et dans votre travail toute satisfaction. En atten­dant, peut-être appliquerez-vous un peu à votre santé l’épigra­phe dont vous me parlez! Car, en réalité, vous ne semblez pas justifié à voir les choses en noir.

En ce qui concerne la question de la présidence, je suis entiè­rement d’accord avec vous. A ceci près que je ne comprends pas du tout en quoi ma proposition concernant la présidence d’honneur sent le « à la retraite », étant donné que son inten­tion est de faire que vous dirigiez activement nos congrès. Je n’ai pas besoin, Selvfølgelig, de vous assurer que ma préférence absolue serait de vous voir président. Cette question trouvera certainement, dans le cercle étroit de nos amis, sa solution la plus juste.

Cette lettre, kjære lærer, ne demande pas de réponse. Ne vous donnez donc pas, juste en cette période, de peine inutile. Je veux compléter ce que je vous ai annoncé la dernière fois en vous disant que j’ai en chantier un petit essai : « Des rela­tions entre la pulsion de nourriture et la pulsion sexuelle (1). » La Zeitschrift ne doit tout de même pas rester sans contribu­tion de moi.

Je vous en dirai plus sur nos projets pour cet été, dès que j’en saurai plus moi-même! A l’occasion, j’aimerais savoir quand vos vacances commencent; milieu juillet ou plus tard? Avec mes salutations cordiales et mes meilleurs vœux,

Din Karl Abraham.


1. CF. article cite en note 2 de la lettre du 3.3.13.