10-10-1914 Jones à Freud

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[carte postale(1)]

10 Oktober 1914

69 Portland Court, Londres

Lieber Herr Professor !

Durch Van Emden bekomme ich erfreulicherweise gute Nachrichten von Ihnen, möchte aber gern ein Wort von Ihnen persönlich haben. Loe befindet sich sehr wohl und ist sehr glücklich. Es geht Putnam und Brill gut, mir auch. Ich arbeite 7 Analyse-Stunden täglich, schreibe auch ein wenig. Eder hat uns verlassen. Ich schreibe an Sie auch via Holland und Schweden. Alle meine Briefe sind zurückgekehrt. Wie ist es mit Rank, Sachs und Ferenczi ?

Herzlichste Grüsse an Ihre Frau Gemahlin, Anna, und alle andere[n].

Liebe von

Jones (2).


1. Envoyée par l’intermédiaire du Dr. Roberto Assagioli, via degli Alfani 46, Florence.

2. « Cher Monsieur le professeur,

Van Emden me transmet de bonnes nouvelles de vous, dont je me réjouis, mais j’aimerais avoir un mot personnel de votre main. Loe va bien et est très heureuse. Putnam et Brill également, ainsi que moi-même. Je fais sept heures d’analyse par jour, et écris un peu à côté. Eder nous a quittés. Je vous écris via la Hollande et la Suède. Toutes mes lettres ont été retournées. Qu’en est-il de Rank, Sachs et Ferenczi ?

Mes salutations les plus cordiales à Madame votre épouse, Anna, et tous les autres.

Bien affectueusement, Jones. »

03-10-1914 Freud à Jones

[carte postale de L. C. Martin, Suède (1)]

3 Oktober 1914

St. Södergatan 50, Lund

Ma famille va bien. Ma fille est bien rentrée. Mon fils aîné (2), maintenant Dr. en droit, s’est porté volontaire pour suivre une formation d’artilleur, mais n’a pas encore été envoyé au front. J’espère pouvoir bientôt me mettre au travail, bien que naturellement je n’attende pas beaucoup de patients. Mes revues continuent à paraîtreréduites, bien entendu, et de loin en loin. La semaine prochaine sortent un numéro de l’ Internat. Zeitschrift og Imago. De Jahrbuch est prêt depuis un certain temps, mais il n’a pas encore été envoyé. Les amis (?) sont tous ensemble (?) et poursuivront le travail. Voici quelques jours, je suis allé voir Abraham à Berlin. Nous n’arrivons pas à vous considérer comme un ennemi !

S. F.(3)


1. La lettre de Freud a été transcrite et adressée à Jones par Louis Charles Martin, collègue de Jones du temps de Toronto (Jones, 1959, p. 196), désormais domicilié en Suède. Après la guerre, il enseigna l’anglais à Liverpool après un passage à la Sorbonne.

2. Martin Freud.

3. Dans une note jointe, Louis Charles Martin se plaint de l’écriture gothique de Freud : « Ceci m’est arrivé ce madn. Pourquoi s’en tient-il à cette écriture d’un autre âge ? Ce n’est pas facile à lire, mais je pense que ce qui précède est exact dans la quasi-totalité des détails. Je vous envoie deux jour­naux avec ceci. Nous avons lIllustrated London News et les mensuels — j’essaie actuellement de mettre la main sur la Cotitemporary Review — subtilisée par le professeur d’Économie. Tout va bien. L. C. M. »

30-09-1914 Ferenczi til Freud

508 Fer A

Budapest, den 30 september 1914

Train ratéDu matériel pour deux séances que je sollicite pour demain après-midi 1Arrivée midi Regina.

Ferenczi

A. Télégramme.

1. Ferenczi a commencé le 1octobre une analyse avec Freud, interrompue au bout de trois semaines et demie par suite de son incorporation comme médecin militaire aux hussards hongrois cantonnés à Papa. (Voir J. Dupont, « Freud’s analysis of Ferenczi as revealed by their correspondence» [L’analyse de Ferenczi par Freud, telle que la révèle leur correspondance], International Journal of Psychoanalysis, 1994, 75, p. 301-320.)

29-09-1914 Freud à Binswanger

F

Prof. Dr. Freud

Vienna, IX. Berggasse 19 den 29 september 1914

Cher Docteur !

