08-04-1914 Jones till Freud

8 April 1914

69 Hamn, London

Cher professeur Freud,

Merci beaucoup de votre lettre riche et bienvenue. Je suis navré que les nouvelles au sujet de Loe n’aient pu être meilleures. La douleur du côté gauche doit être hys­térique. La dernière fois qu’on a opéré le rein gauche, nous avions tous à l’idée une torsion de l’urètre, un tissu cicatriciel, etc., mais nous n’avons rien trouvé qui puisse expliquer la douleur, même si, depuis lors, un autre calcul a pu se former. C’est une leçon intéressante sur les effets organiques indirects d’une névrose. Rétention hysté­rique d’urine, cystite due à une infection par cathéter, pyélite ascendante avec concré­tion de calcul tout autour, favorisée par les toxines intestinales dues à une constipa­tion hystérique.

J’aimerais bien savoir un jour, pour ma gouverne, la raison de la haine qu’elle me voue. Elle a précédé le départ au Canada, elle n’a pu donc être causée par quelque « infidélité » de ma part. Je l’ai toujours imputée à une fausse-couche (confirmé par ce qu’elle a dit à Toronto au cours d’un délire hystérique), malgré toutes ses dénéga­tions, et ce que vous dites de la relation de la mère au canal alimentaire paraît corro­borer ce point de vue ; après cette date je suis devenu sa mère. Est-ce juste ?

Je suis ravi que ma réponse à la proposition d’Abraham soit en accord avec vos vues. Il est toujours peu satisfaisant de ne pas arriver à une conclusion bien tranchée, mais je m’en suis senti incapable. L’idée d’une attaque contre le Zentral m’inspire quelques hésitations, car ce serait si évidemment un prétexte qu’il vaudrait mieux engager la bataille sur les vraies raisons de l’opposition. Peut-être pourrions-nous nous réunir à Berlin le dernier dimanche de mai, avant que les groupes ne se disper­sent pour l’été (Sachs reviendra de Londres à peu près à la même date), et discuter de l’ultime campagne.

Je suis très satisfait du travail accompli ici par la société et, d’ici un an, espère avoir quatre hommes solidement formés. Ce n’est pas beaucoup, mais les hommes de ce genre sont assez rares dans notre travail. L’intérêt général pour la ψα en Angle­terre croît de jour en jour, et tout paraît satisfaisant.

Abraham s’acquitte de ses obligations de rédacteur comme un vrai professionnel, et je suis certain qu’il se révélera très efficace. Je lui ai adressé mon Therapie-Referat (1) la semaine dernière; peut-être serez-vous assez bon pour critiquer les remarques générales de conclusion (le texte est désormais chez Sachs).

Votre portrait m’a causé un grand choc quand j’ai ouvert le rouleau. L’expression m’a paru plus «soucieuse» que méditative, le nez était cassé, et les lèvres exécutées avec négligence. J’ai cependant découvert qu’en se mettant à 3 m., et en me rappe­lant que c’était une gravure impressionniste, non une photographie, il prenait un autre aspect qui ne manquait pas d’intérêt. Je ne le trouve pas particulièrement bon, mais il rend bien un certain état d’esprit. Il est habile, mais pas excellent.

Quelle est votre prochaine étape de travail ? J’espère que vous continuerez avec la série des «Ratschläge (2) » [Recommandations], dont le besoin se fait cruellement sentir.

Morton Prince vient la semaine prochaine à Londres pour donner une confé­rence (3), probablement descendra-t-il chez moi. Il fait meilleure impression en per­sonne qu’à travers ses écrits.

Sur le plan personnel, voici les nouvelles : ma nouvelle belle-mère, qui est une personne vulgaire, a commencé par se quereller avec mes sœurs avant de se retourner contre moi de telle façon qu’elle m’a brouillé avec mon père (4). J’en suis navré, car je l’aime malgré ses faiblesses, mais peut-être est-ce que ça aura l’avantage d’accroître mon indépendance. Je suis parfaitement rétabli, et même le rhumatisme a complète­ment disparu. Je pars demain à Paris pour trois jours. Ce sera un changement plai­sant, et j’ai des amis à voir.

