Månedsarkiv: November 1907

30-11-1907 Jung Freud

54 J

Burghölzli-Zürich, 30, XI. 07.

Æret Professor!

Sist tirsdag holdt jeg presentasjonen min til legeforeningen (1) nesten en og en halv time på forskningen din, og han ble møtt med stor applaus. Mer enn hundre leger var til stede. Person, bortsett fra to viktige nevrologer, som har besteget moralens krigshest, ikke protesterte.

Sesjonen vår i går med den freudianske foreningen fant sted veldig hyggelig og med animasjon. Den pr Bleuler åpnet seansen med noen burleske og sofistikerte vers om de som kritiserer deg. Fra Monakov (2) var også tilstede, og brakte naturligvis versene til sin person, noe som moret alle de innviede. Vi ser hva massesuggesjon kan gjøre – det var det 25 mennesker — Monakow gjorde seg veldig liten. Denne gangen kom opposisjonen i en blindgate. Måtte det være et godt tegn. Dr A — var også tilstede. Han utnytter fortsatt nevrosen litt.

De siste fem dagene har jeg hatt Dr Jones (3) fra London, en ekstremt begavet og aktiv ung mann; han kom hovedsakelig for å snakke med meg om forskningen din. En årsak til ham fantastisk isolasjon (4) i London, han har ennå ikke trengt for dypt inn i problemene dine, men han er overbevist om den teoretiske nødvendigheten av dine påstander. Det vil bli en kraftig støtte for vår sak; bil, i tillegg til gode sinnsegenskaper, han har entusiasme.

Dr Jones, støttet av vennene mine fra Budapest, foreslo ideen om en kongress med Freud-tilhengere. Denne kongressen bør finne sted i Innsbruck eller Salzburg neste vår, og være organisert slik at deltakerne ikke er hjemmefra i mer enn tre dager, hva skal være mulig i Salzburg. Dr Jones tror minst to personer ville komme fra England; fra Sveits ville i hvert fall noen få komme.

Min Amsterdam-presentasjon det, av grunner knyttet til komplekset, Jeg har alltid glemt å nevne, må vises i Månedsblad for psykiatri og nevrologi. Jeg må fortsatt arkivere det litt.

Denne uken skal jeg til Genève; dette er det andre universitetet der ideene dine ikke lenger vil finne hvile.

Motta de hjerteligste hilsener fra din helt hengivne

Jung.


1. «Om betydningen av Freuds lære for nevrologi og psykiatri» [Om betydningen av Freuds undervisning i nevrologi og psykiatri], Korrespondanseark for sveitsiske leger, fly. XXXVIII, 1908, p. 218 sq. GW, 18. Bleuler tok Jungs parti i diskusjonen, mens Max Kesselring, CF. 293 F n. 7, og Otto Veraguth, CF. 115 J, n. 6, forsvarte motstående posisjoner.

2. Konstantin av Monakov (1853-193o), Sveitsisk nevrolog av russisk opprinnelse, da internasjonalt kjent.

3. Jones forteller om sitt besøk i Zürich i bind II, p. 41. Han deltok i den tredje sesjonen av Freud-samfunnet, den 29 November.

4. Uttrykket (sous sa forme adjectivale «fantastisk isolert») ble først brukt på stillingen til det britiske imperiet vis-à-vis Europa av den kanadiske politikeren Sir George Foster, den 16 Januar 1896. La forme «fantastisk isolasjon», gjenopptatt på 26 fà © vrier 1896 av Lord Goschen, ble raskt populær. Freud bruker det til å beskrive sin egen situasjon (brev til Fliess fra 7 mer 1900, i Psykoanalysens fødsel).

24-11-1907 Jung Freud

53 F

24. XI. 07

Vienna, IX, Berggasse 19.

