Månadsarkiv: april 1914

08-04-1914 Jones till Freud

8 April 1914

69 Hamn, London

Cher professeur Freud,

Merci beaucoup de votre lettre riche et bienvenue. Je suis navré que les nouvelles au sujet de Loe n’aient pu être meilleures. La douleur du côté gauche doit être hys­térique. La dernière fois qu’on a opéré le rein gauche, nous avions tous à l’idée une torsion de l’urètre, un tissu cicatriciel, etc., mais nous n’avons rien trouvé qui puisse expliquer la douleur, même si, depuis lors, un autre calcul a pu se former. C’est une leçon intéressante sur les effets organiques indirects d’une névrose. Rétention hysté­rique d’urine, cystite due à une infection par cathéter, pyélite ascendante avec concré­tion de calcul tout autour, favorisée par les toxines intestinales dues à une constipa­tion hystérique.

J’aimerais bien savoir un jour, pour ma gouverne, la raison de la haine qu’elle me voue. Elle a précédé le départ au Canada, elle n’a pu donc être causée par quelque « infidélité » de ma part. Je l’ai toujours imputée à une fausse-couche (confirmé par ce qu’elle a dit à Toronto au cours d’un délire hystérique), malgré toutes ses dénéga­tions, et ce que vous dites de la relation de la mère au canal alimentaire paraît corro­borer ce point de vue ; après cette date je suis devenu sa mère. Est-ce juste ?

Je suis ravi que ma réponse à la proposition d’Abraham soit en accord avec vos vues. Il est toujours peu satisfaisant de ne pas arriver à une conclusion bien tranchée, mais je m’en suis senti incapable. L’idée d’une attaque contre le Zentral m’inspire quelques hésitations, car ce serait si évidemment un prétexte qu’il vaudrait mieux engager la bataille sur les vraies raisons de l’opposition. Peut-être pourrions-nous nous réunir à Berlin le dernier dimanche de mai, avant que les groupes ne se disper­sent pour l’été (Sachs reviendra de Londres à peu près à la même date), et discuter de l’ultime campagne.

Je suis très satisfait du travail accompli ici par la société et, d’ici un an, espère avoir quatre hommes solidement formés. Ce n’est pas beaucoup, mais les hommes de ce genre sont assez rares dans notre travail. L’intérêt général pour la ψα en Angle­terre croît de jour en jour, et tout paraît satisfaisant.

Abraham s’acquitte de ses obligations de rédacteur comme un vrai professionnel, et je suis certain qu’il se révélera très efficace. Je lui ai adressé mon Therapie-Referat (1) la semaine dernière; peut-être serez-vous assez bon pour critiquer les remarques générales de conclusion (le texte est désormais chez Sachs).

Votre portrait m’a causé un grand choc quand j’ai ouvert le rouleau. L’expression m’a paru plus «soucieuse» que méditative, le nez était cassé, et les lèvres exécutées avec négligence. J’ai cependant découvert qu’en se mettant à 3 m., et en me rappe­lant que c’était une gravure impressionniste, non une photographie, il prenait un autre aspect qui ne manquait pas d’intérêt. Je ne le trouve pas particulièrement bon, mais il rend bien un certain état d’esprit. Il est habile, mais pas excellent.

Quelle est votre prochaine étape de travail ? J’espère que vous continuerez avec la série des «Ratschläge (2) » [Recommandations], dont le besoin se fait cruellement sentir.

Morton Prince vient la semaine prochaine à Londres pour donner une confé­rence (3), probablement descendra-t-il chez moi. Il fait meilleure impression en per­sonne qu’à travers ses écrits.

Sur le plan personnel, voici les nouvelles : ma nouvelle belle-mère, qui est une personne vulgaire, a commencé par se quereller avec mes sœurs avant de se retourner contre moi de telle façon qu’elle m’a brouillé avec mon père (4). J’en suis navré, car je l’aime malgré ses faiblesses, mais peut-être est-ce que ça aura l’avantage d’accroître mon indépendance. Je suis parfaitement rétabli, et même le rhumatisme a complète­ment disparu. Je pars demain à Paris pour trois jours. Ce sera un changement plai­sant, et j’ai des amis à voir.