Je n’ai guère de perspective d’écrire quelque article que ce soit dans les prochains mois, car d’autres tâches vont me retenir (contributions à la société, travail d’ensei­gnement, översättning, etc.). J’ai cependant envoyé à Rank quelques contributions à la tidskrift (5), qui a la priorité. Rank est certainement très occupé à rattraper le terrain perdu à cause de la grève des imprimeurs.

Amitiés sincères

Din

Jones.

1. Jones (1914 b).

2. Voir Freud (1912 och, 1913 c, 1914 g, 1915 en).

3. Den 16 April 1914, à Londres, Prince donna devant la Psycho-Medical Society une conférence sur ses « souvenirs personnels relatifs au développement de la psychologie anormale» ; cf. Journal of Abnor­mal Psychology, 9, 1914, p. 296.

4. Edith May Howard inspirait une profonde aversion à Jones et à ses deux sœurs, Elizabeth et Sibyl (communication personnelle de Mervyn Jones, London, 16 Januari 1990). Le père de Jones, Tho­mas Jones, avait été marié à Mary Ann Lewis, morte au printemps 1909.

5. Peut-être Jones (1914d, 1914 och, 1914f, 1914g), ainsi que divers comptes rendus parus dans la tidskrift, 2, 1914, p. V-VII.

06-04-1914 Freud till Abraham

* Wien, IX, Berggasse 19

6.4.14.

Kära vän,

Hitschmann m’a téléphoné ce matin pour me dire que le patient[1] de Berlin est arrivé. Ainsi était mis fin à un léger souci. Nous pensions que votre envoi était en souffrance, mais nous n’osions pas nous figurer le cas où il lui serait arrivé malheur.

Du côté de Sadger, surtout ne vous laissez en rien perturber, et insistez pour que soit éliminé tout ce qui est divagation et hargne. Il est rare que l’on puisse tolérer S. sans le censurer. Likaledes, il est vraiment superflu de faire de la réclame pour Stekel.

« Persécutions » est l’expression qu’Adler lui-même a employée; je la remplacerai conformément à vos désirs. Au lieu de : le « sale » [unsauber] esprit A. Hoche, je mettrai : le méchant esprit ».

Que vous soyez aussi preneur pour le Narcissisme, cela me touche profondément et resserre encore davantage les liens qui nous unissent. Sur ce point, j’ai le sentiment très vif d’une insuffisance grave. J’insérerai la remarque que vous souhaitez sur le fait que l’on passe à côté de la sublimation dans la thé­rapie jungienne. Le Moïse est anonyme, d’une part par amu­sement, d’autre part parce que j’ai honte de son caractère dilettante évident, auquel d’ailleurs on échappe difficilement dans les travaux pour Imago; enfin parce que, plus que d’habi­tude encore, je doute des résultats et que je ne l’ai publié que pressé par la rédaction.

Le jugement que vous portez sur la gravure concorde avec beaucoup d’avis d’ici. J’ai entendu des jugements plus durs et d’autres plus enthousiastes.

Le petit travail « Sur le rêve »[2] est paru hier dans la traduc­tion anglaise de Eder.

Bortsett från det, rien de nouveau : le calme, peut-être, avant la tempête.

Je vous salue cordialement, vous et votre chère femme, et je vous souhaite d’être vite débarrassé des inévitables maladies infantiles, dont il vaut beaucoup mieux, comme l’on voit, se défaire plus tôt que plus tard.

Din Freud.

Post-scriptum.

J’ai reçu le premier numéro de la Zeitschrift fur Sexualwissenschaft. Je voulais faire dépendre ma participation de la position qui s’en dégage à l’égard de la psychanalyse. Or la chose n’est pas très alléchante. Il y a une note des plus minables dans l’article d’Eulenburg (p. 9), et un compte rendu de Saaler, qui considère que le travail de Stekel sur le fétichisme donne la mesure de l’état actuel de la psychanalyse. Cela me renforce dans l’intention d’être plus réservé encore.

