Månadsarkiv: juni 1907

28-06-1907 Jung à Freud

33 J

Burgholzli Zurich,

28. VI.07.

Ärade professor!

D’abord quelques communications « d’affaires » : le Dr Stein1 de Budapest et un autre médecin neurologue, le Dr Ferenczi 2, veulent une fois vous rendre visite à Vienne et m’ont prié de vous demander quand une visite vous serait la plus commode. Le Dr Stein est un homme très convenable, d’une bonne intel­ligence, qui a travaillé expérimentalement avec moi. Il est encore tout à fait débutant dans l’art, mais a remarquablement vite compris la chose et l’exerce en pratique. Je pense que le mieux sera de vous mettre directement en contact avec lui (Dr Stein, Semmelweisgasse 11, Budapest).

Muthmann a été assistant à l’asile d’aliénés de Bâle. Je n’ai malheureusement jamais eu de rapport personnel avec lui. J’ai tout de suite commandé son livre. Il paraît, me raconte Bleuler, qu’il y a dedans un passage très amusant (corrigé), qui est très significatif du courage viril du Pr Wolff (3). Muthmann n’est d’ailleurs pas suisse, mais a peut-être appris en Suisse ce qu’est la colonne vertébrale.

Le médecin-chef Bolte (4) de Brême, qui a dernièrement pris parti pour vous et dont le travail paraîtra dans la Allgemeine Zeitschrift für Psychiatrie, est un Brêmois, autant que je sache; il vient donc d’une ville franche de l’empire. Le milieu fait apparemment beaucoup.

Par le même courrier je vous envoie le travail d’une de mes élèves, qui vous intéressera peut-être. Je crois en effet que les idées fondamentales de ce travail se laisseraient déve­lopper en une science statistique des complexes.

Grâce à votre aimable envoi j’ai vu avec une joie sincère que votre Psykopatologi i vardagen voit sa deuxième édition. C’est bien que vous ayez grandement étendu le texte; plus il y a d’exemples, mieux c’est. J’espère que vous pourrez également produire bientôt une nouvelle édition de l’ Interpré­tation des rêves (5), car il me semble parfois que votre prophétie se réalise, à savoir que vous aurez percé d’ici dix ans. Cela bouge déjà de différents côtés : vous aurez sans doute reçu le travail d‘Otto Gross 6; il faut dire que là, je n’arrive pas bien à me per- suader que vous deviez plus ou moins simplement être le tailleur de pierres qui travaille au dôme inachevé du système de Wernicke 7. Il est bon cependant que soient démontrées toutes les lignes qui convergent vers vous. Le travail de Gross contient encore nombre de choses singulières, bien que dans le fond il ait une excellente compréhension. Je suis très impatient d’entendre ce que vous en dites.

Quelles sont les destinées de votre Material? Avez-vous de nouveaux comptes rendus?

Cela vous intéressera peut-être de savoir que ma patiente (dem. pr.) avec le transfert sur le frère a soudain eu, derniè­rement, des pensées mégalomaniaques : elle prétend avoir vécu elle-même le contenu de la Question sexuelle 8 de Forel, se tient pour parente de beaucoup de personnes distinguées, soupçonne les médecins de toutes sortes de relations sexuelles, veut épou­ser l’un des médecins assistants, un autre (médecin marié) aurait engrossé une patiente, une certaine demoiselle Lüders, de même une demoiselle Skudler, aussi doit-il divorcer d’avec sa femme. (Nous appelons Luder une personne qui a une mau­vaise réputation sexuelle!) Je ne sais rien de plus détaillé. Le médecin qu’elle veut épouser porte par hasard le même nom qu’elle (que son frère!)

Mes expériences de voyage sont pauvres. J’ai parlé à Janet et suis très déçu. Il n’a que des connaissances tout à fait pri­mitives de la dem. pr. Aux choses plus récentes, vous inclus, il ne comprend rien du tout. Il est enfoncé dans ses schémas, och, soit dit en passant, il n’est qu’une intelligence, mais pas une personnalité, un plat causeur et le type du bourgeois médio­cre. Une très mauvaise blague : la splendeur du traitement par isolement chez Déjérine (9) à la Salpêtrière. Tout cela m’a fait une impression indiciblement puérile, et le moins puéril n’est pas la fumée des hauteurs qui embrume toutes les têtes dans une telle clinique. Ces gens ont cinquante ans de retard! Cela m’a porté sur les nerfs, de sorte que j’ai renoncé à Londres, où il y a encore bien moins à chercher. Je me suis en revanche consacré aux châteaux de la Loire. Il n’est donc pas question de complexe parisien. Malheureusement mon temps est encore très pris. Trois candidatures de personnes qui veulent travailler avec moi m’ont été proposées, c’est extrêmement international : un de Suisse, un de Budapest et un de Boston. L’Allemagne va être mal représentée. La question de la publication d’un Archiv devient plus pressante dans ces conditions. Je veux commencer à regarder la chose de plus près. La question de l’éditeur pré­sentera sans doute certaines difficultés. Mais avant d’entrepren­dre quelque chose de définitif dans cette direction, je dois engranger mon IIoch volume des Études diagnostiques d’asso­ciation; cela me coûtera encore beaucoup de travail; car les travaux d’élèves donnent bien plus à faire que les propres travaux.

Binswanger jun. travaille à présent psychanalytiquement à Iéna. Espérons qu’il y laissera quelques traces durables. Son oncle souhaiterait ma visite. Malheureusement je n’en trouverai guère le temps, si utile que cela puisse être.

Recevez les meilleures salutations de votre toujours dévoué

Young.


1. Philippe (Fülöp) Stein (1867-19×8), psychiatre hongrois, formé à Vienne. Il participa en 1906-1907 aux expériences d’association au Burg- hölzli, après avoir fait la connaissance de Bleuler au Congrès international de l’anti-alcoolisme à Budapest en 19öS. Fondateur du mouvement anti­alcoolique en Hongrie. Il abandonna la psychanalyse en 1913 et travailla dès lors comme neurologue à l’hôpital des ouvriers de Budapest.

2. Sandor Ferenczi (1873-1933), originairement Fraenkel, neurologue et psychanalyste hongrois, plus tard ami intime et collaborateur de Freud. Membre du « comité » (voir la notice après 321 J). Il fonda en 1913 l’Asso­ciation hongroise de psychanalyse.