Je n’ai guère de perspective d’écrire quelque article que ce soit dans les prochains mois, car d’autres tâches vont me retenir (contributions à la société, travail d’ensei­gnement, översättning, etc.). J’ai cependant envoyé à Rank quelques contributions à la tidskrift (5), qui a la priorité. Rank est certainement très occupé à rattraper le terrain perdu à cause de la grève des imprimeurs.

Amitiés sincères

Din

Jones.

1. Jones (1914 b).

2. Voir Freud (1912 och, 1913 c, 1914 g, 1915 en).

3. Den 16 April 1914, à Londres, Prince donna devant la Psycho-Medical Society une conférence sur ses « souvenirs personnels relatifs au développement de la psychologie anormale» ; cf. Journal of Abnor­mal Psychology, 9, 1914, p. 296.

4. Edith May Howard inspirait une profonde aversion à Jones et à ses deux sœurs, Elizabeth et Sibyl (communication personnelle de Mervyn Jones, London, 16 Januari 1990). Le père de Jones, Tho­mas Jones, avait été marié à Mary Ann Lewis, morte au printemps 1909.

5. Peut-être Jones (1914d, 1914 och, 1914f, 1914g), ainsi que divers comptes rendus parus dans la tidskrift, 2, 1914, p. V-VII.

06-04-1914 Freud till Abraham

* Wien, IX, Berggasse 19

6.4.14.

Kära vän,

Hitschmann m’a téléphoné ce matin pour me dire que le patient[1] de Berlin est arrivé. Ainsi était mis fin à un léger souci. Nous pensions que votre envoi était en souffrance, mais nous n’osions pas nous figurer le cas où il lui serait arrivé malheur.

Du côté de Sadger, surtout ne vous laissez en rien perturber, et insistez pour que soit éliminé tout ce qui est divagation et hargne. Il est rare que l’on puisse tolérer S. sans le censurer. De même, il est vraiment superflu de faire de la réclame pour Stekel.

« Persécutions » est l’expression qu’Adler lui-même a employée; je la remplacerai conformément à vos désirs. Au lieu de : le « sale » [unsauber] esprit A. Hoche, je mettrai : le méchant esprit ».

Que vous soyez aussi preneur pour le Narcissisme, cela me touche profondément et resserre encore davantage les liens qui nous unissent. Sur ce point, j’ai le sentiment très vif d’une insuffisance grave. J’insérerai la remarque que vous souhaitez sur le fait que l’on passe à côté de la sublimation dans la thé­rapie jungienne. Le Moïse est anonyme, d’une part par amu­sement, d’autre part parce que j’ai honte de son caractère dilettante évident, auquel d’ailleurs on échappe difficilement dans les travaux pour Imago; enfin parce que, plus que d’habi­tude encore, je doute des résultats et que je ne l’ai publié que pressé par la rédaction.

Le jugement que vous portez sur la gravure concorde avec beaucoup d’avis d’ici. J’ai entendu des jugements plus durs et d’autres plus enthousiastes.

Le petit travail « Sur le rêve »[2] est paru hier dans la traduc­tion anglaise de Eder.

Bortsett från det, rien de nouveau : le calme, peut-être, avant la tempête.

Je vous salue cordialement, vous et votre chère femme, et je vous souhaite d’être vite débarrassé des inévitables maladies infantiles, dont il vaut beaucoup mieux, comme l’on voit, se défaire plus tôt que plus tard.

Votre Freud.

Post-scriptum.

J’ai reçu le premier numéro de la Zeitschrift fur Sexualwissenschaft. Je voulais faire dépendre ma participation de la position qui s’en dégage à l’égard de la psychanalyse. Or la chose n’est pas très alléchante. Il y a une note des plus minables dans l’article d’Eulenburg (p. 9), et un compte rendu de Saaler, qui considère que le travail de Stekel sur le fétichisme donne la mesure de l’état actuel de la psychanalyse. Cela me renforce dans l’intention d’être plus réservé encore.