La Société est décidée à faire reconnaître Fliess. Cela est bien ainsi, car il est le seul esprit original parmi eux et possède un bout de vérité méconnue. Mais l’asservissement de notre psychanalyse à une biologie sexuelle fliessienne ne serait pas un mal moindre que son asservissement à une éthique, une métaphysique, ou autre chose semblable. Vous le connaissez, vous connaissez son incapacité en psychologie, son esprit systé­matique de physicien. La gauche = femme = subconscient = angoisse. Dans tous les cas, nous devons garder notre indépen­dance et faire valoir l’égalité de nos droits. A la fin, nous pour­rons nous rencontrer avec toutes les sciences parallèles.

F.


[1] Il s’agit du manuscrit d’Abraham pour le Jahrbuch.

[2] S. Freud : Le rêve et son interprétation [Uber den Traum], 1901, trad. fr. Galvete.

05-04-1914 Freud à Ferenczi

468 F

Prof.. Dr. Freud

Wien, IX. Berggasse 19 den 5 April 1914

Cher Ami,

Je n’ai pas pu obtenir de billet de wagon-lit, je dois donc prendre le risque de ce qui se présentera. Je ne peux me résoudre à préciser dès maintenant le voyage de retour. Säkert, j’ai décommandé les patients jus­qu’au mercredi matin, mais je suis éventuellement prêt à quitter Brioni dès le lundi, et à ne rien faire le mardi, i Wien. Cela dépendra beaucoup de l’agrément du séjour; être lié d’avance a aussi ses inconvénients.

Vous aurez la surprise de me voir venir en compagnie de quelqu’un d’autre. Annerl a la coqueluche et ne peut naturellement pas nous accom­pagner, elle s’est très sagement inclinée et a elle-même proposé que j’em­mène quelqu’un d’autre à sa place. Rank a accepté, et partagera donc notre séjour. Nous serons tout « Zeitschrift ».

Depuis votre départ, mauvaise période, surmenage incontestable et into­lérance au tabac. Je n’ai d’ailleurs plus rien fait depuis.

Ces derniers jours sont dominés par une petite frayeur qui, Jag hoppas, finira par se réduire à rien. Le paquet qu’Abraham a envoyé à Hitschmann, den 1han du mois, avec les manuscrits du Jahrbuch n’est, à ce jour, pas encore arrivé. On a peine à imaginer ce qui se passerait s’il était vraiment perdu. Espérons qu’il arrivera demain (1), mais cela reste un avertissement, il faut faire une copie de chaque manuscrit.

Bonnes nouvelles de Hambourg, ma femme revient à la fin du mois, Oli part mercredi pour son voyage en Egypte.

La traduction du petit rêve d’Eder (2) est entre mes mains depuis hier. Annars, rien de nouveau.

Je vous apporte un stylo, accompagné d’une carte de Loe.

Cordiales salutations et au revoir,

din Freud

1. Ce fut le cas. Freud till Abraham, av 6 IV 1914, Correspondance Freud-Abraham, p. 174.


(2) Freud (1901en), Le rêve et son interprétation, 1969, trad. anglaise par M.D. Eder, London, 1914.

02-04-1914 Abraham till Freud

* Berlin W, Rankenstraße 24

2.4.14.

Kära Professor,

Om dina två manuskript. Jag berättat redan om 1′ 'Historia'.. Jag läste det flera gånger och jag får bättre konto hur viktigt vapen som det är. Efter mycket tänkande, je pense aussi que tout ce qui concerne les personnes devrait rester tel quel. J’aimerais seulement qu’une formule, une seule, soit évitée : vous dites d’Adler qu’il se serait plaint de vos persécutions. Je crains que ce mot ne soit désastreux. ETT. se défendra d’être taxé de paranoïaque. Une expression qui rende un son moins pathologique — quelque chose comme « attaques » — serait certainement préférable.