3. Gustav Wolff (1865-1941), professeur de psychiatrie à Bâle, tenant du néovitalisme et de la téléologie.

4. Richard Bolte, « Assoziationsversuche als diagnostisches Hilfsmittel » [Essais d’association comme auxiliaires du diagnostic], Allgemeine Zeit­schrift für Psychiatrie und psychisch-gerichtliche Medizin, flyg. LXIV, 1907; cf. les comptes rendus de Jung dans G.W., 18.

5. L’Interprétation des rêves. Éd. originale : Tolkningen av drömmar, Leipzig et Vienne, 1900. L’édition française citée en référence dans ce volume est la traduction d’I. Meyerson, nouvelle édition augmentée et révisée par D. Berger, Paris, P.U.F., 1967

6. Otto Gross (1877-1919). Études de médecine à Graz, puis assistant de Kraepelin à Munich. Jung entend ici son livre Das Freudsche Ideoge- nitätsmoment und seine Bedeutung im manisch-depressiven Irresein Kraepelins [L’idéogénité freudienne et sa signification dans l’aliénation maniaco-dépressive de Kraepelin] Leipzig, 1907, qui traite de cas étudiés à la clinique munichoise. — Jung consacre un chapitre de ses Types psychologiques [ed. orig., 1921) aux idées typologiques que Gross exprime dans ses deux livres Die zerebrale Sekundärfunktion [La fonction cérébrale secondaire], Leipzig 1902, och Über psychopathische Minderwertigkeiten [Sur les infério­rités psychopathologiques], Vienne et Leipzig, 1909. Sur Otto Gross, d’abord abstinent et végétarien, puis toxicomane et mort dans la misère, voir Frieda Lawrence, The Memoirs and Correspondance, ed. E.W. Tedlock jr., London, 1961 (Frieda Weekly, née von Richthofen, plus tard épouse de D.H. Lawrence, eut en effet une liaison avec lui pendant son époque munichoise; il figure dans ses mémoires sous le nom d’Octavio) ; Leonhard Frank, Links, wo das Herz ist [A gauche, où est le cœur], 1952, où il iigure sous le nom de Dr Otto Kreuz; Robert Lucas, Frieda von Richthofen, München, 1972; Martin Green, The Von Richthofen Sisters, New York, 1974.

7. Carl Wernicke (1848-1905), professeur de psychiatrie à Berlin, Bres­lau et Halle. Il découvrit le centre de la parole dans le cerveau. Il est l’auteur d’un livre fondamental sur l’aphasie : Der aphasische Symptom- komplex ; Ein psychologische Studie auf anatomischer Basis, [Le syndrome aphasique; une étude psychologique fondée sur l’anatomie], Breslau, 1874.

8. La Question sexuelle (ed. orig. München, 19o5).

9. Joseph Déjérine(18491917), neurologue suisse, alors directeur de la Salpêtrière à Paris.

28-06-1907 Jung à Freud

33 J Burgholzli Zurich, 28. VI. 07.

Ärade professor!

D’abord quelques communications « d’affaires » : le Dr Stein1 de Budapest et un autre médecin neurologue, le Dr Ferenczi 2, veulent une fois vous rendre visite à Vienne et m’ont prié de vous demander quand une visite vous serait la plus commode. Le Dr Stein est un homme très convenable, d’une bonne intel­ligence, qui a travaillé expérimentalement avec moi. Il est encore tout à fait débutant dans l’art, mais a remarquablement vite compris la chose et l’exerce en pratique. Je pense que le mieux sera de vous mettre directement en contact avec lui (Dr Stein, Semmelweisgasse 11, Budapest).

Muthmann a été assistant à l’asile d’aliénés de Bâle. Je n’ai malheureusement jamais eu de rapport personnel avec lui. J’ai tout de suite commandé son livre. Il paraît, me raconte Bleuler, qu’il y a dedans un passage très amusant (corrigé), qui est très significatif du courage viril du Pr Wolff (3). Muthmann n’est d’ailleurs pas suisse, mais a peut-être appris en Suisse ce qu’est la colonne vertébrale.

Le médecin-chef Bolte (4) de Brême, qui a dernièrement pris parti pour vous et dont le travail paraîtra dans la Allgemeine Zeitschrift für Psychiatrie, est un Brêmois, autant que je sache; il vient donc d’une ville franche de l’empire. Le milieu fait apparemment beaucoup.

Par le même courrier je vous envoie le travail d’une de mes élèves, qui vous intéressera peut-être. Je crois en effet que les idées fondamentales de ce travail se laisseraient déve­lopper en une science statistique des complexes.

Grâce à votre aimable envoi j’ai vu avec une joie sincère que votre Psykopatologi i vardagen voit sa deuxième édition. C’est bien que vous ayez grandement étendu le texte; plus il y a d’exemples, mieux c’est. J’espère que vous pourrez également produire bientôt une nouvelle édition de l’Interpré­tation des rêves (5), car il me semble parfois que votre prophétie se réalise, à savoir que vous aurez percé d’ici dix ans. Cela bouge déjà de différents côtés : vous aurez sans doute reçu le travail d‘Otto Gross 6; il faut dire que là, je n’arrive pas bien à me per- suader que vous deviez plus ou moins simplement être le tailleur de pierres qui travaille au dôme inachevé du système de Wernicke 7. Il est bon cependant que soient démontrées toutes les lignes qui convergent vers vous. Le travail de Gross contient encore nombre de choses singulières, bien que dans le fond il ait une excellente compréhension. Je suis très impatient d’entendre ce que vous en dites.

Quelles sont les destinées de votre Material? Avez-vous de nouveaux comptes rendus?

Cela vous intéressera peut-être de savoir que ma patiente (dem. pr.) avec le transfert sur le frère a soudain eu, derniè­rement, des pensées mégalomamaques : elle prétend avoir vécu elle-même le contenu de la Question sexuelle 8 de Forel, se tient pour parente de beaucoup de personnes distinguées, soupçonne les médecins de toutes sortes de relations sexuelles, veut épou­ser l’un des médecins assistants, un autre (médecin marié) aurait engrossé une patiente, une certaine demoiselle Lüders, de même une demoiselle Skudler, aussi doit-il divorcer d’avec sa femme. (Nous appelons Luder une personne qui a une mau­vaise réputation sexuelle!) Je ne sais rien de plus détaillé. Le médecin qu’elle veut épouser porte par hasard le même nom qu’elle (que son frère!)