Je tiens volontiers compte de l’avertissement contenu dans votre dernier envoi. (Entre nous, est-ce que je ne connaî­trais pas cet auteur anonyme L. B, (1) ?) Mais je ne peux rien vous dire d’autre que ce que vous avez dû vous-même sup­poser. C’est-à-dire que nous sommes complètement soumis aux conséquences des événements, que la poursuite de nos travaux exige des efforts immenses et que nous prévoyons une réduction massive de notre activité thérapeutique. Mon fils aîné (2) est engagé volontaire, donc encore au Tyrol, ma fille (3) est rentrée d’Angleterre par le train de la mission diplomatique.

Nos revues vont continuer à paraître, un peu réduites et retardées, le Jahrbuch est bouclé depuis longtemps mais Deuticke ne l’a pas encore expédié. De 7 octobre se tiendra la première session de l’Association. Me permettez-vous d’y annoncer, comme convenu, votre mutation (4) ?

Je suis allé la semaine dernière à Berlin et à Hambourg (5) pour y chercher un peu de réconfort. J’espère recevoir bientôt de très bonnes nouvelles de vous, de votre chère femme et de votre progéniture riche de promesses.

Cordialement votre

Freud

1. Binswanger a adressé à Freud son travail Klinische Beiträge zur Lehre vom Verhältnisblödsinn (1914en), qui (par égard envers son maître Bleuler) parut sous le pseudonyme de « Lothar Buchner ».

2. Martin Freud en tant que volontaire avait été enrôlé comme canonnier et poursuivait son instruction à Salzbourg et à Innsbruck ; CF. Jones (1960-62), t. 2, p. 209, et la lettre de Freud à Ferenczi du 23 August 1914 (ÖNB Wien).

3. Anna Freud, qui séjournait en Angleterre depuis le 18 juli, est retournée à Vienne par Gibraltar et Gênes sous la protection de l’attaché autrichien ; CF. Jones (1960-62), t, 2, p. 209.

4. CF. Protokolle, t. 4 (1981), p. 257.

5. Freud était depuis le 16 septembre en visite chez sa fille Sophie Halberstadt à Hambourg et, au retour, passa cinq jours chez Abraham à Berlin ; CF. Jones (1960- 62), t. 2, p. 210.

22-09-1914 Freud til Abraham

* Hambourg, 22.9.14.

Cher ami,

Je vous remercie vivement de tous les préparatifs que vous envisagez de faire en vue de mon deuxième séjour à Berlin, surtout en ce qui concerne l’Angleterre (1). C’est en fonction de ceci que je compte partir d’ici vendredi matin pour arriver à une heure dix à Berlin, où je pourrai rester jusqu’au soir six heures. Le temps sera bien trop court pour une séance de groupe; il vaut mieux, si vous le pouvez, le réserver tout entier à notre rencontre.

Ce n’est pas la première fois que je suis à Hambourg; mais c’est la première fois que je n’y suis pas comme dans une ville étrangère. Je loge chez mes enfants, je parle du succès de « notre » emprunt et discute des chances de « notre » bataille pour les millions. Cela me rappelle un peu une autre discussion, à propos d’une ancienne bataille gigantesque, qui, après quelques succès partiels, s’est perdue dans les sables (2). C’est ainsi que, d’après la théorie de la métempsycose, on doit se souvenir d’une existence antérieure.

Mon petit-fils (3) est un petit gars adorable, qui sait si bien vous conquérir par son rire dès qu’on s’occupe de lui, quelqu’un de bien élevé, de civilisé, ce qui, en notre époque de bestialité sans frein, est doublement estimable. L’éducation stricte d’une mère avisée, instruite des principes de Hugh Hellmuth 1 lui a fait le plus grand bien.

Mon gendre a, de temps à autre, à faire le portrait d’un héros qui part à la guerre et à agrandir celui d’un héros mort au champ d’honneur; mais le reste du temps, il peut se consacrer à sa famille, de sorte que la journée se passe très agréablement.

Je pense arriver de la gare tout juste pour le repas de midi; et dans mes calculs, l’hospitalité de votre maison est toujours une constante.

En espérant que cette lettre arrivera tout de même chez vous avant moi, j’adresse mes cordiales salutations à vous, à votre chère femme et à tous vos enfants, qui, je l’espère, sont main­tenant tout à fait sur pied.

Votre Freud.


1. Se rapporte à des projets d’établir une liaison avec Anna, qui avait été surprise par l’éclatement de la guerre en Angleterre.

2. Allusion à la querelle avec Jung.

3. Ernst, fils de Sophie et Max Halberstadt.

4.Hermine von Hugh Hellmuth, psychanalyste viennois non médecin.