Je ne comprends pas très bien pourquoi vous n’êtes pas satis­fait du Narcissisme. Je trouve l’ensemble du travail brillant, et parfaitement convaincant en tout point. Je ne vais pas entrer dans le détail de la démarche, mais seulement en détacher un point, à savoir, l’analyse tout particulièrement réussie du délire d’observation, de sa relation à la conscience morale, etc.. Sur le plan de la pratique, les développements sur l’idéal du moi sont d’une valeur toute particulière. Depuis longtemps déjà, je pensais à ces analyses, et à chaque phrase que je lisais, j’étais en mesure de deviner la suite. Notamment, la distinc­tion de l’idéal du moi et de la sublimation proprement dite est quelque chose que j’ai toujours expliqué à mes patients, sans lui donner une formulation aussi précise. Pourrais-je, ici encore, faire une proposition? Je crois que c’est ce point qui permettrait de mettre le plus nettement en relief l’opposition entre la thérapie jungienne et la psychanalyse. La « tâche vitale» [Lebensaufgabe] et toutes les notions semblables (y compris la tendance prospective de l’inconscient) ne sont rien d’autre qu’un appel à l’idéal du moi et donc une voie qui passe à côté des possibilités réelles de sublimation (avec l’intention incons­ciente de les éviter). Peut-être serait-il utile de rédiger un passage sur ce point?

J’attends maintenant le Moïse [1] avec beaucoup d’impatience. Mais je ne comprends pas très bien le xxx [2]. Ne croyez-vous pas que l’on reconnaîtra quand même la griffe du lion?

Notre groupe se réunira en mai avec comme thème de dis­cussion : l’attitude face à l’Œdipe dans l’enfance. J’espère que les interventions, pour une part tout au moins, vaudront d’être publiées.

J’ai reçu, il y a quelques jours, la gravure à l’eau-forte de Pollak (3). Je trouve que îa tournure d’ensemble est ce qu’il y a de mieux réussi, alors que pour ce qui est de l’expression, il faut commencer par se familiariser un peu; mais ensuite, on l’apprécie. L’ensemble de la composition, en particulier la distribution du noir et du blanc, est très réussi.

Récemment, j’ai obtenu d’un bouquiniste, par hasard, votre ouvrage sur la coca (1885), et je l’ai lu hier.

J’espère, cher Professeur, que votre santé, entre-temps, s’est à nouveau améliorée. Votre petit-fils aura, honom också, fait de grands progrès, comme je l’espère et n’aura pas méconnu plus longtemps la valeur de plaisir de la tétée. Till resten, nous avons eu le même problème avec nos deux enfants!

Le voyage en Italie, que nous avions projeté, ne peut malheu­reusement pas avoir lieu.

Avec mes salutations cordiales, liksom min fru, à vous et aux vôtres.

Din Karl Abraham.


(1) S. Freud : « Le Moïse de Michel-Ange », 1914, trad. fr. in Essais de psychanalyse appliquée, Galvete.

(2) Allusion à l’intention de Freud de publier son essai anonymement. Le nom de l’auteur ne fut révélé qu’en 1924.

(3) Max Pollack, graveur viennois.

01-04-1914 Ferenczi à Freud

467 Järn

INTERNATIONAL JOURNAL OF MEDICAL PSYCHOANALYSIS Redigerad av professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C °, Wien, Jag. Halva nr. 3 Abonnementspreis : alla (6 Hefte, 36-40 Bogen) KARLSSON 21.60 = Mk. 18.

Budapest, den 1han April 1914

Kära Professor,

J’ai déjà réservé mon wagon-lit pour jeudi (9 April) et je ne passerai pas par Fiume mais, comme vous, par Pola. Emellertid, très tôt le matin (à Divaca), je devrai quitter mon wagon-lit qui continue vers Venise et changer pour votre train en provenance de Vienne. Peut-être nous rencontrerons-nous au petit déjeuner au wagon-restaurant (s’il y en a un). Je crois avoir bien compris que vous vouliez quitter Brioni lundi soir; mon billet de wagon-lit du retour est aussi pour lundi. Si je m’étais trompé et si vous aviez envie de passer le mardi aussi à Brioni, alors je vous prie de m’en informer au plus tôt.