Kjære venn og kollega,

Jeg skriver til deg i dag for noe personlig. Ces prochains jours va se présenter à vous un Dr A —, advokat, som ønsker å studere nasjonaløkonomi i Zürich, un homme très doué qui a passé toute sa vie dans un trouble très pro­fond, et qui a été brillamment remis grâce au traitement psycha d’un de mes collègues, den Dr Federn (1). Il vous demandera l’auto­risation de pouvoir assister aux séances de votre association, si cela est possible de quelque façon; car son intérêt ne s’est pas éteint avec sa guérison. Il espère que vous ne le désignerez à personne comme ancien patient, et se réjouit probablement de manière plus générale de pouvoir dire quelques mots avec vous. Sa sœur est en traitement chez moi avec des accès hystériques : l’analyse simultanée du couple frère-sœur a livré toutes sortes de confirmations précieuses. Un court chemin mène de là aux deux degrés préparatoires de la Gradiva que vous avez décou­verts. Vous avez certainement raison. Je ne voudrais pas encore trancher avec certitude s’il s’agit réellement d’une sœur morte jeune, ou si Jensen n’a jamais eu de sœur et a élevé une cama­rade de jeu au rang de la sœur toujours désirée. Le mieux serait de l’interroger, mais ses derniers renseignements étaient si imprécis que je n’arrive pas à me décider. La lecture était vraiment très intéressante. Tous les ingrédients de la Gradiva se retrouvent dans Den røde paraplyen, l’ambiance de midi, la fleur des tombes, le papillon, l’objet oublié, la ruine même enfin. Même le facteur d’improbabilité, la trop grande concor­dance de la réalité avec l’objet fantasmatique est identique, la clairière dans la forêt est la même que dans son souvenir, bien que le lieu soit un autre, et le nouvel amour porte le même parapluie rouge que l’ancien. De certains traits de la Gradiva, on apprend par cette nouvelle qu’ils sont les rudiments de quelque chose de plus significatif. Ainsi le fléau des mouches de la Gradiva, qui est accidentel et seulement élaboré en com­paraison, provient du bourdon du Parapluie rouge, WHO, en le molestant, en tant que messager des dieux sauve le héros de la mort. Cette nouvelle est écrite d’une manière abominable­ment dure, mais son sens est très bon. Les objets de l’amour des hommes forment des séries, l’un est le retour de l’autre (Maître de Palmyre) 2, et chacun la reviviscence de l’amour infantile inconscient, sauf que celui-ci doit rester inconscient; dès qu’il est consciemment éveillé, il retient prisonnière la libido, et le nouveau est impossible.

Il faudrait traduire la première nouvelle à peu près ainsi : je l’ai perdue, je ne peux l’oublier et c’est pourquoi je ne peux plus en aimer aucune autre correctement. La seconde —I det gotiske huset — exprime simplement l’idée : même s> elle était restée en vie, j’aurais dû la perdre, en la mariant à un autre (ce ne peut donc probablement être que la sœur), et ce n’est que la troisième, notre Gradiva, qui surmonte complète­ment la douleur, en assurant : je la retrouverai, ce qui chez le vieil homme ne peut être qu’un pressentiment de la mort et une consolation par l’au-delà chrétien, présentée dans un matériel tout à fait contraire. Dans les deux nouvelles, il n’y a pas trace d’une indication sur la « démarche » de la Gradiva. Dans celle-ci, la vue fortuite du relief doit avoir suscité un nouvel éveil du souvenir de la morte. Que pensez-vous à présent de cette cons­truction hardie : la petite sœur était malade depuis toujours et boitait avec le pied en pointe (3); plus tard elle est morte de tuberculose. Cet élément pathologique devait être exclu par la fantaisie, qui embellit. Mais un jour l’homme en deuil remar­que, sur le relief qu’il a rencontré, que ce signe de maladie aussi, le pied en pointe, peut être transformé en charme et avantage, et ainsi était achevée la Gradiva, nouveau triomphe du fan­tasme qui exauce les désirs (4).

Med min hjertelig hilsen,

din Dr Freud.

1. Paul Federn (1871-1950), spécialiste de médecine interne à Vienne, l’un des tous premiers adeptes de la psychanalyse, 1904, et collaborateur très proche de Freud. Vécut à New York à partir de 1938.

2. Drame publié en 1889 d’Adolf von Wilbrandt (1837-1911),

3. Original : Spitzfuss (talipes equinus), une difformité du pied dans laquelle la plante est tournée vers l’arrière et les orteils vers le bas.

4. CF. la postface à la seconde édition de l’étude sur la Gradiva, où Freud reprend et expose ces idées.

15-11-1907 Jung Freud

52 F

15. XI. 07

Vienna (1) IX, Berggasse 19.

Kjære venn og kollega,

Det er alltid for meg en start på dagen fornøyde når postkontoret bringer invitasjonen til møtet i din association som bærer mitt navn; malheureusement le temps ne suffit alors en général pas pour que je parvienne à y participer au moyen du train rapide. Les nouvelles au sujet de vos événe­ments intérieurs sont rassurantes à entendre; le transfert en provenance de la religiosité me semblerait particulièrement fatal; il ne pourrait en effet se terminer que par la démission, à cause de la tendance générale des hommes à tirer sans cesse de nouvelles copies des clichés qu’ils portent en eux. Je ferai donc mon possible pour me faire connaître comme inapte à servir d’objet de culte, et vous pensez probablement que je m’y suis déjà mis. Dans ma dernière lettre, j’étais irrité et j’avais mal dormi; peu après, je me suis ressaisi et je me suis dit des choses semblables à celles que me propose votre lettre, à savoir que nous avons de bonnes raisons d’être satisfaits. En outre nous ne voulons pas tomber dans l’erreur de juger la fermentation uniquement d’après les bulles qui montent dans la littérature. Les transformations les plus décisives ne se ratta­chent pas obligatoirement à telle ou telle publication expresse. Un jour on s’aperçoit qu’elles sont accomplies.