Mes expériences de voyage sont pauvres. J’ai parlé à Janet et suis très déçu. Il n’a que des connaissances tout à fait pri­mitives de la dem. pr. Aux choses plus récentes, vous inclus, il ne comprend rien du tout. Il est enfoncé dans ses schémas, och, soit dit en passant, il n’est qu’une intelligence, mais pas une personnalité, un plat causeur et le type du bourgeois médio­cre. Une très mauvaise blague : la splendeur du traitement par isolement chez Déjérine (9) à la Salpêtrière. Tout cela m’a fait une impression indiciblement puérile, et le moins puéril n’est pas la fumée des hauteurs qui embrume toutes les têtes dans une telle clinique. Ces gens ont cinquante ans de retard! Cela m’a porté sur les nerfs, de sorte que j’ai renoncé à Londres, où il y a encore bien moins à chercher. Je me suis en revanche consacré aux châteaux de la Loire. Il n’est donc pas question de complexe parisien. Malheureusement mon temps est encore très pris. Trois candidatures de personnes qui veulent travailler avec moi m’ont été proposées, c’est extrêmement international : un de Suisse, un de Budapest et un de Boston. L’Allemagne va être mal représentée. La question de la publication d’un Archiv devient plus pressante dans ces conditions. Je veux commencer à regarder la chose de plus près. La question de l’éditeur pré­sentera sans doute certaines difficultés. Mais avant d’entrepren­dre quelque chose de définitif dans cette direction, je dois engranger mon IIoch volume des Études diagnostiques d’asso­ciation; cela me coûtera encore beaucoup de travail; car les travaux d’élèves donnent bien plus à faire que les propres travaux.

Binswanger jun. travaille à présent psychanalytiquement à Iéna. Espérons qu’il y laissera quelques traces durables. Son oncle souhaiterait ma visite. Malheureusement je n’en trouverai guère le temps, si utile que cela puisse être.

Recevez les meilleures salutations de votre toujours dévoué

Young.


1. Philippe (Fülöp) Stein (1867-1918), psychiatre hongrois, formé à Vienne. Il participa en 1906-1907 aux expériences d’association au Burg- hölzli, après avoir fait la connaissance de Bleuler au Congrès international de l’anti-alcoolisme à Budapest en 1905. Fondateur du mouvement anti­alcoolique en Hongrie. Il abandonna la psychanalyse en 1913 et travailla dès lors comme neurologue à l’hôpital des ouvriers de Budapest.

2. Sandor Ferenczi (1873-1933), originairement Fraenkel, neurologue et psychanalyste hongrois, plus tard ami intime et collaborateur de Freud. Membre du « comité » (voir la notice après 321 J). Il fonda en 1913 l’Asso­ciation hongroise de psychanalyse.

3. Gustav Wolff (1865-1941), professeur de psychiatrie à Bâle, tenant du néovitalisme et de la téléologie.

4. Richard Bolte, « Assoziationsversuche als diagnostisches Hilfsmittel » [Essais d’association comme auxiliaires du diagnostic], Allgemeine Zeit­schrift für Psychiatrie und psychisch-gerichtliche Medizin, flyg. LXIV, 1907; cf. les comptes rendus de Jung dans G.W., 18.

5. L’Interprétation des rêves. Éd. originale : Tolkningen av drömmar, Leipzig et Vienne, 1900. L’édition française citée en référence dans ce volume est la traduction d’I. Meyerson, nouvelle édition augmentée et révisée par D. Berger, Paris, P.U.F., 1967

6. Otto Gross (1877-1919). Études de médecine à Graz, puis assistant de Kraepelin à Munich. Jung entend ici son livre Das Freudsche Ideoge- nitätsmoment und seine Bedeutung im manisch-depressiven Irresein Kraepelins [L’idéogénité freudienne et sa signification dans l’aliénation maniaco-dépressive de Kraepelin] Leipzig, 1907, qui traite de cas étudiés à la clinique munichoise. — Jung consacre un chapitre de ses Types psychologiques [ed. orig., 1921) aux idées typologiques que Gross exprime dans ses deux livres Die zerebrale Sekundärfunktion [La fonction cérébrale secondaire], Leipzig 1902, och Über psychopathische Minderwertigkeiten [Sur les infério­rités psychopathologiques], Vienne et Leipzig, 1909. Sur Otto Gross, d’abord abstinent et végétarien, puis toxicomane et mort dans la misère, voir Frieda Lawrence, The Memoirs and Correspondance, ed. E.W. Tedlock jr., London, 1961 (Frieda Weekly, née von Richthofen, plus tard épouse de D.H. Lawrence, eut en effet une liaison avec lui pendant son époque munichoise; il figure dans ses mémoires sous le nom d’Octavio) ; Leonhard Frank, Links, wo das Herz ist [A gauche, où est le cœur], 1952, où il figure sous le nom de Dr Otto Kreuz; Robert Lucas, Frieda von Richthofen, München, 1972; Martin Green, The Von Richthofen Sisters, New York, 1974.

7. Carl Wernicke (1848-1905), professeur de psychiatrie à Berlin, Bres­lau et Halle. Il découvrit le centre de la parole dans le cerveau. Il est l’auteur d’un livre fondamental sur l’aphasie : Der aphasische Symptom- komplex ; Eine psychologische Studie auf anatomischer Basis, [Le syndrome aphasique; une étude psychologique fondée sur l’anatomie], Breslau,1874.

8. La Question sexuelle (ed. orig. München, 19o5).

9. Joseph Déjérine(18491917), neurologue suisse, alors directeur de la Salpêtrière à Paris.

14-06-1907 Freud à Jung

32 F

14. 6. 07.

IX, Berggasse 19.

Min kära kollega,

Bonne nouvelle, que Genève également s’intéresse à la cause. Claparède et Flournoy ont toujours manifesté une attitude aimable dans leur revue. Je suis très content à présent qu’ils aient l’intention d’attirer l’attention sur vos travaux par un compte rendu détaillé. J’en profiterai certainement moi aussi.

Aujourd’hui justement m’est parvenu le livre d’un homme qui semble porter son nom à juste titre (1), Zur Psychologie und Therapie neurotischer Symptôme, par A. Muthmann (2). Il porte sur le titre la mention « une étude fondée sur la théorie des névroses de Freud ». M[uthmann] a été assistant à Bâle. Cela ne peut être un hasard; un Suisse comme lui me semble en vérité posséder plus de courage qu’un sujet allemand libre. Le livre est brave, de belles histoires de cas, de bons résultats, digne et modeste; j’espère que c’est un solide collaborateur qui se manifeste là. La perspective lui fait encore défaut, il traite ce qui a été trouvé en 1898 comme du tout nouveau, il ne dit pas non plus le moindre mot du transfert.