Signe de bien-être : j’ai maintenant toutes sortes de petits et grands projets de travail, que je mets partiellement par écrit. Peut-être pourrons- nous en parler à Brioni – I själva verket, j’espère que non — puisque l’essentiel devra être pour nous la mer et le soleil.

Cordiales salutations à tous

de votre Ferenczi

25-03-1914 Freud till Abraham

* Wien, IX, Berggasse 19

25.3.14.

Kära vän,

Ci-joint la lettre de Jones. Il est remarquable de voir comment chacun de nous, à tour de rôle, est saisi par l’impulsion de frapper mortellement, au point que les autres, sont obligés de le retenir. Je pressens que ce sera Jones qui nous produira le prochain plan d’action. A cette occasion, la fonction de la colla­boration au sein du Comité se manifeste à plein. Nous repar­lerons de tout cela. Le numéro critique de la Zeitschrift vient de paraître, il nous épargnera peut-être de prendre certaines décisions.

Vous n’avez pas dit quand vous ferez le petit voyage que vous avez bien mérité.

Depuis que j’ai terminé le Narcissisme, je suis dans une mau­vaise passe. Un mal de tête fréquent, des difficultés intesti­nales, et déjà une nouvelle idée de travail qui va accroître les difficultés de l’été, étant donné qu’elle implique nécessaire­ment de résider dans un lieu calme et exclut donc un séjour à l’hôtel. D’une manière générale, notre été, jusqu’ici, a tout du sphinx.

Je vous salue cordialement, vous et votre chère femme.

Din troende

Freud.

25-03-1914 Freud Jones

25 Mars 1914

Wien, IX. Berggasse 19

Cher Jones,

Votre lettre est bien arrivée un jour après que j’eus posté la mienne. La même matinée, j’ai pu lire votre habile réponse à la proposition d’Abraham et, dans l’après- midi, j’ai su les détails de votre maladie par un rapport de Lina à Loe. Väl, je suis vraiment ravi que vous vous soyez rétabli aussi vite et que vous ayez pu compter sur vos amis. Promettez de ne pas recommencer.

Votre précédente lettre m’a rappelé que je m’étais trompé en croyant vous avoir tenu au courant des résultats de l’examen de Loe. Comme je puis supposer que rien ne vous intéresserait davantage, je peux commencer cette lettre (destinée à être plus longue que d’ordinaire, car je souffre de migraine, d’indigestion, etc.) en retraçant ce que j’ai manqué. L’examen a fait apparaître une légère pyélite (pas grave) de part et d’autre, une cystite qu’on n’attendait pas (sans symptômes), un rein gauche (doulou­reux) en bon état, et un rein droit en mauvais état; ça n’a pas expliqué la douleur constante du côté gauche (torsion, cicatrice ou hystérie), ni éclairé l’état de l’urètre gauche, censé être dilaté et de nature à retenir des concrétions. La radio aurait fait apparaître quelque chose de sombre sur un point correspondant [au point de] à la partie [grossière(1)] de l’urètre en cause, même si, naturligtvis, je ne puis tirer quoi que ce soit de cette photographie. Elle n’a pas été très bien depuis l’examen, mon impression étant qu’elle plonge maintenant dans la névrose qui peut se révéler utile en cas d’ajournement du mariage.

Elle porte désormais un intérêt théorique à la ψα, se prêtant de bonne grâce à l’ana­lyse, tout en restant fermement convaincue (autrement dit, décidée) que cela ne chan­gera rien. Je sais (pas elle) qu’elle avait l’intention de donner à son père un enfant, […(2)], accumulant à cette fin le contenu du circuit alimentaire, et enrageant contre la mère, qui avait provoqué « une fausse couche », qui avait détruit l’enfant en formation par les lavements quotidiens. La révulsion est survenue après qu’elle a pris un mari (vous le connaissez) qui a rempli deux conditions paternelles importantes (l’une étant « aider le père », l’autre, « montrer son pénis à l’enfant ») ; elle s’est métamorphosée en sa mère, et depuis la mère et elle ne cessent de se disputer dans son âme.