13-09-1914 Abraham Freud

Berlin W, Rankenstraße 24

13.9.14.

Kjære Professor,

Je suppose que plusieurs cartes et au moins une lettre de moi sont parvenues entre vos mains. L’acheminement est toujours difficile. Votre lettre datée et tamponnée du 3 sep­tembre est arrivée ici hier, donc après un voyage de neuf jours.

J’apprends avec joie que vous êtes tous en bonne santé et que votre belle-sœur est en voie de guérison. Tous mes vœux accompagnent vos deux fils; je vous remercie, du reste, de la carte que vous m’avez écrite avec Martin.

Chez nous, toute la famille se porte bien. A Berlin, le retentis­sement de la guerre est en général peu sensible. Nous sommes très tranquillisés par la défaite complète des Russes en Prusse orientale. Nous espérons avoir dans les tout prochains jours des nouvelles favorables des combats de la Marne. S’ils se terminent bien, le sort de la France sera réglé pour l’essentiel, c’est-à-dire que la prise des places fortes du sud-est ne sera plus qu’une question de jours. Ce soir, nous avons appris la nouvelle de la retraite autrichienne à Lemberg; je m’attends tout de même à ce que les forteresses et les Carpates fassent échec à l’avance des Russes.

Passons au petit monde de nos préoccupations! J’ai écrit une carte à Rank mardi et je lui avais laissé entrevoir un petit travail. Le même soir, j’ai été avisé qu’un convoi de blessés arriverait de très bonne heure dans notre hôpital qui se trouve assez loin hors de la ville. Cela impliquait que je me lève à 4 heures et demie, que je reste sans interruption dans la salle d’opération jusqu’à 2 heures, puis que l’après-midi, je consacre quelques heures à la clientèle; et comme la situation n’a pas varié les jours suivants, je n’ai pas pu écrire le moindre bout d’article. Peut-être que la semaine prochaine cela ira mieux. — Quant au travail plus important dont je voulais donner des extraits sous la forme d’un exposé au congrès, il n’est pas question que je m’y mette pour l’instant. Je serai d’autant plus heureux de pouvoir vous exposer mes idées quand vous viendrez à Berlin. Je m’arrangerai pour être aussi peu gêné que possible, lors de votre visite, par mon service à l’hôpital.

J’ajoute mes plus cordiales salutations pour vous, les vôtres et tous vos amis.

Comme toujours, din

Karl Abraham.

15-09-1914 Freud à Eitingon

69 F

Vienna, den 15 september 1914en

Cher Docteur

Merci beaucoup pour les nouvelles que vous me donnez consciencieuse­ment! Je vous répondrai avec plaisir. Mon fils est encore à Bozen, je lui ai rendu visite à Innsbruck la semaine passée. Demain je pars pour Berlin et Hambourg. Dommage que je ne vous rencontre pas ! Je me suisrepris, j’ai pratiquement retrouvé ma capacité de travail, bien que notre psycha­nalyse soit passablement déroutée (1). Ce sont des temps difficiles. Peut-être rapporterai-je en Allemagne la nouvelle de la victoire à Paris.

Salutations cordiales Votre Freud

en. Carte postale.

1. En allemand : deroutiert, emprunt au français. Signifie ici sortie de sa trajectoire.

11-09-1914 Eitingon à Freud

68 E

Igló, den 11 september 1914en

Kjære Professor,

comme je vous l’ai écrit lorsque j’ai reçu mon ordre de quitter Prague, j’ai été envoyé à Kaschau et, de là, affecté à l’hôpital de réserve à Igló1 ; voilà désormais ma métamorphose en médecin militaire et chirurgien de guerre ainsi à peu près accomplie. Nous avons beaucoup de transports de blessés en provenance de la Galicie voisine. – Comment allez-vous, kjære lærer? Recevez-vous de temps en temps des nouvelles de votre aîné? Et comment vous portez-vous personnellement? –

Nous n’avons ici que peu de nouvelles par les journaux. Les débuts, d’une incomparable beauté, à l’Ouest et à l’Est2, [semblent] s’être un peu ralentis. –

Je vous adresse tous mes vœux à vous et aux vôtres, avec mon dévouement fidèle

Votre M. Eitingon

en. Carte postale militaire.

  1. La ville tchèque de Nova Ves, qui appartient aujourd’hui à la Slovaquie, à l’époque dans le nord de la Hongrie.
  2. Référence aux très rapides succès obtenus au début de la guerre par les armées alle­mande et autrichienne alliées.