Je vous prends donc au mot au sujet de la revue. Vous conviendrez de plus en plus de sa nécessité; on ne manquera guère de lecteurs. Ne nous donnons pas un délai d’hésitation trop long, en automne 1908 environ le premier numéro. Vous avez naturellement touché dans le mille avec votre observation sur les cas ambulatoires. Selon leur manière coutumière de vivre les expériences, la réalité est trop proche aux femmes pour qu’elles croient au fantasme. Si j’avais voulu organiser mes affirmations d’après les indications des femmes de chambre, il n’en serait sorti que des cas négatifs. Cette conduite s’accorde d’ailleurs à d’autres particularités sexuelles de cette classe; des gens informés m’assurent que ces jeunes filles se laissent plus faci­lement coïter que par exemple regarder dévêtues. La chance de la thérapeutique consiste en ce qu’on a d’abord appris tant de choses dans les autres cas qu’on peut raconter soi-même leur histoire à ces personnes, sans attendre leurs contributions. Elles confirme­ront certainement alors; on ne peut rien apprendre de leur cas.

Dommage que mon cas avec la tasse de thé ne soit pas encore terminé; il pourrait sinon jeter de la lumière sur votre patiente qui vomit quand il y a une miette de pain dans le café. D’après quelques indices, ces symptômes renvoient à l’excrémentiel (urine et fèces). Il faudrait saisir le cas en commençant par le dégoût devant le cadavre de la mère. Le dégoût devant la mère remonte sans doute à l’époque de l’initiation sexuelle. J’ai d’ailleurs oublié que le sang menstruel est aussi à compter au nombre des excréments. Ce qui rend presque impossible un court traitement ambulatoire des cas, c’est l’élément tem­porel. En des durées aussi courtes, aucun changement psychi- que ne peut s’accomplir, de même qu’on ne dit rien à un homme qu’on connaît depuis si peu de temps.

Je vous remercie beaucoup de ce que vous enrichissiez mon expérience par la communication de cas de dem. pr. Votre dernier, femme de 36 år, fixation à la mère, peut réellement être appelé idéal. La question : où donc mettre la libido qui doit être détachée de la mère? peut alors être résolue, si la chose se dessine comme dans d’autres de vos cas, par son dérou­lement [Verlauf] : vers l’auto-érotique. Il est intéressant que cet investissement de la mère qui succombe au processus de refoulement ait d’emblée une composante pathologique (com­pensatoire). Elle est excessive parce qu’il y a détournement loin du père; il faut présupposer un stade préliminaire d’incli­nation infantile commune pour le père. Peut-être important théoriquement. Vos intentions de voyage à Paris et à Londres me montrent, à ma satisfaction, que le temps où vous fournis­siez un travail excessif est passé. Je vous souhaite un complexe parisien intéressant, mais aussi je n’aimerais pas savoir le complexe viennois refoulé par l’autre. L’obstacle chez les Français est sans doute essentiellement de nature nationale; l’importation vers la France a toujours comporté des difficultés. Janet est une fine intelligence, mais il est parti sans la sexualité et ne peut à présent plus avancer; nous savons qu’en science il n’y a pas de retour en arrière. Mais vous entendrez certaine­ment beaucoup de belles choses.

Avec mes salutations cordiales, Votre dévoué

Dr Freud.


1. Mut (h) courage.

2. Arthur Muthmann (1875-19..), Zur Psychologie und Therapie neuro­tischer Symptôme; Eine Studie auf Grund der Neurosenlehre Freuds [Contribution à la psychologie et à la thérapeutique des symptômes névrotiques; une étude fondée sur la théorie freudienne des névroses]. Halle, 1907.

14-06-1907 Freud à Jung

32 F

14. 6. 07.

IX, Berggasse 19.

Min kära kollega,

Bonne nouvelle, que Genève également s’intéresse à la cause. Claparède et Flournoy ont toujours manifesté une attitude aimable dans leur revue. Je suis très content à présent qu’ils aient l’intention d’attirer l’attention sur vos travaux par un compte rendu détaillé. J’en profiterai certainement moi aussi.

Aujourd’hui justement m’est parvenu le livre d’un homme qui semble porter son nom à juste titre (1), Zur Psychologie und Therapie neurotischer Symptome, par A. Muthmann (2). Il porte sur le titre la mention « une étude fondée sur la théorie des névroses de Freud ». M[uthmann] a été assistant à Bâle. Cela ne peut être un hasard; un Suisse comme lui me semble en vérité posséder plus de courage qu’un sujet allemand libre. Le livre est brave, de belles histoires de cas, de bons résultats, digne et modeste; j’espère que c’est un solide collaborateur qui se manifeste là. La perspective lui fait encore défaut, il traite ce qui a été trouvé en 1898 comme du tout nouveau, il ne dit pas non plus le moindre mot du transfert.

Je vous prends donc au mot au sujet de la revue. Vous conviendrez de plus en plus de sa nécessité; on ne manquera guère de lecteurs. Ne nous donnons pas un délai d’hésitation trop long, en automne 1908 environ le premier numéro. Vous avez naturellement touché dans le mille avec votre observation sur les cas ambulatoires. Selon leur manière coutumière de vivre les expériences, la réalité est trop proche aux femmes pour qu’elles croient au fantasme. Si j’avais voulu organiser mes affirmations d’après les indications des femmes de chambre, il n’en serait sorti que des cas négatifs. Cette conduite s’accorde d’ailleurs à d’autres particularités sexuelles de cette classe; des gens informés m’assurent que ces jeunes filles se laissent plus faci­lement coïter que par exemple regarder dévêtues. La chance de la thérapeutique consiste en ce qu’on a d’abord appris tant de choses dans les autres cas qu’on peut raconter soi-même leur histoire à ces personnes, sans attendre leurs contributions. Elles confirme­ront certainement alors; on ne peut rien apprendre de leur cas.

Dommage que mon cas avec la tasse de thé ne soit pas encore terminé; il pourrait sinon jeter de la lumière sur votre patiente qui vomit quand il y a une miette de pain dans le café. D’après quelques indices, ces symptômes renvoient à l’excrémentiel (urine et fèces). Il faudrait saisir le cas en commençant par le dégoût devant le cadavre de la mère. Le dégoût devant la mère remonte sans doute à l’époque de l’initiation sexuelle. J’ai d’ailleurs oublié que le sang menstruel est aussi à compter au nombre des excréments. Ce qui rend presque impossible un court traitement ambulatoire des cas, c’est l’élément tem­porel. En des durées aussi courtes, aucun changement psychi- que ne peut s’accomplir, de même qu’on ne dit rien à un homme qu’on connaît depuis si peu de temps.