Mon intéressant « Verschreiben » a bien pu éveiller votre méfiance. Mais souvenez-vous que je n’ai pas essayé de le dissimuler, et que j’ai même attiré votre atten­tion sur lui(3). Quelques jours auparavant, j’ai commis la même faute avec Rank, peut-être avec le même résultat indésirable. Je me suis plaint du manque de fiabilité et de la négligence de Reik, et comme Rank et Sachs me l’ont certifié, j’ai prononcé « Rank » au lieu de « Reik (4) ». Or aucun reproche ne serait plus injuste dans le cas de Rank. L’explication est ailleurs. C’est un tour commun de mon inconscient de sup­planter une personne que je n’aime pas par une meilleure (voir le premier rêve sur «l’Injection d’Irma(5)»). Rank à la place de Reik est l’équivalent de la pensée: Pour­quoi ne peut-il être comme vous ? C’est de la tendresse voilée, tout comme dans votre cas. Vous vous souvenez peut-être qu’après le Congrès de Munich(6) je ne pou­vais prononcer le nom de «Jung» et qu’il me fallait toujours le remplacer par «Jones».

Votre lettre à Abraham nous a paru convaincante à tous (Ferenczi étant présent ce dimanche) ; nos pensées étaient déjà engagées sur la même voie. Il est impossible d’accélérer le Årsbok, la prochaine échéance est fin juillet. Peut-être une attaque pourrait être risquée du côté de l’inactivité totale et de la paresse du Central ; il n’y a pas trace de Correspondentzblatt depuis septembre. Le seul scrupule est que nous serions malheureux d’en avoir, donc mieux vaut ne pas les presser.

Le rapport d’activité de votre lettre (non perdue) était très prometteur, et l’épi­sode du crocodile fort amusant. Je suis sûr que d’ici un an vous serez capitaine à la tête de l’armée.

Fisher Unwin (je ne sais jamais si je vous donne des nouvelles pour la première ou la deuxième fois) négocie l’édition anglaise, non seulement de l «Alltagsleben», mais aussi de Totem & Tabou et från Witz (7). Federn aura la bonne fortune d’aller en Amérique afin de poursuivre le traitement d’un homme riche, il en avait terriblement besoin.

Le War Office de Washington m’a demandé mon portrait pour la collection du Medical Museum et la bibliothèque. L’eau-forte exécutée à la demande de Heller est maintenant sortie ; certains amis la trouvent excellente, la famille abominable ; Loe est de cet avis.

Maintenant que notre numéro critique est paru, attendons de voir l’effet(8).

Avec mes sentiments les meilleurs et toutes mes amitiés

bien à vous

Freud


1. Rayé dans l’original.

2. Mot illisible, rayé dans l’original.

3. Voir lettre 181, notera 4.

4. Theodor Reik (1888-1970), docteur en psychologie de l’Université de Vienne en 1911 ; exerça « l’analyse profane» ; accusé de charlatanisme en 1926, il fut acquitté avec l’aide de Freud ; auteur proli­fique, ses contributions touchent à tous les domaines, de la psychanalyse à l’autobiographie en passant par l’anthropologie et la littérature.

5. Le premier de ses rêves dont Freud ait fait une interprétation détaillée; voir Freud (1900en, p. 106-121 ; trad., p. 253-257).

6. International Psychoanalytic Association, 7-8 September 1913.

7. Fisher Unwin devait en sortir deux ; Se Brill (1914, 1916c).

8. De tidskrift contenant trois critiques de Jung: Abraham (1914), Jones (1914c) et Ferenczi (1914).

23-03-1914 Jones till Freud

23 Mars 1914

69 Hamn, London

Cher professeur Freud,

J’ai reçu aujourd’hui votre lettre datée du 19, et je vois que ma dernière lettre a dû s’égarer ou prendre du retard. Je vous ai écrit six pages pleines le 13, et les ai pos­tées en milieu de journée, den 14. Peut-être l’avez-vous enfin reçue.