La publication de Binswanger, provenant d’une forteresse de l’orthodoxie, sera remarquée en Allemagne malgré le texte pacificateur de l’oncle qui l’accompagne. Avec ce jeune homme vous avez en tout cas fait une passe brillante. Croyez-vous qu’il soit assez résistant et endurant pour fonder de son côté un foyer d’infection?

J’ai reçu hier un travail de Warda (2), tiré du volume d’hom­mages à Binswanger sen. Il a de la bonne volonté, dont il a déjà fait preuve dans des travaux précédents, mais il semble tout à fait privé de talent; il est de ceux qui, tout seuls, n’avan­cent pas d’un iota, et ainsi le travail fait une impression misé­rable.

Imaginez que je n’ai pas reçu de Näcke le tiré à part de son travail (3), bien que je l’aie exigé dans la correspondance, pas plus d’ailleurs que celui d’Aschaffenburg (4), qui pourtant m’a envoyé la première attaque par politesse. Je serais toutefois bien inconsolable si je ne devais pas entrevoir votre confé­rence du congrès d’Amsterdam.

Il y a quelque temps, un Dr Kutner (5) fra Breslau, autrefois assistant de Wernicke, m’a écrit qu’il voulait venir à Vienne chercher son premier enseignement de Psycha. Je lui ai honnête­ment exposé ce que je pouvais fournir en fait d’enseignement en une courte visite, et combien c’est peu, et il n’a plus fait signe depuis lors.

Je dois vous avouer que je ne travaille actuellement à rien; sans doute At continue à travailler en moi sans interruption. L’essai de Riklin sur les contes devrait à présent être corrigé jusqu’au bout. Den Gradiva n’a vraiment pas de destinées du tout. L’ennuyeux libraire me fait encore attendre les deux nouvelles de Jensen!

Ser frem til å høre fra deg snart, din oppriktige hengiven

Dr Freud.

1. Nouveau papier à lettres, à en-tête imprimé : « Vienne ».

2. Wolfgang Warda, membre fondateur de l’Association berlinoise de psychanalyse (1910); la quitta en 1911. Son essai « Zur Pathologie und Therapie der Zwangsneurose » [Pathologie et thérapeutique de la névrose obsessionnelle] se trouve dans : Monatsschrift für Psychiatrie und Neuro­logie, fly. XXII, 1907, supplément.

3. CF. 49 J, n. 2.

4. CF. 43 J, n. 1.

5. Sans doute Robert Kutner (1867-1915), urologue, plus tard à Berlin.

08-11-1907 Jung Freud

51 J

Burghölzli-Zürich, 8. XI. O7.

Æret Professor!

Motta den hjerteligste takk for brevet ditt (1) som handlet på en fordelaktig måte. Du har rett i å prise humor som den eneste passende reaksjonen på det uunngåelige.. Det var også mitt prinsipp, til det undertrykte tar over til tross for alt, par moments seulement, heureu­sement. Ma religiosité autrefois très vive s’est clandestine­ment créé une compensation auprès de vous, qu’il me fallait une fois prendre en main, et cela n’était possible que sur le chemin de la communication. Je voulais prévenir par là des troubles dans mes actes. Mais au reste je crois à mon humour, qui ne m’abandonnera pas aux endroits dangereux. Le but commun du travail fournit un contrepoids salutaire et bien plus lourd.

Ce serait très bien si vous pouviez choisir Noël, c’est-à-dire les jours qui suivent le second jour de Noël, pour votre visite à Zurich. Vous ne devez en aucun cas croire que votre venue incommodera de quelque façon mon chef; il sera « affairé » comme toujours, et fera montre envers vous d’un intérêt scien­tifique inhabituel, qui stupéfie tout profane par la grandeur de sa modestie et de son humilité. Mon chef est l’exemple le plus remarquable d’un caractère secondaire parfaitement réussi, un problème « digne de la sueur des hommes nobles (2) ».

Pâques est hélas un peu loin; voilà en fait la seule raison valable que j’aie de préférer Noël.