Je vous remercie beaucoup de ce que vous enrichissiez mon expérience par la communication de cas de dem. pr. Votre dernier, femme de 36 år, fixation à la mère, peut réellement être appelé idéal. La question : où donc mettre la libido qui doit être détachée de la mère? peut alors être résolue, si la chose se dessine comme dans d’autres de vos cas, par son dérou­lement [Verlauf] : vers l’auto-érotique. Il est intéressant que cet investissement de la mère qui succombe au processus de refoulement ait d’emblée une composante pathologique (com­pensatoire). Elle est excessive parce qu’il y a détournement loin du père; il faut présupposer un stade préliminaire d’incli­nation infantile commune pour le père. Peut-être important théoriquement. Vos intentions de voyage à Paris et à Londres me montrent, à ma satisfaction, que le temps où vous fournis­siez un travail excessif est passé. Je vous souhaite un complexe parisien intéressant, mais aussi je n’aimerais pas savoir le complexe viennois refoulé par l’autre. L’obstacle chez les Français est sans doute essentiellement de nature nationale; l’importation vers la France a toujours comporté des difficultés. Janet est une fine intelligence, mais il est parti sans la sexualité et ne peut à présent plus avancer; nous savons qu’en science il n’y a pas de retour en arrière. Mais vous entendrez certaine­ment beaucoup de belles choses.

Avec mes salutations cordiales, Votre dévoué

Dr Freud.


1. Mut (h) courage.

2. Arthur Muthmann (1875-19..), Zur Psychologie und Therapie neuro­tischer Symptôme; Eine Studie auf Grund der Neurosenlehre Freuds [Contribution à la psychologie et à la thérapeutique des symptômes névrotiques; une étude fondée sur la théorie freudienne des névroses]. Halle, 1907.

12-06-1907 Jung à Freud

31 J

Burgholzli Zurich, 12. VI. 07.

Ärade professor!

Dans la pause depuis ma dernière lettre j’ai été très pris, de sorte que je suis maintenant assez diminué. A la fin de la semaine dernière, Claparède 1, le directeur du laboratoire de psychologie expérimentale de Genève, est venu chez moi pour se faire intro­duire à la technique de l’expérience d’association. Vos ensei­gnements ont déjà solidement pris pied chez les psychologues de Genève, quand bien même tout n’est pas encore digéré. Le résultat suivant de la visite de Claparède me revient, il est vrai, principalement à moi : C[laparède] veut publier maintenant

dans les Archives de psychologie un grand exposé d’ensem­ble [2] de la totalité de mes travaux. Ce serait une nouvelle fois un symptôme que la cause est en marche. Flournoy [3] s’intéresse aussi extraordinairement à la chose. La semaine prochaine je dois aller pour dix jours à Paris et à Londres. Je rendrai à cette occasion visite à Janet et je l’interviewerai à votre sujet.

Vous me faites naturellement grand plaisir en annotant mes cas, car il n’y a qu’ainsi que je peux voir comment vous abor­dez un cas, ce que vous regardez comme important et comment vous abstrayez des règles plus générales. Je suis tout à fait de votre avis quand vous dites que les cas ne sont pas suffi­samment pénétrés. Indubitablement ils ne le sont pas. Mais dans la dem. praec. on apprend à se contenter de peu.

Il ne faut compléter le premier cas, celui avec la transposition sur le frère. Le matin du mariage de son frère elle a eu subite­ment l’idée de sauter par-dessus un large fossé de canalisation, profond de quatre mètres et s’est fait une distorsio pedis.

Aujourd’hui je vous rapporte le cas suivant :

Femme de trente-six ans. Son père était un sombre caractère, opprimait la famille. Aussi la patiente a-t-elle pris le parti de la mère, qui lui confiait tout son chagrin. Elle devinrent ainsi amies. La patiente n’avait qu’une amie en dehors de sa mère : une femme qui était également malheureuse dans le mariage. Elle n’avait aucun penchant pour les hommes. ETT 28 år, pour des raisons pratiques, elle a épousé un homme plus jeune qu’elle, qui lui était aussi considérablement inférieur intellec­tuellement. Sexuellement elle était absolument sans désirs et totalement frigide. Peu à peu la mère idolâtrée de sa fille est devenue vieille et faible. La patiente a alors déclaré qu’elle ne pouvait ni ne voulait abandonner sa mère. Une dépression peu à peu croissante est alors apparue, négligence de sa famille, pensées de suicide, etc.. Internement. Montre maintenant les symptômes de l’abaissement du niveau mental [4]. Dépression catatonique typique.

Votre proposition concernant la fondation d’un journal distinct correspond à des projets que je formule aussi. J’aimerais proposer le nom d’Archiv für Psychopathologie, car j’aimerais bien avoir un endroit où je pourrais déposer, rassemblés, les travaux faits dans notre laboratoire. J’aimerais cependant y réfléchir encore mûrement pendant un certain temps, car pour l’instant les perspectives de succès auprès du public, qui n’est généralement préparé que négativement, me semblent encore bien problématiques. Il faut de plus que j’aie engrangé aupa­ravant le deuxième volume de mes Etudes diagnostiques d’asso­ciation [Diagnostische Assoziationstudien], avant de pouvoir assumer de nouvelles obligations. Entre-temps il faut laisser agir le levain.

Ma policlinique est bien épineuse. L’analyse chez les gens incultes est une dure affaire. J’ai maintenant une personne qui ne peut pour rien au monde boire le reste de sa tasse de café s’il y a encore un peu de miettes de pain au fond, sinon elle doit vomir. « Cela la chatouille dans le cou. » Quand elle voit un cadavre, elle doit ensuite cracher continuellement pendant plusieurs jours. Ce dernier symptôme semble être apparu au moment de la mort de sa mère. Pouvez-vous me conseiller?

Il est divertissant de voir comme les femmes dans la policli­nique se diagnostiquent l’une l’autre leurs complexes érotiques, alors qu’elles ne les reconnaissent pas elles-mêmes. Chez les gens incultes, l’obstacle principal semble être le transfert terri­blement grossier.

Recevez mes salutations les plus cordiales et tous mes remer­ciements.

Votre entièrement dévoué

Young.


1. Edouard Claparède (1873-1940), psychologue médical et pédagogue suisse, fondateur de l’institut Rousseau à Genève en 1912. Co-éditeur, avec Th. Flournoy, des Archives de psychologie.

[2] N’a jamais vu le jour. Cf. 5g J, § 3.