Je vous félicite sincèrement de la naissance de votre premier petit-enfant, et je suis sûr que vous en êtes fier.

Vos observations sur Loe m’ont intéressé (j’ose dire qu’il vous est plus facile de comprendre pourquoi je l’ai aimée que les raisons pour lesquelles je l’ai aussi haïe), mais j’ai hâte de savoir si l’examen urologique a eu lieu, et quels en sont les résultats.

Ma propre maladie, dont je vous faisais une description dans la lettre perdue(1)(elle n’a pas assez d’intérêt pour que je la répète), appartient maintenant au passé, et je me remets au travail avec ardeur.

Je rendrai compte du livre de Prince sur l’ Unconscious (WHO, naturligtvis, n’a rien à voir avec le véritable inconscient(2), et demanderai à Eder de parler du Tuckey (3). Constance Long avait rédigé sa contribution avant de rencontrer Jung, et tout ce qu’elle peut avoir de valeur, elle le doit à Eder et à Bryan, qui ont donné les exem­ples, etc.. Comment interprétez-vous votre Verschreiben à cet égard (peut-être a-t-il été écrit avant que [vous] elle n’ait entendu l’évangile de Jung (4) ?

Avant cette lettre, vous aurez reçu ma réponse à Abraham, à moins qu’elle ne se soit également égarée (elle avait la même date que l’autre lettre). Je préférerais attendre la parution du Årsbok. Y a-t-il une chance qu’elle soit avancée?

Faites-moi savoir, je vous prie, si ma lettre ne vous parvient pas, parce qu’en ce cas il me faudra répéter une partie de son contenu (ce qui se passe à Londres, etc.).

Amitiés sincères

Din

Jones.


1. En réalité, elle ne s’était pas perdue.

2. Voir lettre 7, notera 10.

3. Pour le compte rendu d’Eder, utsikt tidskrift, 2, 1914, p. 178-179.

4. Rayé dans l’original.

23-03-1914 Ferenczi à Freud

466 Järn

INTERNATIONAL JOURNAL OF MEDICAL PSYCHOANALYSIS Redigerad av professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C °, Wien, Jag. Bauernmarkt Nu 3 Abonnementspreis : alla (6 Hefte, 36-40 Bogen) KARLSSON 21.60 = Mk. 18.

Budapest, den 23 Mars 1914

Kära Professor,

En toute hâte, seulement ceci : je dois à vos explications d’hier (1) sur la « protestation virile », le dénouement d’une résistance d’un an et demi, et ce dès le premier jour. Le patient (ingenjör) a toujours frémi d’horreur à l’idée, notamment, de déchirer et d’effilocher des morceaux de viande. (Chaque fois, j’ai interprété cela correctement comme une angoisse de castration.) Aujourd’hui, entre autres, les associations suivantes: (1) une dent à moitié cassée, terriblement douloureuse. (2) Trois barres de fer attachées par des anneaux et cassées en deux. (3) Une saucisse cuite. Quand je lui ai dit qu’il était en peine pour son pénis, c’est-à-dire pour sa virilité, qu’il devrait sacrifier à mon amour s’il voulait me satisfaire en tant que femme, sa résistance s’est dénouée tout d’un coup, il s’est arrêté de vitupérer et a commencé à travailler correctement (2).

Hier déjà, l’importance énorme du savoir sur la vraie nature de la pro­testation virile m’a tout de suite sauté aux yeux. Je crois que je n’aurais jamais trouvé cela moi-même, à cause de mes propres complexes inconscients analogues.

Je me réjouis de pouvoir vous envoyer si rapidement cette confirmation.

Cordialement,

din Ferenczi


(1) Lors de la visite de Ferenczi, le dimanche 22 Mars.