Dans la Zeitsclirift fur Sexualwissenschaft (3), la rédaction me semble avoir beaucoup d’importance. Si les « 175 »(4) ont la chose en main, cela n’offre pas encore la garantie de son carac­tère scientifique. Il me semble a priori suspect qu’on ne vous ait pas invite à collaborer. Je ne pense toujours pas qu’une voie s’offre là à vos idées. Je crois que le chemin le plus plane va via la psychiatrie. Les progrès de votre cause en Suisse ont pris ce chemin, et compte tenu du peu de temps, le résultat est beau. Je suis aussi appelé maintenant à exposer la signification de votre enseignement devant la société cantonale des médecins. Actuellement le second médecin de l’asile d’aliénés de Préfargier (5) se trouve ici pour se faire initier. Dr Jones de Londres s’est annoncé pour le 20.XI dans la même intention. Cela marche donc aussi bien qu’on peut le souhaiter. Si l’Allemagne veut rester à la traîne, d’autres peuvent bien venir en tête. Par ail­leurs Binswanger jun. m’écrit qu’il publiera une analyse(6)faite à la clinique d’Iéna avec une préface de son oncle. Cela mérite un multiple point d’interrogation. Ce serait toutefois très bien. Ce qui est sûr à présent, c’est que la cause ne s’endor­mira plus jamais. Le pire, c’est de tuer une cause par le silence. Ce stade devrait être surmonté.

Recevez les meilleures salutations et bien des remerciements de votre entièrement dévoué

Jung.


1. Non conservée.

2. Citation de l’ode de Klopstock Der Zürchersee [Le lac de Zurich) 1750.

3. CF. 74 F n. 2.

4. Expression familière désignant les homosexuels : en effet, le § 175 du code pénal allemand en vigueur à l’époque punissait « les relations contre nature entre personnes du sexe masculin ».

5. A Marin, canton de Neuchâtel. Le nom du médecin reste inconnu.

6. Versuch einer Hysterieanalyse [Essai d’analyse d’une hystérie]. CF. 167 F, n. 2.

02-11-1907 Jung Freud

5av J

Burghözli-Zürich, 2. XI. 07.

Æret Professor!

Jeg faller inn i alle bekymringene til pasienten som behandles analytisk, fordi jeg er tvunget til å forestille meg all frykten for mulige konsekvenser av min tilståelse. Jeg må fortsatt fortelle deg en konsekvens som burde interessere deg. Du husker sikkert at jeg fortalte deg om en kort drøm jeg hadde da jeg var i Wien. Jeg kom ikke til løsningen da.. Du så etter løsningen på konkurransekompleksets grunnlag. Jeg drømte at jeg så deg gå ved siden av meg i form av en ekstremt gammel og skrøpelig gammel mann. (1). Dette har skapt meg stor bekymring fra tid til annen., men uten hell. Det var først etter at jeg tilsto min sorg for deg at løsningen kom (som vanlig). Drømmen min beroliger meg om +++ fare (2) som du representerer ! Jeg kunne ikke ha denne ideen i det øyeblikket, naturlig nok ikke! Jeg håper at de underjordiske gudene nå lar meg være i fred med disse bekymringene.

Jeg vet ikke om jeg forteller deg noe nytt ved å fortelle deg at barndomshistorien om Jensen er klart nå. Løsningen finnes ekstremt vakkert i nyhetene Den røde paraplyen og I det gotiske huset (3). Disse to stykkene er fantastiske paralleller til Gradiva, går ned til de minste finesser. Problemet er kjærligheten mellom brødre og søstre. Har Jensen en søster? Jeg gir opp å fortelle deg detaljene. Jeg vil bare ødelegge sjarmen ved oppdagelse for deg.

For mine meritter ble jeg æresstipendiat i American Society for Psychical Research som okkultist. (4) ». I denne egenskapen ble jeg nok en gang litt mer opptatt av okkulte fenomener.. Dine funn er bevist her på den mest geniale måten. Hva synes du om dette området??

Jeg har det sterkeste håp om at du kommer til Zürich i juleferien. Da vil jeg absolutt kunne ønske deg velkommen som gjest i huset mitt?

Med beste hilsen, du er veldig hengiven

Jung.


1. CF. den lignende drømmen i Jung, Mitt liv, p. 190.

2. den + + + legges til. CF. 11 F n. 7

3. I volum superkrefter [Høyere makter], Berlin, 1892.

4. Ledet av den amerikanske filosofen James Hervey Hyslop ( 1854-1920), som grunnla den i 1906. Det var utvilsomt han som foreslo valget av Jung.