[3] Théodore Flournoy (1854-1920), Schweiziska psykiatern. Influencé, tout comme Claparède, par la pensée de William James. Jung utilisa les travaux de Flournoy, en particulier le cas Frank Miller pour les Méta­morphoses et symboles de la libido, de même que ses recherches sur un médium, Des Indes à la Planète Mars, Paris, 1900.

[4] I franska i texten. Ou « baisse de la tension ». L’expression remonte à Janet, Les Obsessions et la psychasthénie, Paris 1903, et se trouve fréquemment sous la plume de Jung dans ses derniers écrits.

12-06-1907 Jung à Freud

31 J

Burgholzli Zurich, 12. VI. 07.

Ärade professor!

Dans la pause depuis ma dernière lettre j’ai été très pris, de sorte que je suis maintenant assez diminué. A la fin de la semaine dernière, Claparède 1, le directeur du laboratoire de psychologie expérimentale de Genève, est venu chez moi pour se faire intro­duire à la technique de l’expérience d’association. Vos ensei­gnements ont déjà solidement pris pied chez les psychologues de Genève, quand bien même tout n’est pas encore digéré. Le résultat suivant de la visite de Claparède me revient, il est vrai, principalement à moi : C[laparède] veut publier maintenant

dans les Archives de psychologie un grand exposé d’ensem­ble (2) de la totalité de mes travaux. Ce serait une nouvelle fois un symptôme que la cause est en marche. Flournoy (3) s’intéresse aussi extraordinairement à la chose. La semaine prochaine je dois aller pour dix jours à Paris et à Londres. Je rendrai à cette occasion visite à Janet et je l’interviewerai à votre sujet.

Vous me faites naturellement grand plaisir en annotant mes cas, car il n’y a qu’ainsi que je peux voir comment vous abor­dez un cas, ce que vous regardez comme important et comment vous abstrayez des règles plus générales. Je suis tout à fait de votre avis quand vous dites que les cas ne sont pas suffi­samment pénétrés. Indubitablement ils ne le sont pas. Mais dans la dem. praec. on apprend à se contenter de peu.

Il ne faut compléter le premier cas, celui avec la transposition sur le frère. Le matin du mariage de son frère elle a eu subite­ment l’idée de sauter par-dessus un large fossé de canalisation, profond de quatre mètres et s’est fait une distorsio pedis.

Aujourd’hui je vous rapporte le cas suivant :

Femme de trente-six ans. Son père était un sombre caractère, opprimait la famille. Aussi la patiente a-t-elle pris le parti de la mère, qui lui confiait tout son chagrin. Elle devinrent ainsi amies. La patiente n’avait qu’une amie en dehors de sa mère : une femme qui était également malheureuse dans le mariage. Elle n’avait aucun penchant pour les hommes. ETT 28 år, pour des raisons pratiques, elle a épousé un homme plus jeune qu’elle, qui lui était aussi considérablement inférieur intellec­tuellement. Sexuellement elle était absolument sans désirs et totalement frigide. Peu à peu la mère idolâtrée de sa fille est devenue vieille et faible. La patiente a alors déclaré qu’elle ne pouvait ni ne voulait abandonner sa mère. Une dépression peu à peu croissante est alors apparue, négligence de sa famille, pensées de suicide, etc.. Internement. Montre maintenant les symptômes de l’abaissement du niveau mental (4). Dépression catatonique typique.

Votre proposition concernant la fondation d’un journal distinct correspond à des projets que je formule aussi. J’aimerais proposer le nom d’Archiv für Psychopathologie, car j’aimerais bien avoir un endroit où je pourrais déposer, rassemblés, les travaux faits dans notre laboratoire. J’aimerais cependant y réfléchir encore mûrement pendant un certain temps, car pour l’instant les perspectives de succès auprès du public, qui n’est généralement préparé que négativement, me semblent encore bien problématiques. Il faut de plus que j’aie engrangé aupa­ravant le deuxième volume de mes Etudes diagnostiques d’asso­ciation [Diagnostische Assoziationstudien], avant de pouvoir assumer de nouvelles obligations. Entre-temps il faut laisser agir le levain.

Ma policlinique est bien épineuse. L’analyse chez les gens incultes est une dure affaire. J’ai maintenant une personne qui ne peut pour rien au monde boire le reste de sa tasse de café s’il y a encore un peu de miettes de pain au fond, sinon elle doit vomir. « Cela la chatouille dans le cou. » Quand elle voit un cadavre, elle doit ensuite cracher continuellement pendant plusieurs jours. Ce dernier symptôme semble être apparu au moment de la mort de sa mère. Pouvez-vous me conseiller?

Il est divertissant de voir comme les femmes dans la policli­nique se diagnostiquent l’une l’autre leurs complexes érotiques, alors qu’elles ne les reconnaissent pas elles-mêmes. Chez les gens incultes, l’obstacle principal semble être le transfert terri­blement grossier.

Recevez mes salutations les plus cordiales et tous mes remer­ciements.

Votre entièrement dévoué

Young.


1. Edouard Claparède (1873-1940), psychologue médical et pédagogue suisse, fondateur de l’institut Rousseau à Genève en 1912. Co-éditeur, avec Th. Flournoy, des Archives de psychologie.

2. N’a jamais vu le jour. Cf. 5g J, § 3.

3. Théodore Flournoy (1854-1920), Schweiziska psykiatern. Influencé, tout comme Claparède, par la pensée de William James. Jung utilisa les travaux de Flournoy, en particulier le cas Frank Miller pour les Méta­morphoses et symboles de la libido, de même que ses recherches sur un médium, Des Indes à la Planète Mars, Paris, 1900.

4. I franska i texten. Ou « baisse de la tension ». L’expression remonte à Janet, Les Obsessions et la psychasthénie, Paris 1903, et se trouve fréquemment sous la plume de Jung dans ses derniers écrits.

06-06-1907 Freud à Jung

3o F

6. 6. 07

IX, Berggasse 19.

Min kära kollega,

Jag är mycket förvånad över att det var mig det rika bordet att han faller något för dig. Detta uttalande bör nog hänvisa till saker som inte nämns därefter. Om jag bara hade detta! Jag är precis framför dina usla insatser runt dem. pr. Du kan hitta de blad som bifogas resultaten av de insatser som du anställer mig. Eftersom jag inte känner ärenden, de är otillfredsställande, - Jag tar inte dessa klotter som en möjlighet att upprepa saker som jag, som du skriver mig, uttryckte lite för tydligt första gången.