La Société est décidée à faire reconnaître Fliess. Cela est bien ainsi, car il est le seul esprit original parmi eux et possède un bout de vérité méconnue. Mais l’asservissement de notre psychanalyse à une biologie sexuelle fliessienne ne serait pas un mal moindre que son asservissement à une éthique, une métaphysique, ou autre chose semblable. Vous le connaissez, vous connaissez son incapacité en psychologie, son esprit systé­matique de physicien. La gauche = femme = subconscient = angoisse. Dans tous les cas, nous devons garder notre indépen­dance et faire valoir l’égalité de nos droits. A la fin, nous pour­rons nous rencontrer avec toutes les sciences parallèles.

F.


[1] Il s’agit du manuscrit d’Abraham pour le Jahrbuch.

[2] S. Freud : Le rêve et son interprétation [Uber den Traum], 1901, trad. fr. Galvete.

05-04-1914 Freud à Ferenczi

468 F

Prof.. Dr. Freud

Wien, IX. Berggasse 19 den 5 April 1914

Cher Ami,

Je n’ai pas pu obtenir de billet de wagon-lit, je dois donc prendre le risque de ce qui se présentera. Je ne peux me résoudre à préciser dès maintenant le voyage de retour. Säkert, j’ai décommandé les patients jus­qu’au mercredi matin, mais je suis éventuellement prêt à quitter Brioni dès le lundi, et à ne rien faire le mardi, à Vienne. Cela dépendra beaucoup de l’agrément du séjour; être lié d’avance a aussi ses inconvénients.

Vous aurez la surprise de me voir venir en compagnie de quelqu’un d’autre. Annerl a la coqueluche et ne peut naturellement pas nous accom­pagner, elle s’est très sagement inclinée et a elle-même proposé que j’em­mène quelqu’un d’autre à sa place. Rank a accepté, et partagera donc notre séjour. Nous serons tout « Zeitschrift ».

Depuis votre départ, mauvaise période, surmenage incontestable et into­lérance au tabac. Je n’ai d’ailleurs plus rien fait depuis.

Ces derniers jours sont dominés par une petite frayeur qui, Jag hoppas, finira par se réduire à rien. Le paquet qu’Abraham a envoyé à Hitschmann, den 1han du mois, avec les manuscrits du Jahrbuch n’est, à ce jour, pas encore arrivé. On a peine à imaginer ce qui se passerait s’il était vraiment perdu. Espérons qu’il arrivera demain (1), mais cela reste un avertissement, il faut faire une copie de chaque manuscrit.

Bonnes nouvelles de Hambourg, ma femme revient à la fin du mois, Oli part mercredi pour son voyage en Egypte.

La traduction du petit rêve d’Eder (2) est entre mes mains depuis hier. Annars, rien de nouveau.

Je vous apporte un stylo, accompagné d’une carte de Loe.

Cordiales salutations et au revoir,

din Freud

1. Ce fut le cas. Freud till Abraham, av 6 IV 1914, Correspondance Freud-Abraham, p. 174.


(2) Freud (1901en), Le rêve et son interprétation, 1969, trad. anglaise par M.D. Eder, London, 1914.

02-04-1914 Abraham till Freud

* Berlin W, Rankenstraße 24

2.4.14.

Kära Professor,

Om dina två manuskript. Jag berättat redan om 1′ 'Historia'.. Jag läste det flera gånger och jag får bättre konto hur viktigt vapen som det är. Efter mycket tänkande, je pense aussi que tout ce qui concerne les personnes devrait rester tel quel. J’aimerais seulement qu’une formule, une seule, soit évitée : vous dites d’Adler qu’il se serait plaint de vos persécutions. Je crains que ce mot ne soit désastreux. ETT. se défendra d’être taxé de paranoïaque. Une expression qui rende un son moins pathologique — quelque chose comme « attaques » — serait certainement préférable.