(2) Cette suite d’idées a joué un grand rôle dans l’analyse de «l’Homme aux Loups» par Freud, Extrait de l’histoire d’une névrose infantile (1918/» [1914]) in Cinq psychanalyses, pp. 325- 420, dont l’analyse, commencée en 1910, tirait justement à sa fin. Par exemple : « Il semblerait ainsi qu’au cours de ce rêve, il se fût identifié avec la mère châtrée et se fût débattu alors contre cette identification. ” Si tu veux être sexuellement satisfait par le père se serait-il dit à peu près, ” il faut que tu admettes, comme ta mère, la castration. Mais je ne veux pas!” Bref, une évidente protestation de virilité! », ibid., p. 358. Voir aussi p. 392 : « L’enfant émit l’assertion que, pendant le coït de la scène primitive, il avait observé la disparition du pénis, qu’il avait, par suite, eu pitié de son père et s’était réjoui en voyant reparaître ce qu’il avait cru perdu. »

19-03-1914 Freud Jones

19 Mars 1914

Wien, IX. Berggasse 19

Mon cher Jones,

Est-il vrai que vous êtes malade ? Que vous n’écriviez pas semble confirmer la rumeur. Dites-m’en davantage, j’espère que ce n’est rien de plus que vos rhuma­tismes.

J’ai reçu aujourd’hui deux livres, que vous devez connaître, Treatment by Hypnos, etc., de Lloyd Tuckey, dernière édition, qui évoque la ψα dans la préface et un chapitre spécial de Const. Long(1), och Unconscious, de Morton Prince(2). L’essai de Long ne porte aucune trace de l’infection suisse (peut-être a-t-il été écrit avant que [vous(3)] elle n’ait entendu l’évangile de Jung(4)) ; quant à l’ Unconscious de Prince, il n’a proba­blement rien à voir avec la force authentique avec laquelle nous bataillons quelques heures par jour. Je suis sûr que vous ferez une recensión de ces deux ouvrages dans la tidskrift (5).

J’ai fini mes deux travaux, Beiträge et Narcissm, et me sens disponible pour de nouvelles aventures. Vous ne devez pas compter sur mon enthousiasme dans aucun des deux cas (6). Moïse sort tout juste des presses (7), mieux vaut sans doute ne pas recon­naître cet enfant en public.

Ma fille de Hambourg (8) vient de donner naissance à un garçon, Ernst Wolfgang, den 11 de ce mois, tout s’est passé à merveille et tout va pour le mieux à l’heure qu’il est, le garçon n’est pas très solide et n’a pas encore manifesté ses instincts de conser­vation en suçant ce qui lui est donné à profusion. J’espère qu’il peut encore apprendre.

Pour ce qui est de Loe, nous sommes en excellents termes, je commence à mieux comprendre son histoire, qui est fort intéressante, et j’avoue admirer vivement son obstination et son énergie, dont une partie est encore canalisée vers des objectifs irra­tionnels. Comme vous le savez, son cas s’est révélé mélangé, et il est difficile de dire précisément de quoi est fait le mélange. Herbert Jones se conduit toujours de manière irréprochable, le sort pourrait bien tirer le meilleur parti de lui.

Abraham a fait montre de grands talents dans l’organisation du Årsbok. Sa pro­position est certainement de vous occuper à cette heure.

Lucy Hoesch Ernst m’a quitté hier à mon grand soulagement. C’est un fardeau.

En espérant avoir de vos nouvelles dès que possible.

Fidèlement à vous

Freud



1. Constance Long, An Introduction to Psycho-Analysis, in C. Lloyd Tuckey, Treatment by Hypno­tism and Suggestion, 6och éd., London, Ballière, Tindal & Cox, 1913.

2. Prins (1914).

3. Rayé dans l’original.

4. Dans la marge de gauche, l’erreur est soulignée par « ! ! ». Le lapsus est expliqué dans la lettre 183.

5. Jones n’en fit rien.

6. Freud (1914 d, 1914 c).

7. Freud (1914 b).

8. Sophie Freud Halberstadt.