En bilderbok som du skulle adumbrate lärorikt. Det skulle framför allt att omfamna den arkitektoniska utseende av fallen. Jag försökte något liknande flera gånger, men jag har alltid velat också, Jag ville ha en garanti för synen helt transparent alls, Jag ville representera alla de komplikationer och jag är fast och varje gång. Men vill du inte ta så allvarligt avsikt? Vågar du någonsin ta på allvar kampen för erkännande av vår nya? Det första skulle vara att starta en tidskrift, t.ex. "för psykopatologi och psykoanalys", eller mer insolently endast psyko. Vi hittar en bra redaktör, redaktör kan vara du, Bleuler inte vägra, Jag hoppas, att fungera som en chef på min sida. Vi har andra anställda! Men något som detta lockar. Vi kommer inte att misslyckas utrustning, ingenting kommer att orsaka oss mer smärta än väljer, förkorta och vägra bidrag. Med våra egna analyser (två av oss) vi lätt fylla mer än en volym per år. Och om man säger är rätt : kränkande köper, då förlaget kommer att göra en bra affär.

Inte det vädjar till er inte? Tänk på det så!

Jag nu har mer fritid och kan därför ta några saker i strömmen genom varje dag bredvid mig. Jag noterar i min nya analyser. En av mina patienter har kommit till samråd, och jag är redan vrida huvudet nu, så jag inte har några idéer alls. Dess huvudsakliga symtomet är att den inte kan hålla en kopp te en kopp te] i närvaro av någon; Det är naturligtvis bara en överdriven kondens större hämningar. I morse det fungerade dåligt. "Knappt var jag i förrum, säger att hon nu, Jag ville ha allt tillsammans. Naturligt, när något man har en medfödd feghet! Förutom feghet * och Schale Dig är inte så långt bort. "Den ständigt återkommer orden. Berättelsen om hans barndom spelas mellan hans mor och sjuksköterska, som länge har legat med henne. Moderns namn Emma; lämna tillbaka den : Allmän [sjuksköterska]. Djävulen tar de argumente recensioner ! Förslag, etc.. !

Din hjärt ägnade

Dr Freud.

[Bilaga] (1)

Je dois donc fantasmer [phantasieren] på både din. Jag har antagligen inte behöver kopiera anteckningar, du kanske har.

Den första är den enklaste : Han börjar 9 år, väsentliga bestämningar naturligt placerade bakom; varje hysteri, enligt min mening, hänför sig till sexualitet år 3-5. Men vi kan inte bevisa det utan en lång analys. Din historia ger inte så att det historiska materialet; dessa är barndomsminnen bevarade förhistoriska material som skulle leda till. I dementia praecox, det kommer nog ofta bara historiskt material.

Allt fortsätter sedan klart, kärlek för hennes brors regeringstid utan utsläpp, men omedvetna källor. Under ökande konflikter, progressiv leverans, skuld som en reaktion. Mycket trevligt beteende under engagemang Brother, jämförelse med bruden. Ingen konvertering symptom, endast motstridiga emotionell. När approximation till verkligheten, genom giftermål av Mr, hon associerar med sin bror, utsläppet sker, hon blir sjuk. Onani förmodligen hade kontinuerlig förhindra hysterisk konforma fall, så hysterisk sant skulle ha stoppat en lång tid att onanera och har haft symptom surrogat. Din diagnos av demens är då helt rätt, bekräftas av vanföreställning. Det verkar då som den når att släppa sin libido sin bror, substituera likgiltighet, l'Euphorie [är] teoretiskt stärka mig med investeringsobjekt tas bort.

Därför endast en partiell fall, troligen ofullständig, knappast fullt borrade hittills.

II. Le paranoïde.

Det börjar med homosexuella erfarenheter. Flickan headed boy är medlare för återlämnande av libido till kvinnan. I London konflikt, stöder inte kollapsen av hans förhoppningar, dödar sig ansikte mot den svåra situationen (symbol : n ° 13), Efter flera försök att få vad han vill. Han lyckades inte med hallucinationer ning, det finns ingen regression av psykiska representationer uppfattningar, men uppfattningar påverkas, mer exakt, minnen färska uppfattningar påverkas i riktning fantasier lust. Vi kan lätt skilja denna typ av insatser önskar vanföreställningar. Men de har en speciell karaktär, som är utmärkande för paranoia, och att teorin förklaras av lokalisering. I kampen mellan verklighet och fantasier om lust, dessa verkar vara den starkaste, eftersom de har omedvetna rötter. Förtryck inte spelar in här, men förmodligen underkastelse [Om coping], det vill säga : Vi står inför en process av psykos, detta är inte det omedvetna har förträngt, det omedvetna har fascinerat mig ansluten till verkligheten. Åtminstone tillfälligt här : självmord visar att det inte var en varaktig framgång, Det är en handling av försvar mot det normala själv psykos.

Mellan London och den slutliga inträde i sjukdomen tidsperiod hälsa är, det vill säga flytande slut lyckades. Men nu när libido är tillbaka med nya engagemang, sjukdom följer i en typisk paranoid formulär, Projektions. Slutresultatet, nämligen att Lydia är i allt och gjorde allt, innebär i praktiken att älska föremål tog besittning av honom helt. Från form av detta arrangemang är emellertid, det är en libido investeras något undertryckt. Urladdningen inträffade i healing, och bestod - som inte kan påvisas i detta fall - i en projektion utåt, emellertid inte en representation stark som i delirium av lust, utan snarare låg representation, vilket inte kan ha varit möjligt tack vare avskiljandet av libido. Libido på sin återkomst fann hans objekt som externt objekt, projicerade. Jag finner fall av rent vansinne libido gick till auto-erotik i mellan urladdning; Om detta paranoida inte visar något. Paranoia, i allmänhet, visar den återvändande av libido, Spik (undertryckande) (2) kan ses i dina iakttagelser om demens.

Den psykologiska problem (inte det kliniska problemet) är mekanismen för projektion i en värld av föreställningar, som inte kan vara identisk med den enkla regression av önskan.

Vad som är mycket intressant och, Jag hoppas, snart kommer att studeras i andra fall, är förhållandet mellan den efterföljande paranoia (Projektions) en psykos original underkuvande. Verkligheten har först blivit underkuvade av de starka önskan fantasier, men så att det bara minnen förvrängd, icke önskningar hallucinerat. Som reaktion följer sedan urladdnings fantasier lust; Det är kanske på grund av detta tidiga skede att libido på hans återkomst så nära slutet av uppfattningar. I processen paranoid, regression inte riktigt verkar gå Perception System, men endast i den närmaste system : remembrances. Jag hoppas att i efterhand analyserar skillnaden med den typ av hysteriska konvertering låter tydligare demonstrera.