Je ne comprends pas très bien pourquoi vous n’êtes pas satis­fait du Narcissisme. Je trouve l’ensemble du travail brillant, et parfaitement convaincant en tout point. Je ne vais pas entrer dans le détail de la démarche, mais seulement en détacher un point, à savoir, l’analyse tout particulièrement réussie du délire d’observation, de sa relation à la conscience morale, etc.. Sur le plan de la pratique, les développements sur l’idéal du moi sont d’une valeur toute particulière. Depuis longtemps déjà, je pensais à ces analyses, et à chaque phrase que je lisais, j’étais en mesure de deviner la suite. Notamment, la distinc­tion de l’idéal du moi et de la sublimation proprement dite est quelque chose que j’ai toujours expliqué à mes patients, sans lui donner une formulation aussi précise. Pourrais-je, ici encore, faire une proposition? Je crois que c’est ce point qui permettrait de mettre le plus nettement en relief l’opposition entre la thérapie jungienne et la psychanalyse. La « tâche vitale» [Lebensaufgabe] et toutes les notions semblables (y compris la tendance prospective de l’inconscient) ne sont rien d’autre qu’un appel à l’idéal du moi et donc une voie qui passe à côté des possibilités réelles de sublimation (avec l’intention incons­ciente de les éviter). Peut-être serait-il utile de rédiger un passage sur ce point?

J’attends maintenant le Moïse [1] avec beaucoup d’impatience. Mais je ne comprends pas très bien le xxx [2]. Ne croyez-vous pas que l’on reconnaîtra quand même la griffe du lion?

Notre groupe se réunira en mai avec comme thème de dis­cussion : l’attitude face à l’Œdipe dans l’enfance. J’espère que les interventions, pour une part tout au moins, vaudront d’être publiées.

J’ai reçu, il y a quelques jours, la gravure à l’eau-forte de Pollak (3). Je trouve que îa tournure d’ensemble est ce qu’il y a de mieux réussi, alors que pour ce qui est de l’expression, il faut commencer par se familiariser un peu; mais ensuite, on l’apprécie. L’ensemble de la composition, en particulier la distribution du noir et du blanc, est très réussi.

Récemment, j’ai obtenu d’un bouquiniste, par hasard, votre ouvrage sur la coca (1885), et je l’ai lu hier.

J’espère, cher Professeur, que votre santé, entre-temps, s’est à nouveau améliorée. Votre petit-fils aura, lui aussi, fait de grands progrès, comme je l’espère et n’aura pas méconnu plus longtemps la valeur de plaisir de la tétée. Au reste, nous avons eu le même problème avec nos deux enfants!

Le voyage en Italie, que nous avions projeté, ne peut malheu­reusement pas avoir lieu.

Avec mes salutations cordiales, liksom min fru, à vous et aux vôtres.

Din Karl Abraham.


(1) S. Freud : « Le Moïse de Michel-Ange », 1914, trad. fr. in Essais de psychanalyse appliquée, Galvete.

(2) Allusion à l’intention de Freud de publier son essai anonymement. Le nom de l’auteur ne fut révélé qu’en 1924.

(3) Max Pollack, graveur viennois.

01-04-1914 Ferenczi à Freud

467 Järn

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & C °, Wien, Jag. Halva nr. 3 Abonnementspreis : alla (6 Hefte, 36-40 Bogen) KARLSSON 21.60 = Mk. 18.

Budapest, den 1han April 1914

Kära Professor,

J’ai déjà réservé mon wagon-lit pour jeudi (9 April) et je ne passerai pas par Fiume mais, comme vous, par Pola. Emellertid, très tôt le matin (à Divaca), je devrai quitter mon wagon-lit qui continue vers Venise et changer pour votre train en provenance de Vienne. Peut-être nous rencontrerons-nous au petit déjeuner au wagon-restaurant (s’il y en a un). Je crois avoir bien compris que vous vouliez quitter Brioni lundi soir; mon billet de wagon-lit du retour est aussi pour lundi. Si je m’étais trompé et si vous aviez envie de passer le mardi aussi à Brioni, alors je vous prie de m’en informer au plus tôt.

Signe de bien-être : j’ai maintenant toutes sortes de petits et grands projets de travail, que je mets partiellement par écrit. Peut-être pourrons- nous en parler à Brionien fait, j’espère que non — puisque l’essentiel devra être pour nous la mer et le soleil.

Cordiales salutations à tous

de votre Ferenczi