Jag kan inte ge mer, men är mycket redo för mer.


* I franska i texten. (N.d.T.)

1. Skriven på båda sidor av ett stort ark, 25 X 40 cm; själva brevet på den lilla pappers.

2. Skrivet i det tidigare ordet i original.

04-06-1907 Jung à Freud

29 J

Burgholzli Zurich, 4. VI. 07.

Ärade professor!

Je trouve excellente cette phrase de votre dernière lettre, que l’on peut se « réjouir de la richesse », Je me réjouis chaque semaine de votre richesse et je vis des miettes qui tombent de la table du riche.

J’ai de nouveau un joli cas de dépression chez une dem. pr. :

9och année : La patiente voit les traces de la menstruation de sa mère, sur quoi excitation sexuelle et onanisme

12och année : Commencement de la menstruation. Etude de livres instructifs sur la sexualité. Fantasmes sur les organes génitaux de ses frères et sœurs, surtout de son frère aîné. Les autres frères et sœurs l’engagent cette année-là à se conduire de manière plus réservée envers son frère, puisqu’elle est à présent adulte.

16och année : Symptômes d’une forte émotivité. Pleure durant des jours lorsque le fiancé d’une amie plus âgée est en danger dans les Alpes. Son frère est grand alpiniste.

18och année : Violente agitation et nervosité durant des jours pendant le mariage de sa sœur. Pulsion sexuelle augmentée et onanisme en conséquence. Sentiment de culpabilité gran­dissant.

20och année : Le frère aîné se fiance; elle se sent comme frappée par la foudre. Doit se comparer constamment à la fiancée, qui a tous les avantages, alors que la patiente disparaît complète­ment à côté d’elle.

21och année : Fait pour la première fois la connaissance d’un monsieur qui fait paraître des intentions de mariage. Elle le trouve sympathique, parce qu’il lui rappelle son frère à beau­coup d’égards. Mais elle a tout de suite un sentiment de culpa­bilité accru : qu’il n’est pas bien de penser au mariage, etc.. Dépression croissante, soudain pulsion extrêmement vive de suicide. Internement. Tentatives très dangereuses de suicide. Symptômes indubitables de d. pr. Idée délirante : son frère ne peut pas se marier, parce qu’il fait faillite. Au bout d’environ une demi-année, brusque revirement en euphorie, au moment où sa sœur lui parle des cadeaux de mariage du frère. Dès lors euphorique, prend part au mariage sans la moindre émotion, ce qui lui paraît très frappant, parce qu’au mariage d’une sœur, trois ans auparavant, elle était tout en larmes. Après le mariage, déclin de l’euphorie jusqu’à la normale. Se fait une distortio pedis. Ne parle pas volontiers de « rentrer à la maison ».

Dans ce style je pourrais bien fabriquer un livre d’images très plaisant auquel peut seul prendre plaisir celui qui a goûté à l’arbre de la connaissance. Les autres resteraient bredouilles!

Un cas de paranoïa (d. pr. paranoïde) :

Env. 10och année : Le patient est séduit à l’onanisme mutuel par un garçon plus âgé.

Env. 16och année : Tombe amoureux d’une adolescente qui a une tête de garçon (court tondue). (Elle se nomme Berty Z.)

Env. 18 år : Fait par l’intermédiaire de la jeune fille sus dite la connaissance d’une personne du nom de Lydia X., de qui il tombe définitivement amoureux.

Env. 24 år : A Londres. Il est licencié de son poste (pour­quoi?), parcourt les rues pendant trois jours dans un état troublé, sans manger, s’entend plusieurs fois appeler par son nom; un cheval se cabre non loin de lui, il est effrayé : par là on veut lui faire comprendre qu’il obtiendra une bonne situa­tion. Il va enfin à la maison le soir. Sur le chemin de la station vient une dame inconnue, elle veut apparemment l’aborder. Mais lorsqu’elle s’approche il voit que c’est une dame inconnue, honnête et non une cocotte. A la station se tiennent un jeune homme et une jeune fille, c’est Berty Z. de Zurich. Il n’en est cependant pas tout à fait sûr. Devant sa maison, il voit pour la première fois qu’elle porte le numéro 13. Dans la même nuit il se tire une balle dans la tête, mais sans en mourir. Guérison.

Env. 34 år : A un poste à Zurich. Apprend que Lydia X. est fiancée. État d’agitation, est interné. Délire de grandeur et de persécution. Est Dieu, Monseigneur, Docteur, etc.. Lydia X. ainsi que la sœur et la mère de celle-ci sont contenues dans toutes les personnes qu’il vient à voir. Tout ce qui se passe est l’œuvre de ces personnes. Elles sont constamment autour de lui, mais ne se montrent jamais sous leur véritable figure. « Il faudrait m’amener une fois Lydia, pour que je puisse émettre mon sperme sur elle. Alors la chose serait en ordre. »

Il y a trois ans l’image délirante s’est transformée. A ce moment le patient a fait la connaissance, lors d’une festivité de l’établissement, d’une jeune fille qui a le tic de secouer la tête. Elle avait les cheveux court tondus. Il est manifestement tombé amoureux d’elle. Peu après, Lydia ne faisait plus rien directement, mais par le fait qu’elle « tirait une princesse par les cheveux (1) ». Ce singulier mécanisme à deux pistes effectue à présent tout ce qui se produit dans son entourage.

Depuis le mariage de Mlle X., plus de rémission!

Je vous serais très reconnaissant si vous vouliez m’exposer vos opinions théoriques sur le dernier cas. Votre dernière expo­sition détaillée était, je l’avoue, trop difficile, de sorte que je n’ai pas pu suivre. Ma compréhension suit mieux quand ce sont des cas concrets.

La prochaine fois j’aimerais vous relater un autre cas qui m’intéresse théoriquement, qui semble être bâti un peu autre­ment que ces cas-là, mais qui est très caractéristique d’une grande catégorie de cas de d. pr. Actuellement j’ai un cas où malgré tous mes efforts je ne peux pas distinguer s’il s’agit d’une d. pr. ou d’une hystérie. Il faut dire que de manière générale les différences entre d. pr. et hystérie s’effacent chez moi de façon tout à fait inquiétante depuis que j’analyse.

Recevez mes meilleures salutations!

Votre entièrement dévoué

Young.


1[1] Cf. Über die Psychologie der Dementia praecox, § 169, n. 152, où est relevé un propos semblable d’un patient.